Mario Monti laisse l’Italie au milieu du gué des réformes

L'annonce, samedi 8 décembre 2012, de la démission du Président du conseil italien Mario Monti et le retour dans la course au pouvoir de Silvio Berlusconi affole la bouse de Milan et fait grimper les taux des emprunts d'Etat.

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

Mario Monti laisse l’Italie au milieu du gué des réformes

C’était de toute façon attendu car les législatives italiennes devaient avoir lieu au plus tard en avril 2013. Mais l’annonce de la démission du président du Conseil italien Mario Monti, 69 ans, ce samedi 8 décembre 2012, a créé un choc en Italie et dans toute l’Europe après que le PDL, le parti de Silvio Berlusconi ait décidé de ne plus le soutenir. A cela s’est ajoutée l’annonce par l’ex-président du Conseil agé de 76 ans, qu'il voulait briguer à nouveau la direction du pays. C’est donc la fin de "l’étrange majorité" (centre gauche et droite confondus) qui avait soutenu Mario Monti. Celui-ci devrait démissionner effectivement en fin d’année après l’adoption de la loi de finances et les élections devraient avoir lieu les 10 ou 17 février.

Chute de la bourse

VOS INDICES

source

logo indice & contations

Le contenu des indices est réservé aux abonnés à L’Usine Nouvelle

Je me connecte Je m'abonne

L’effet sur les marchés a été immédiat. La bourse de Milan a chuté (-2.5% à la mi-journée) mais c’est surtout le taux des emprunts d’Etat que les investisseurs ont eu en ligne de mire. Le "papier" italien à 10 ans a immédiatement repris plus de 30 points de base (4,822% vers 16h30) alors qu’il y a quelques jours, il était tombé au plus bas depuis janvier 2012 à 4,43%. Cette question des taux est majeure pour l’Italie car elle est un des économies les plus endettées de la zone euro à la fois en valeur relative (124% du PIB) et absolue (2000 milliards d’euros). Ses besoins de refinancement sur les marchés pour 2013 s’élèvent ainsi à 200 milliards d’euros.

Les taux d'emprunt repartent à la hausse

On s’en souvient, c’est justement la flambée de ces fameux taux d’emprunt et le "spread" avec les taux allemands, devenu insoutenable qui faisaient les gros titres de la presse populaire et avaient précipité la chute de Silvio Berlusconi à l’automne 2011. Celui-ci avait été poussé vers la sortie par les marchés donc mais en partie aussi suite à un courrier comminatoire conjoint du Président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet et de son successeur Mario Draghi alors très inquiets d’une dérive, façon grecque, des finances italiennes. Ces responsables de la BCE pointaient très directement l’urgence des réformes. En novembre 2011, après la démission de Silvio Berlusconi et au moment de la prise de fonction de Mario Monti, les taux italiens culminaient à plus de 7.2%. Depuis, en dépit d’un accès de fièvre l’été dernier lié à la crise globale de l’euro, ils avaient peu à peu reflué, jusqu’au plus bas de début décembre.

Le nettoyage Monti

C’est que sur la scène internationale et européenne l’austère professeur avait restauré l’image de l’Italie, laminée par les pantalonnades en tout genre de Silvio Berlusconi. Dès sa prise de fonction avec son gouvernement de techniciens, haut fonctionnaires, magistrats ou universitaires comme Elsa Fornero sa ministre du travail, il s’était attelé à résoudre les maux de l’économie italienne : l’inefficacité de l’état, les dysfonctionnent du marché du travail, l’endettement, la fraude fiscale... Mario Monti, le libéral prudent, a dû agir dans l’urgence et augmenter les impôts ou la TVA, réduire les niches fiscales, geler les salaires de la fonction publique, réformer les retraites dont l’âge a été porté à 66 ans. Un travail de titan. Comme celui de la fameuse réforme de l’article 18 du Code du travail qui jusque-là faisait peser un risque juridique sur tout licenciement (la réintégration) voté finalement au printemps dernier. Pour certains comme Sergio Marchionne, le patron de Fiat tout cela n’allait pas assez loin. Mais, la plupart des représentants du patronat ont soutenu l’ancien Commissaire européen à commencer par le président de Fiat et Ferrari, Luca di Montezemolo qui a même lancé un club politique pro-Monti. Au plan européen, le fait marquant de ces 13 mois est que, sous Mario Monti, l'Italie a retrouvé son rang de membre fondateur et de poids lourd de l'Union. On avait pu le mesurer lors du Conseil européen de fin juin où "Super Mario" avait oeuvré avec succès avec l'Espagnol Mariano Rajoy pour rendre plus soupple les conditions d'aide aux économies endettées de la zone euro. En faisant même de cette mesure, une condition à l'adoption du fameux plan de croissance de 120 milliards d'euros réclamés par François Hollande.

