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MANAGEMENTL'entreprise, ça vous fait vraiment rire ?Ce n'est pas une plaisanterie ! L'humour est fréquent dans les entreprises. Outil de management, instrument de lutte contre le stress ou moyen de communication..., l'art de rire mérite d'être pris au sérieux.

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L'entreprise, ça vous fait vraiment rire ?

Ce n'est pas une plaisanterie ! L'humour est fréquent dans les entreprises. Outil de management, instrument de lutte contre le stress ou moyen de communication..., l'art de rire mérite d'être pris au sérieux.



Drôle d'époque ! En ce 1er avril de fin de siècle, rien ne semble plus sérieux qu'une entreprise. La mine déconfite de plusieurs sources interrogées par " L'Usine Nouvelle " ne trompe pas : l'humour dans l'entreprise reste un concept insolite. D'après les pessimistes, la crise a étouffé les moindres relents de moquerie. Et, pour cause de temps modernes, les salariés sont rarement hilares lorsqu'ils vont à l'usine ou au bureau. Etymologiquement, si l'on en croit l'ouvrage " Ces mots qui en disent long ", illustré par le dessinateur Gabs, le mot " travail " découle même du latin " tripaliare ", qui signifie " torturer ". C'est dire !

L'humour omniprésent

Pourtant, derrière cette façade morose, l'humour existe bel et bien. Car rire est le propre de l'homme. Et ça se faufile partout. Combien de dessins humoristiques sont-ils punaisés dans les bureaux, reflétant les états d'âme des salariés... De croquis vengeurs scotchés dans les ascenseurs. Ou de ratures sur une note officielle dénaturant le message d'un patron... Le Web n'est pas en reste. Maintes histoires croustillantes y tirent parti des rancoeurs que suscite le célèbre patron de Microsoft. Exemple ? " Quelle est la différence entre Dieu et Bill Gates ? Eh bien, Dieu ne se prend pas pour Bill Gates ! " Dans l'entreprise elle-même, les situations incongrues ne manquent pas. Ainsi, Jean-Paul Vermes, P-DG de Cogeplan, n'a pu réprimer un sourire lorsqu'il a accueilli, pour un entretien de recrutement, une candidate diplômée de l'Ecole polytechnique féminine... accompagnée de sa mère ! Au détour d'un couloir, lors d'un séminaire à la campagne ou sur une ligne de production, l'humour se manifeste. Le tout plus ou moins officiellement. Il y a quelques mois, le directeur d'un centre de recherche américain a ainsi accepté, lors d'une cérémonie, de devenir la cible des tartes à la crème de ses salariés. Histoire de les amuser ! Car le rire a le pouvoir de fédérer. Le mot devient magique à l'heure où l'entreprise cherche à impliquer ses employés. Exit le saut à l'élastique ! De l'humour, les salariés en redemandent. Pour preuve ? Les aventures grinçantes de Dilbert fustigent les entreprises américaines dans plus de 1 900 journaux. Détail notable : pour la saga de ses héros, le dessinateur Scott Adams s'inspire, via des dizaines de courriers électroniques, des déboires de ses fans sur leur lieu de travail. En France, l'ouvrage " Management, je me marre !!! ", digne satire des techniques en vogue signée Gabs et Jissey, s'est vendu à 42 000 exemplaires. Sensibles à cette évolution, beaucoup d'entreprises se lancent dans la culture du rire. Le cabinet de consultants Herbemont, César & Associés claironne même dans ses annonces de recrutement " qu'un homme drôle ne peut pas être mauvais ". Et, de l'équipementier de l'aéronautique Intertechnique au chimiste 3M, les sociétés n'hésitent pas à se mettre en scène, laissant leurs déboires en pâture à la caricature. Le théâtre d'entreprise connaît donc un bel essor. A tel point que la ville de Nantes a hébergé un Festival international de théâtre d'entreprise. Car, comme l'explique Serge Grudzinski, ancien cadre de Saint-Gobain Vitrage devenu P-DG du cabinet Humour Consulting Group, " l'humour est une ressource inépuisable et partagée par le plus grand nombre ".

