L'Usine Energie

"Malgré ce que l'on entend ici ou là, nous sommes loin de l'après pétrole !"

Ludovic Dupin , , ,

Publié le , mis à jour le 11/03/2015 À 13H29

Autant dans le raffinage que dans la production, l'industrie pétrolière souffre dans l'Hexagone. D'un côté à cause d'une conjoncture économique défavorable, de l'autre à cause de choix gouvernementaux. Pour l'Union françaises des industries pétrolières (Ufip), la France du pétrole doit renouer avec la compétitivité.

Malgré ce que l'on entend ici ou là, nous sommes loin de l'après pétrole ! © trekkyandy - Flickr- c.c.

Ce mardi 10 mars, Francis Duseux, le nouveau président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip) se prêtait pour la première fois au traditionnel exercice du bilan des activités pétrolières en France en 2014 et des perspectives 2015. Bien sûr, l'homme veut mettre en avant le rôle des hydrocarbures pour accompagner la transition énergétique et assure, en introduction, que "malgré ce que l'on entend ici ou là, nous sommes loin de l'après pétrole !" Pourtant, à en croire le représentant de l'industrie pétrolière, la situation de l'or noir dans l'Hexagone n'est pas brillante.

A commencer par le raffinage. Son point mort se situe à une marge de 30 euros par tonne. Or, en 2014, la marge moyenne était de 22 euros. Sur la période 2009-2013, elle était de 20 euros par tonne. En cause : une surcapacité en Europe et une compétition féroce des raffineries modernes en Asie et des bas coûts du gaz de schiste aux Etats-Unis. Sur le second semestre 2014 et les premiers mois 2015, les marges sont remontées à 28 euros et 45 euros. Un phénomène dû à la baisse du cours du baril de pétrole... A long terme, les fondamentaux vont continuer à dégrader les résultats du raffinage sur le Vieux Continent.

 

Retrouvez notre dossier : AVEC LES COURS DU BARIL EN CHUTE LIBRE, L’INDUSTRIE PÉTROLIÈRE DOIT SE RÉINVENTER

 

Plus de permis délivrés

"Dans ces conditions, il faut rationaliser l'outil industriel", assure Francis Duseux. Les 79 raffineries européennes, dont 8 en France, ne sont utilisées qu'à un taux de 79 %, contre 90 % dans le cas d'un fonctionnement optimum. L'Ufip estime que "nous devrions avoir une restructuration d'environ 25 à 30% du raffinage à l'horizon 2035-2040". Cela devrait conduire à la fermeture d'environ 30 raffineries en Europe. En France, Total devrait annoncer au printemps une rationalisation de son outil qui devrait conduire à la reconversion d'une des cinq raffineries du pétrolier sur le territoire. "Malgré cela, le travail ne sera pas fini", assure Francis Duseux.

Du côté de la production, le climat n'est pas bon non plus selon l'organisation professionnelle. L'Ufip dénonce "la confusion en France entre le pétrole conventionnel et non conventionnel". Ainsi, depuis que la loi interdisant la fracturation hydraulique pour explorer le gaz de schiste a été votée en 2011, les permis pétroliers conventionnels ne sont plus délivrés par l'Etat, bien qu'ils ne soient pas concernés par l'interdiction. En 2014, aucun permis d'exploration n'a été accepté dans le pays, alors que 162 demandes sont sur le bureau du ministère de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie. Pour Francis Duseux, l'octroi de ces permis est nécessaire pour "conserver des compétences en France et éviter le départ des compagnies pétrolières étrangères".

Globalement, le président de l'Ufip regrette que "le débat sur la transition énergétique en France se poursuive sans prendre en compte le rôle du pétrole et du gaz naturel". Affirmant que ces deux énergies fossiles compteront encore pour 60 % de la demande d'énergie primaire en France en 2040, Francis Duseux "demande à être associé aux pouvoirs publics pour développer une vraie politique de compétitivité du raffinage et de la distribution".

Ludovic Dupin

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