Maroc : à quatre mois des législatives, la patronne des patrons tacle la stratégie économique du gouvernement Benkirane

Miriem Bensalah-Chaqroun a dressé un tableau très critique de l'économie marocaine et de facto de l'action du gouvernement Benkirane. Pour la patronne des patrons, sur cinq critères qui caractériseraient une économie émergente, le Maroc n'en satisfait que deux.

Maroc : à quatre mois des législatives, la patronne des patrons tacle la stratégie économique du gouvernement Benkirane

Deux sur cinq ! C'est la note qu'à attribué Miriem Bensalah-Chaqroun, présidente de la CGEM à l'économie marocaine pour se considérer comme une économie émergente.

"Sur ces 5 critères, communément partagés, notre note est à peine de 2/5" a martelé la patronne des patrons marocains lors du colloque organisé par l'Association des membres de l'inspection générale des finances (AMIF) ce jeudi 2 juin au palais des congrès de Skhirat à 26 km à l'ouest de Rabat.

A quelques mois des législatives marocaines le 7 octobre, la patronne des patrons présente un bilan sévère de l'action gouvernementale en évaluant sa performance économique inférieure à la moyenne.

Seuls trouvent grâce à ses yeux, l'ouverture de l'économie qu'elle juge par ailleurs excessive et le soutien de la croissance par le marché intérieur.

Premier point mis à l'index, le ralentissement de la croissance. D'un taux de 4,6% dans la période 2007-2011, le Maroc a enregistré un taux de croissance moyen de 3,3% entre 2012 et 2016. "En 5 ans donc, nous avons perdu 1,3 point de croissance ; et le plus préoccupant est que ce ralentissement vient du PIB non agricole" a rappelé Miriem Bensalah-Chaqroun.

Deuxième point, malgré les succès engrangés dans quelques secteurs industriels comme l'automobile et l'aéronautique, la part de l'industrie dans le PIB "ne dépasse pas les 16% aujourd'hui".

Enfin, la troisième mauvaise note du Maroc selon la patronne de la CGEM est liée au développement humain. "Nous sommes classés 126e sur 188 pays, soit dans la moitié inférieure du classement" a asséné la présidente du patronat marocain.

"Nous sommes encore un pays en développement" a-t-elle encore ajouté avant de mettre en relief quatre faiblesses de l'économie marocaine :

Le surplus de consommation est alimenté par les importations parce que la consommation intérieure croit plus vite que les investissements.

Le Maroc affiche "une compétitivité en pointillés" car en retrait en dehors des réussites industrielles enregistrées.

Troisième faiblesse, une économie bâtie sur les bas salaires qui met en danger sa pérennité. "Nous tentons aujourd'hui d'attirer des investissements étrangers avec l'argument que les salaires en Chine deviennent plus chers qu'au Maroc" explique Miriem Bensalah Chaqroun.

Des paroles qui font notamment écho aux déclarations de Moulay Hafid Elalamy, ministre de l'industrie qui par exemple à l’occasion du premier ‘Sino-African Entrepreneurs Summit’ qui s’est tenu à Marrakech, du 25 au 27 novembre 2015, avait déclaré "Les opérateurs chinois sont aujourd’hui à la recherche de source de compétitivité et certains viennent au Maroc".

Autre faiblesse pointée, une pression fiscale inégale dans la mesure où "10 sociétés assurent 25% des recettes de l'IS au Maroc et 75% des recettes de l'IR proviennent des salariés".

Pour Miriem Bensalah Chaqroun, le modèle de développement économique marocain ne doit pas s'appuyer "seulement sur des salaires ou des zones franches aux avantages sélectifs pour quelques investisseurs seulement".

En conclusion, pour la présidente de la CGEM, la compétitivité du Maroc dépend d'une croissance inclusive et de la priorité accordée au capital humain à travers l'éducation et la formation.

À travers ce discours, la CGEM vient de tracer en quelque sorte le programme économique du prochain gouvernement qui sortira des urnes le 7 octobre.

Par ailleurs, le discours (plus diplomatique) de l'économiste en chef de la Banque mondiale pour la région MENA, Shanta Devarajan, lors du même colloque va dans le même sens sens que celui de la patronne de la CGEM.

"Pour réaliser le rêve d'un Maroc émergent, il faut se focaliser sur la promotion de la concurrence sur les marchés, le développement du capital humain et le renforcement de la bonne gouvernance", a-t-il déclaré.

Nasser Djama

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