L'humour sélectif

Reste que toutes les entreprises ne sont pas égales devant le rire. Les conventions de commerciaux, par exemple, ont la réputation d'être particulièrement animées. Question de profession, comme en témoignent les petites phrases drôles épinglées sur les murs du service commercial du britannique Domino, spécialiste du marquage installé à Rambouillet. " Les sociétés sont souvent plus ouvertes à l'humour dans des domaines où la créativité n'est pas muselée, comme dans la haute technologie ou la publicité. On rit aussi beaucoup là où il y a plus d'humain, comme dans le prêt-à-porter ", estime Serge Grudzinski. Parmi les exceptions ? Les banquiers, comptables et autres financiers, qui, victimes de tâches quotidiennes plutôt austères, aiment, dit-on, se défouler. Bien sûr, les éclats de rire sont proportionnels à la moyenne d'âge des salariés. " La vie est trop courte pour ne pas sourire ", jauge Juliette Aubert, directrice de la communication du groupe d'environnement Séché, où même le P-DG a moins de 45 ans. En guise de clin d'oeil à ses clients, le groupe a distribué, au salon Pollutec, des centaines de préservatifs. Autant de petits paquets qui exhibaient le slogan " Le groupe Séché préserve aussi votre environnement... " Une société plus traditionnelle n'aurait peut-être pas osé le recours au latex !

Souvent une culture d'entreprise très forte ou très ancienne peut faire de l'ombre à l'humour. Mais le rire varie aussi selon les filières. Plusieurs corps de métier ont leurs brochettes de plaisanteries. Des blagues d'initiés qui laissent souvent les profanes perplexes. Publiée sur Internet, l'histoire suivante s'adresse aux électroniciens : combien faut-il de processeurs Intel pour faire une addition de 32 bits ? La réponse : 33 ! 32 pour additionner les bits et un pour pousser la retenue ! (rires, NDLR).

L'humour culturel

Bref, l'humour est une affaire de contexte. Et de culture. Aux Etats-Unis, le rire semble plus institutionnalisé. " Souvent, le 1er avril, les ressources de l'entreprise sont mobilisées pour monter un gag ", se souvient Hervé Delemarre, ancien directeur de la communication d'Intel et actuel P-DG d'Actual Communications. " Chez Intel, il fallait prendre sur notre temps de travail et utiliser nos idées et notre matériel pour publier un journal interne délirant. " Au matin d'un " April Fool's Day ", cet ancien cadre s'est levé aux aurores pour transférer tous les appels téléphoniques destinés au standard vers le poste de son président. " La veille ou le lendemain d'un 1er avril, cela aurait bien sûr constitué une faute professionnelle ", poursuit-il. De même, les patrons américains entament toujours leurs discours par une sempiternelle plaisanterie. Il en existe des livres entiers. Mais la tradition est à manier avec soin, car la situation tourne parfois au vinaigre, comme lors de cette conférence informatique où, sans le savoir, deux intervenants ont utilisé la même anecdote soi-disant " personnelle " ! Face à un public hilare, le second fut ravi de l'effet produit par sa boutade ! Jusqu'à ce qu'il réalise ce qui avait vraiment provoqué cette bonne humeur. Vis-à-vis du public, l'humour est passé dans les moeurs. Lors de salons outre-Atlantique, les interventions de grands patrons attirent les foules. Mais personne ne s'attend à ce qu'ils parlent de leurs produits. Les visiteurs viennent plutôt se divertir à un " one man show ". Au Comdex de Las Vegas, Craig Barrett, successeur d'Andy Grove aux commandes d'Intel, a reconstitué un faux plateau télévisé. Là, sous une pluie d'éclats de rire, des invités tournaient en dérision les grandes problématiques de l'informatique. Les gens s'en souviennent encore.