Des réformes qui passent par l'austérité

Mais pour beaucoup d’italiens de la rue, cette période Monti a été perçue surtout comme celle de l’austérité, du chômage croissant (10.8%), de la récession (-2.3% de croissance attendue cette année) et de la baisse du pouvoir d’achat. La mise en application de certaines taxes foncières notamment et l’action plus résolue des services des impôts ont déclenché la fureur de bien des italiens et des petits entrepreneurs du nord du pays, soutiens habituels du PDL. Silvio Berlusconi a tiré prétexte de cet "acharnement fiscal" dicté selon lui par l'Allemagne pour revenir dans l’arène, même si pour beaucoup en fait il craint surtout l'adoption prévue d'un projet de loi sur l’inéligibilité des citoyens condamnés en justice

Quant au succès, médiatique au moins, du mouvement 5S ("5 Stelle" pour 5 étoiles) du "Coluche italien", le chevelu Beppe Grillo, ce mélange de populisme et de démocratie participative, a aussi ajouté à la confusion politique à l’approche de la fin du mandat de Mario Monti.

Un gouvernement Monti bis ?

A l’orée de 2013, nul ne sait à quoi conduira cette "expérience Monti" qui faisait dire à certains italiens qu’ils "n’étaient plus en démocratie" mais a changé le pays comme jamais en 30 ans. Le président du Conseil sortant lui regrettera, sans nul doute, de n’avoir pu mener les chantiers encore prévus comme la réforme territoriale, celle de la justice, du code électoral ou de certains impôts restés en plan. Il y a aussi en matière industrielle le sort problématique de l'acierie Ilva du groupe Riva à Tarente promis à la fermeture pour cause de pollution.

Mais, désormais, la bataille est celle des législatives à venir. Le Parti Démocrate qui vient de désigner son champion Pier Luigi Bersani, 61 ans, lors des primaires, a le vent en poupe dans le sondages. Certains au centre droit ou gauche plaident pour un gouvernement Monti bis. On saura très vite si le "Professore" se laissera tenter et "endossera" même certaines listes. Interogé à ce sujet ce lundi à Oslo lors de la remise du prix Nobel de la Paix à l'Union européenne où il était présent, Mario Monti a botté en touche. Quant à l’hypothèse possible d’un résultat des élections sans majorité claire, elle lui ouvrirait un boulevard.

Pierre-Olivier Rouaud

Une économie italienne toujours en récession

- Croissance : -2.3% en 2012 puis -0.5% en 2013 et +0.8% en 2014
- Inflation : 3.3% cette année, puis 2% en 2013 et 1.7% en 2014
- Chômage : 10.6% cette année puis 11.5% en 2013 et 11.8% en 2014
- Déficit budgétaire (en % du PIB) :-2.9% cette année, puis -2.1% en 2013 et en 2014
- Balance courante (comptes extérieurs en % du PIB) : -1.2% cette année, puis -0.4% en 2013 et -0.3% en 2014

Source : Commission européenne, novembre 2012

 

Partager

NEWSLETTER Economie Social et management
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Recevez directement leurs décryptages et analyses dans votre boîte mail:

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

L'inscription aux newsletters vaut acceptation des Conditions Générales d'Utilisation. Lire la suite

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

Fermer
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS