Mariage Opel-PSA, retour sur le deal qui va faire naître un nouveau numéro deux européen

Devant la présidente de General Motors et le patron d'Opel, Carlos Tavares a détaillé les ambitions de PSA pour faire de la nouvelle entité le numéro deux européen derrière Volkswagen.

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Mariage Opel-PSA, retour sur le deal qui va faire naître un nouveau numéro deux européen
PSA attend de son rapprochement avec Opel des synergies de l'ordre de 1,7 milliard d'euros.

Ils étaient tous présents au siège de PSA dans le 16e arrondissement de Paris, avenue de la Grande Armée, ce lundi 6 mars. A côté de Carlos Tavares, le président du directoire du constructeur français, Karl-Thomas Neumann (PDG d’Opel) et Mary Barra (directrice générale de General Motors) avaient fait le déplacement pour signer le rachat par PSA de la filiale allemande de GM, après plusieurs mois de négociations secrètes entre la France et les Etats-Unis. Retour sur une opération inattendue qui devrait faire de l’entité nouvellement créée, selon les souhaits de Carlos Tavares, "la deuxième plus grosse entreprise automobile européenne et un champion de l’automobile" en Europe, avec une part de marché annoncée à 17% hors Russie et Turquie.

Quelles sont les modalités du rachat ?

PSA va reprendre les activités de conception et production automobile d’Opel-Vauxhall pour 1,3 milliard d’euros, ainsi que l’intégralité des activités européennes de financement automobile de l’entité GM Financial pour un peu moins d’un milliard d’euros. Une deuxième acquisition que le constructeur français va effectuer avec BNP Paribas. Une coentreprise a été créée pour l’occasion, dont chacune des parties détiendra 50% du capital.

Lundi devant la presse, PSA a précisé qu’une partie des frais engagés dans la reprise des activités automobiles d’Opel-Vauxhall le serait via l’émission de bons de souscription d’actions d’une maturité de neuf ans auprès de GM, à hauteur de 650 millions d’euros. "GM n’aura aucun droit de gouvernance ou de vote au regard de PSA", a tenu à préciser Jean-Baptiste de Chatillon, le directeur financier de PSA, à la sortie de la conférence de presse commune. Au total, la valeur de la transaction pour PSA atteindra les 1,8 milliard d’euros.

Le groupe français est également parvenu à régler l’épineuse question des retraites des salariés allemands et britanniques d’Opel. L’accord final prévoit que GM conserve les régimes de retraite européens et du Royaume-Uni, tandis que PSA sera chargé des obligations relevant de l’Actives Plan allemand. GM versera au constructeur hexagonal 3 milliards d’euros pour le règlement de ces retraites transférées. Un beau cadeau pour PSA et la preuve de l’envie pressante de GM de se délester d’Opel... bien que Mary Barra ait tenu à préciser qu’il s’était agi d’une "décision difficile".

Les deux acteurs de l’automobile sont aussi parvenus à trouver une issue à l’autre point d’achoppement relatif à la R&D. General Motors a décidé d’autoriser PSA à vendre la Ampera-e d’Opel, bâtie d’après la technologie développée par le constructeur américain, "sans royalties et jusqu’à la fin de la période de convergence entre Opel et PSA", a détaillé Jean-Baptiste de Chatillon. D’ici là, PSA sera doté de sa propre plateforme pour développer des véhicules électriques.

Des accords dont Carlos Tavares espère qu’ils prennent effet d’ici la fin de l’année, avec une clôture de la transaction prévue au quatrième trimestre selon les annonces du patron de PSA.

Quels objectifs pour PSA et Opel ?

Devant la presse lundi 6 mars, Carlos Tavares a précisé ses objectifs chiffrés. "Nous espérons qu’Opel redevienne rentable d’ici 2020", a-t-il défendu, alors que le constructeur allemand perd de l’argent depuis seize ans. Comme il l’avait affirmé à l’annonce des résultats financiers de PSA à la mi-février, Opel devrait prendre en charge les frais liés à sa restructuration, tandis que le constructeur au Lion devrait lui fournir les clefs pour y parvenir… Celles que le Français a appliquées il y a quelques années, alors qu’il traversait une crise sans précédent.

Le patron de PSA attend près d’1,7 milliard d’euros de synergies par an d’ici 2026, dont une bonne partie devrait prendre effet dans trois ans. Et ce grâce à la convergence progressive des plateformes, des moteurs ou des composants, les achats communs, les efforts de R&D mutualisés, etc. Selon Carlos Tavares, la convergence est d’ores et déjà à l’œuvre avec les partenariats déjà noués entre PSA et Opel sur la construction de véhicules. Des alliances qui témoignent de la capacité à travailler ensemble, a mis en avant le président du directoire de PSA devant la presse: "Les modèles d’Opel développés en partenariat avec PSA sont une double preuve de notre capacité à travailler ensemble ainsi que de la possibilité de construire des vrais véhicules Opel ou Vauxhall sur des structures de PSA".

Carlos Tavares en a aussi profité pour rassurer sur la complémentarité des deux groupes autant sur le plan géographique que des modèles. "Le positionnement des marques Peugeot, Citroën et Opel est clair. Il s’agira donc désormais de renforcer ce qui a déjà été fait des deux côtés. Nous n’avons pas l’intention de modifier la position de nos marques", a-t-il tranché au cours de la conférence de presse.

Des axes stratégiques qui devraient donc permettre au nouveau groupe de devenir "un champion européen". Et à PSA d’atteindre donc une taille critique grâce à cet apport extérieur, dans une course aux volumes que Carlos Tavares avait largement écartée ces derniers temps… comme pour mieux masquer ses véritables intentions.

Quelles conséquences sur l’emploi ?

La méthode Tavares devrait enfin permettre d’éviter de fermer des sites. Sollicité sur le sujet, le patron de PSA a renouvelé son intention "de ne pas fermer d’usines", une solution qu’il a qualifiée de "simpliste". Après avoir rassuré les gouvernements allemands et britanniques, Carlos Tavares a annoncé qu’il allait échanger avec le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy pour lui faire part de ses engagements en la matière.

"Il faut garder la porte des suppressions d’emplois fermée, et miser plutôt sur le talent des employés et leur capacité à construire un futur durable", a tenté de convaincre le patron de PSA, mettant en avant le chemin parcouru par PSA depuis son arrivée aux manettes il y a quatre ans. Selon lui, les usines de Vauxhall en Angleterre pourraient même être un avantage pour le groupe PSA-Opel en cas de Brexit dur. Mais des zones d'ombres persistent sur l'avenir de certains sites au terme des engagements passés avec les organisations syndicales en Allemagne, en Angleterre, en Espagne... ou encore en France.

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