L'humour utile

Car là où il y a le rire, les messages passent. Surtout lorsqu'ils sont désagréables. " L'humour, c'est le miel sur la cigu' ", commente le dessinateur Gabs. A Los Angeles, lors du salon de jeux vidéo E3, un piteux Sega a réussi à faire avaler ses tristes résultats... avec le sourire. Rien de tel qu'une plaisanterie pour se faire entendre ! Las de voir que leurs passagers prêtaient peu d'attention aux consignes de sécurité énoncées avant le décollage, les stewards de Southwest Airlines ont changé de tactique. Au lieu d'annoncer qu'il était interdit de fumer, une hô- tesse a murmuré : " Si nous vous surprenons en train de fumer dans les toilettes, nous serons contraints de vous demander de sortir de l'avion. " Les voyageurs ont aussitôt dressé l'oreille ! La dérision facilite également la communication au sein même d'une entreprise. Pour faire prendre conscience à 300 cadres des problèmes liés au transport des véhicules, Renault a opté pour les sketches de Serge Grudzinski. " Nous avons d'abord essayé de faire passer le message de façon plus cartésienne. Mais à travers les scènes humoristiques, l'effet a été instantané ", témoigne Francis Stahl, directeur de la division des véhicules utilitaires du constructeur. Au quotidien, l'humour permet aussi de transgresser des barrières hiérarchiques. Il constitue un contre-pouvoir. Ainsi, Pascal Prévot, directeur de la filiale française de l'éditeur de progiciels Lawson Software, a fait réfléchir ses supérieurs. En tant que manager, ce patron était tenu de suivre un cours virtuel de sensibilisation au harcèlement. Ne s'étant pas exécuté, il a reçu un courrier électronique du siège, à Minneapolis, lui rappelant le caractère obligatoire d'un tel enseignement. " Je leur ai répondu qu'en France on n'avait pas besoin de cours pour apprendre à harceler ! ", raconte Pascal Prévot. La réplique ne s'est pas fait attendre. Tout en lui expliquant qu'ils " n'appréciaient que modérément ce type d'humour ", les Américains ont admis que la législation française était sans doute différente de la leur, et l'ont, jusqu'à présent, dispensé du cours. Ainsi, l'humour n'empêche pas de parler de choses très sérieuses. Et pourtant, ça " déstresse ". " Nous travaillons beaucoup dans des entreprises informatiques et de télécommunications. La pression y est très forte, car ce sont souvent des sociétés cotées en Bourse. Les salariés stressent à fond, notamment au moment de la clôture des comptes. Alors, ils utilisent l'humour comme exutoire. C'est une thérapie ", estime Jean-Christophe Chamayou, directeur général du cabinet de consultants Elitis. Une thérapie saine, à l'heure où les chiffres concernant le monde du travail sont plutôt moroses. D'après un sondage de l'Institute of Management de Londres auprès de 5 000 managers, 40 % des cadres travaillent le week-end, 60 % poursuivent des tâches le soir chez eux et 80 % effectuent un nombre d'heures supérieur au chiffre écrit sur leur contrat. " Les gens ne s'amusent plus. Ils sont assis devant 30 courriers électroniques et ils n'en peuvent plus. La seule solution pour éviter des catastrophes est de leur faire retrouver le sourire ", argue Cary Cooper, spécialiste du stress et professeur à l'université de Manchester.

L'humour, un moyen d'exorciser les choses

Utilisé à bon escient, le rire peut aussi servir l'équipe de management. Notamment pour désamorcer des rumeurs assassines, feux de paille non contrôlés et souvent destructeurs. Ou, du moins, les canaliser. " On peut avoir recours à l'humour caustique, par exemple, lorsque quelqu'un fait une grosse bourde, l'histoire devient souvent une rumeur. Cela ne fait pas toujours plaisir à la personne, mais c'est un moyen d'exorciser beaucoup de choses ", commente Jean-Pierre Sorange, directeur des ressources humaines d'Atmel-ES2.

