Marée noire: les huit négligences de BP

Dans son rapport publié aujourd'hui, BP révèle les conclusions de son enquête concernant les causes de la marée noire. Le pétrolier rejette la faute sur ses sous-traitants pour chacune des huit négligences qui ont mené à la catastrophe. Décryptage.

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Marée noire: les huit négligences de BP

Après avoir essayé de contenir la fuite tout l’été, BP essaye désormais de lutter contre l’hémorragie financière et le raz-de-marée judiciaire qui le submerge. Dans un rapport sur l’enquête interne, publié aujourd’hui, la compagnie pétrolière expose son point de vue sur sa responsabilité dans l’explosion la plateforme Deepwater Horizon qui a provoqué 11 morts et une catastrophe environnementale sans précédent.

Le rapport est à la fois une façon de communiquer vers le public mais aussi un argumentaire anticipant les prochains troubles judiciaire. La compagnie pétrolière pointe du doigt ses sous-traitants à chacune des étapes où la sécurité a fait défaut :

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1. L’isolation au ciment a échouée

Ce qui s’est passé : Un passage appelé « shoe track » (voir graphique ci-dessous), le fond du puits, a été défaillant. Ce passage était clos par un bouchon de ciment. Seulement, le pétrole a réussit à s’infiltrer par le ciment qui devait servir d’isolant. Le ciment étant devenu perméable, les hydrocarbures ont pu pénétrer directement dans le puits d’exploitation.

Explication de BP : La production du ciment est mise en cause à tous les stades : conception, tests de qualités et anticipation des risques.

Traduction de l’explication : Le responsable est le producteur de ciment, Halliburton

2. L’inefficacité des barrières de la « shoe track »

Ce qui s’est passé : Après le ciment, le puits était également isolé par des barrières pouvant se refermer si besoin (« Float Collar »). Ce col est une sorte de « donut » dont le diamètre du trou varie en fonction du flux escompté, jusqu'à se refermer si besoin.

Explication de BP : La faiblesse venait de cette partie du puits dite le « shoe track », son bouchon de ciment, puis le col dit « Float Collar ». Cette faiblesse est hypothétiquement due à l’assemblage des pièces plus qu’à leur production proprement dite.

Traduction de l’explication : Le responsable est l’exploitant de la plateforme Deepwater Horizon, Transocean

3. Le test de pression trompeur

Ce qui s’est passé : Un test avait été effectué pour vérifier l’intégrité des barrières mécaniques devant protéger le puits (« blowout Preventer ») après l’accident. Le test consistait en remplacer l’injection d’une lourde boue par de l’eau de mer dont le poids, et donc la pression, était inférieure. De l’eau a donc été injectée pour voir si le pétrole refluait, n’ayant plus de pression supérieure s’opposant à sa sortie. A ce moment, la pression et le volume de fuite indiquaient que l’intégrité des barrières n’étaient pas atteintes.

Explication de BP : L’équipe de Tansocean et les managers de BP sur la plateforme Deepwater Horizon ont échoué à lire les données des tests.

Traduction de l’explication : Les responsables sont l’exploitant Transocean et les employés de BP.

4. Un manque de vigilance

Ce qui s’est passé : Avec un test de pression négatif, la lourde boue a de nouveau remplacé l’eau de mer pour contrebalancer la pression des hydrocarbures dans le puits. Celui-ci a ensuite été partiellement abandonné. Mais, avec le temps, la pression du pétrole est devenue plus forte et les hydrocarbures ont dépassé, dans le puits, le stade du « Blowout Preventer », un système hyper-technologique pour contenir les fuites. Il aura fallu à l'équipe plus de 40 minutes pour percevoir cette pression, quand les hydrocarbures ont commencé à flotter à la surface de la mer.

Explication de BP : L’équipe de la plateforme a échoué à détecter l’afflût d’hydrocarbures et ne s’est rendu compte de la situation que trop tard, lorsque les hydrocarbures avait dépassé le « Blowout Preventer ».

Traduction de l’explication : L’équipe de la plateforme est responsable : Transocean est encore incriminé.

5. Echec pour regagner le contrôle du puits

Ce qui s’est passé : Les premières actions de l’équipe ont été de fermer les vannes du « Blowout Preventer », et de rediriger les fluides au dessus de ce point par le système qui permettait de séparer la boue et le pétrole extraits dans les sous-sols sous-marins.

Explication de BP : Si le puits de secours avait été privilégié, plutôt que le système de séparation de la boue et des hydrocarbures, les responsables auraient eu plus de temps pour réagir après la fuite et, peut être, limiter les dégâts.

Traduction de l’explication : Mauvaise décision des équipes sur place. Quid du contact avec la hiérarchie de BP pendant ce temps là.

6. Le reflux du gaz

Ce qui s’est passé : La décision a don été prise de rediriger les hydrocarbures par le système qui séparait la boue du pétrole. Un des « tuyaux » de ce système permettait d’injecter du gaz nécessaire au refroidissement du mécanisme de séparation. Le fait que le pétrole passe par là a dû rejeter ces gaz directement dans la plateforme pétrolière, ce qui a augmenté les risques inflammatoires.

Explication de BP : Normalement, le système en question est prévu pour supporter un détournement tel qu’il a été mis en place mais la quantité à submerger le système.

Traduction de l’explication : BP reste très évasif, sous-entendant que le système devait tenir le coup mais qu’il a cédé néanmoins.

7. L’origine du feu

Ce qui s’est passé : Le gaz a été dans une partie de la plate-forme où le potentiel d’inflammation était haut.

Explication de BP : Le système de chauffage, d’air conditionné ont probablement conduit une mixture de gaz jusque dans la salle des machines, provoquant la surchauffe d’au moins une machine, et créant ainsi une source probable d’inflammation.

Traduction de l’explication : Cette explication reste du domaine de l’hypothèse.

8. Le « Blowout Preventer » n’a pas empêché la fuite

Ce qui s’est passé : L’explosion et le feu ont probablement mis hors service le système d’urgence qui doit boucher automatiquement la fuite. Certains composants de ce système sophistiqué étaient également en mauvais état. Ces composants jouaient le rôle de l’activation automatique de la fermeture du « Blowout preventer ». Le but de ce système était que la fuite soit bouchée sans même que le personnel ait besoin d’intervenir.

Explication de BP : Il y a eu des faiblesses dans les systèmes de test et de maintenance mis en place.

Traduction de l’explication : Transocean, en tant qu’exploitant de la plateforme, devait assurer la maintenance.


(Cliquez pour aggrandir)

Les entreprises sous-traitantes ne sont jamais nommées et pourtant ce sont bien elles qui sont désignées par ce rapport. La seule fois où BP accepte sa responsabilité est quand il s’agit de mal lire les résultats du test de pression.

Cette stratégie a pour but de préparer sa défense et de pouvoir, peut être, échapper à la condamnation pour négligence ce qui lui couterait surement plus de 15 milliards d’euros, en plus des pénalités civiles prévues par le « Clean Water Act ». Ce rapport ne devrait cependant pas peser très lourd aux yeux du ministère de l’Justice des Etats-Unis, qui entend bien porter plaintes sur le plan pénal et civil.

Morgane Remy

? Pour en savoir plus :

Les dix dates clefs de la marée noires

Les cinqs technologies pour lutter contre la marée noire

L'actualité de BP et la marée noire par ordre antéchronologique

MORGANE REMY

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