L'humour organisé

Car l'humour ouvre le dialogue. Et les entreprises cherchent à le construire. Du coup, il sert à tout, remède de moult maux. Un nombre grandissant d'industriels profitent de ses vertus pour former leur personnel. A Londres, le comédien John Cleese, ancien des Monty Python, a même fondé Video Arts, une société spécialisée dans les vidéos humoristiques de formation professionnelle. Grâce à des comédies, " Théâtre à la carte " forme les salariés sur les planches. Fondée au Canada, cette compagnie compte à son palmarès des pièces sur des thèmes allant de la qualité totale aux tiraillements des fusions, en passant par le bogue de l'an 2000. Chaque scénario étant concocté sur mesure, toute ressemblance avec des situations existantes n'est jamais l'objet du hasard. Car l'humour connaît peu de tabous. A condition de n'être ni malveillant ni cassant. " Il faut toujours se mettre à la place de l'autre. L'humour est une question d'émetteur et de récepteur ", estime Jean-Claude de Mesmaeker, " partner " du cabinet de recrutement de dirigeants Creative Search Euram Group. Il est vrai qu'une plaisanterie qui tombe à plat peut faire grincer des dents. Surtout quand l'opération a un caractère officiel. Les organisateurs dans l'entreprise, eux aussi, ont parfois le trac ! " Lors de notre convention, c'était l'année de l'ouverture du marché, nous avions beaucoup de choses à communiquer. Mais nous ne l'avions jamais fait sur le mode de l'humour. Or il y a toujours une prise de risque, et c'est un peu du travail sans filet. J'en ai mal dormi ", se souvient Nathalie Aymonier, directrice de la communication de l'opérateur de télécommunications Siris, qui a fait appel à Serge Grudzinski. Avant son spectacle, ce dernier a mené l'enquête incognito dans l'entreprise. Avec le feu vert de la direction. Résultat : un triomphe ! Preuve que l'humour réussi, ça se prépare. Le jeu en vaut la chandelle, car une petite dose d'humour fait parfois des miracles. Comme ce soir de tempête où la pluie empêchait les avions de Southwest Airlines de quitter l'aéroport de Sacramento, en Californie. Soucieux de calmer la fureur des passagers, un agent au sol a pris sur lui d'inventer un jeu. A la découverte de celui qui aurait la photo de permis de conduire la plus laide. Tout le monde a voté, et le gagnant a remporté un modèle réduit d'avion offert par la compagnie. Les accès de colère sont tombés d'eux-mêmes. Décidément, l'humour est à prendre au sérieux... avec



Il croque les entreprises

Petit déjà, Gabs s'émerveillait des dessins de Sempé parus dans les " Ici Paris " que lisait son père. Depuis, cet artiste de 48 ans, célèbre pour croquer le monde de l'entreprise à pleines dents, a fait du chemin. En 1973, las de suivre des études littéraires dans sa ville de Tours, il part vivre en Colombie " sur un coup de tête ". Passionné de Montaigne, de Molière et de Truman Capote, il y enseigne la littérature pendant trois ans, avant de s'installer à Paris pour dessiner. " J'ai toujours voulu faire du dessin humoristique, et puis le monde de l'éducation n'était pas drôle ! ", raconte ce père de deux enfants. Auteur de plusieurs livres, Gabs, qui anime aussi des conventions d'entreprise, dessine " tout le temps ". " J'ai une grande chance, je fais un métier que j'aime. Mais l'humour, c'est beaucoup de travail. Et, derrière la façade, il y a beaucoup d'angoisse et de tourment ! "



Un consultant pour rire

Dans les entreprises, Serge Grudzinski est connu comme le loup blanc. Mais pas toujours sous le même nom, puisque, sur les planches, il se nomme aussi Max de Bley. Polytechnicien, ce Parisien de 43 ans a fait ses premiers pas dans l'industrie chez Saint-Gobain Vitrage. Un mastère de Stanford en poche, il entre chez le géant verrier en 1981. A l'usine, d'abord, puis au département de recherche-développement. Bientôt, il quitte l'industrie pour l'univers du conseil, stratégique, puis du recrutement. Tout au long de cette carrière très sérieuse, son hobby est de faire rire ! " Je me suis aperçu vers 25 ans que j'étais un comique, et que, quand j'ouvrais les vannes, les gens riaient ", explique cet amateur de Coluche. Après avoir animé une chronique à la radio et écrit plusieurs sketches à succès, il décide de se consacrer pleinement à l'art du rire, et fonde, en 1992, Humour Consulting Group. Aujourd'hui, ce père de quatre enfants compte parmi ses clients le gratin de l'industrie. Et ne regrette rien !



Quelques histoires drôles sur...

... Les consultants

" Un consultant, c'est quelqu'un qui vous pique votre montre pour vous donner l'heure... "

... Les informaticiens

" Si vous transportez Bill Gates et que votre voiture tombe en panne, quel sera son conseil ? Fermer toutes les fenêtres, sortir, et redémarrer ! "

Ou... Saint Pierre, ne sachant pas s'il doit envoyer Bill Gates au paradis, pour avoir équipé le monde en PC, ou en enfer, pour avoir créé Windows 95, lui donne le choix. Bill Gates visite d'abord l'enfer. Il arrive sur une île déserte où de ravissantes créatures se pavanent en bikini. Au paradis, il est propulsé sur un nuage d'où il voit des anges passer une harpe à la main. Il choisit l'enfer... Mais lorsqu'il lui rend visite au royaume de Satan, saint Pierre retrouve un Bill Gates, en proie aux flammes et à la torture, souffrant le martyre. " Mais où suis-je ?, s'indigne le patron de Microsoft. Où sont passés le soleil et la plage déserte ? "

" Ah ça, répond saint Pierre, c'était la démo... "

... Les ingénieurs dans les bureaux d'études

" Quand on demande aux ingénieurs d'un bureau d'études de faire un cheval, ils font un dromadaire à trois pattes, ça tient mieux ! "

... Les avocats

La poste américaine, dit-on, a dû retirer de la vente une collection de timbres à l'effigie des avocats célèbres... les gens crachaient toujours du mauvais côté.



Ces patrons qui ont de l'humour

Lorsqu'on est patron en France, on préfère passer pour un mécène que pour un boute-en-train. Malgré tout, quelques exceptions se distinguent.

Etrange lubie que celle d'Herb Kelleher ! Régulièrement, vers 4 ou 5 heures du matin, le P-DG de Southwest Airlines se déguise. Et, vêtu d'accoutrements divers, ce patron de 27000 salariés déambule dans les locaux de sa compagnie aérienne, à Dallas, pour distribuer des confiseries et du café à ses équipes de nuit.

Plus à l'ouest, au royaume de Sun Microsystems, les maximes humoristiques de Scott McNealy sont si célèbres qu'elles portent son nom : les " McNealy-isms ".

Et, quand il ne se met pas dans la tête de faire le tour du monde en ballon, Richard Branson n'hésite pas à enfiler une robe de mariée pour promouvoir Virgin !

Il faut bien le dire, à côté de cela, les patrons français font triste figure. Beaucoup préfèrent passer pour des mécènes plutôt que pour des joyeux drilles. L'explication de cette sinistrose ? Pour André Santini, député-maire d'Issy-les-Moulineaux, elle est simple : " Les patrons sont frappés du même syndrome que les politiques : le clonage. Ils sortent tous de l'ENA ou de Polytechnique. " Pourtant, dans ces milieux feutrés, quelques personnalités émergent. L'ancien patron de Schneider, Didier Pineau-Valencienne, se révèle, dit-on, fervent amateur de canulars. En camouflant sa voix, " DPV " a ainsi réussi à persuader par téléphone son directeur général adjoint, Michel Staib, qu'un rond-point était programmé à l'emplacement même de sa résidence secondaire ! Fidèle spectateur des Guignols de l'info, Ernest-Antoine Seillière n'a, semble-t-il, rien à envier à Yves Lecoq en matière d'imitations. Même si ses proches restent discrets sur ses têtes de Turcs. " Ernekine ", comme l'appelait sa nounou, prétend qu'il a rebaptisé le CNPF, faute de pouvoir changer son propre nom.

L'environnement de travail est révélateur

A l'inverse du patron des patrons, qui ose parfois le recours aux grimaces, " Loulou ", alias Louis Schweitzer, a pour réputation d'être très pince-sans-rire. D'autres font sourire malgré eux, comme ce P-DG étranger, qui, face à une cour de directeurs, s'est écrié : " Mais pourquoi me posez-vous cette question, je ne suis pas divin ! "

Nos patrons n'ont guère tendance à faire le pitre. Mais, au moins, savent-ils s'amuser ? Dans les hautes sphères de l'entreprise, Woody Allen et les Marx Brothers semblent très populaires. Avec quelques variantes : " L'homme qui m'a fait le plus rire est aussi celui qui m'a coûté le plus cher. Le contrôleur fiscal qui a redressé ma société en 1987 avait tellement d'humour que j'ai été forcé d'en rire ! ", assure Henry Kam, P-DG de la SSII KTT. L'environnement de travail des dirigeants est révélateur. Si le bureau de No'l Goutard, P-DG de Valeo, ne prête guère à rire avec son look très dépouillé, celui de Roland Moreno, P-DG d'Innovatron et inventeur de la carte à puce, n'est pas triste. Une photo de Lino Ventura et Bernard Blier dans " Les Tontons flingueurs ", une caricature de Chirac par le dessinateur Pétillon, et un article de Françoise Giroud sur " La bouche de Monica " se pavanent sur les murs.

La plupart tiennent à leur image de sérieux

Mais ces débordements de fantaisie restent l'exception. La plupart de nos dirigeants tiennent à leur image de sérieux. Et, s'ils s'amusent, expliquent-ils, c'est... en travaillant ! " Si on n'approche pas le travail au quotidien de bonne humeur, alors tout devient pesant ! ", estime Richard Bull, directeur général de la filiale française du constructeur informatique Iiyama. " Je prends le travail comme un jeu et j'utilise l'humour pour détendre l'atmosphère, renchérit Dominique Vignon, aux commandes de Framatome. Le problème, lorsqu'on devient chef, c'est qu'il y a forcément des distances. " Le pouvoir est- il incompatible avec l'humour ? Tragique destin de nos dirigeants. Mieux vaut peut-être en rire avec cette histoire, qui plaît beaucoup à Jean-Paul Vermes, P-DG du cabinet de recrutement Cogeplan : " Assis dans son bureau du 37e étage d'une tour de la Défense, le P-DG d'une entreprise informatique se désespère. Derrière lui, la courbe des ventes affiche une dégringolade impressionnante. Quelques jours plus tard, lorsque cette courbe traverse la moquette, le dirigeant se jette par la fenêtre. D'un bond, ses collaborateurs se précipitent... Mais le P-DG ne s'est fait aucun mal : il est tombé sur les stocks ! " L. N'K.



Ces drôles de patrons

Didier Pineau-Valencienne, l'ex-patron de Schneider, a fait croire à l'un de ses collaborateurs qu'un rond-point était programmé à l'emplacement de sa résidence secondaire !

Dominique Vignon, président de Framatome : " Je prends le travail comme un jeu et j'utilise l'humour pour détendre l'atmosphère... ".

Ernest-Antoine Seillière, président du Medef, n'a, dit-on, rien à envier à Yves Lecoq en matière d'imitations.

Herb Kelleher, le P-DG de Southwest Airlines, distribue, déguisé, confiseries et café à ses équipes de nuit.

Louis Schweitzer, P-DG de Renault, surnommé " Loulou ", a pour réputation d'être très pince-sans-rire.

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