L'Usine Santé

Maladie de Lyme : 130 patients partent en guerre contre les laboratoires

Astrid Gouzik

Publié le , mis à jour le 24/10/2016 À 08H59

Mi-octobre, 130 personnes atteintes de la maladie de Lyme ont assigné cinq laboratoires. Ils leur réclament 500 000 euros chacun, reprochant le manque de fiabilité de leur test de diagnostic de la maladie.

Maladie de Lyme : 130 patients partent en guerre contre les laboratoires © Pixabay - c.c.

C’est l’histoire d’une toute petite bête qui vient démanger la grosse. Qui aurait cru qu’une simple tique pourrait tant effrayer les géants de l’industrie pharmaceutique ?  Et pourtant, ce mardi 18 octobre, 130 personnes atteintes de la maladie de Lyme, et regroupées sous le collectif Lyme Action, ont déposé plainte contre le français bioMérieux, l’italien DiaSorin, les allemands Siemens et Euroimmun et l'américain Bio-Rad. Ils ont tous en commun de commercialiser, en France, le test "Elisa" permettant de diagnostiquer cette maladie bactérienne, transmise à l’homme par la morsure d’une tique infectée. Cette affection peut toucher plusieurs organes et systèmes, la peau mais aussi les articulations et le système nerveux. Chaque patient réclame 500 000 euros aux laboratoires.

"500 personnes nous ont saisi, explique maître Julien Fouray, conseil du Lyme Action. 130 ont finalement déposé plainte pour engager la responsabilité des laboratoires qui fabriquent les tests de diagnostic. Nous leur reprochons de ne pas avoir mis en garde les médecins et les malades que leur dispositif de test était sujet à caution et qu’ils ne pouvaient pas garantir la fiabilité du résultat". Car le test Elisa est bien le nœud du problème. Le protocole officiel d’analyse impose de passer par ce test Elisa (et uniquement par lui) pour déterminer si une personne est atteinte ou non de la borréliose de Lyme. Si le test est négatif, tout s’arrête là, on considère que le patient n’est pas touché. Il ne peut donc ni être soigné, ni pris en charge. "Or un test négatif, ne signifie pas forcément que l’on n’est pas porteur de la maladie", insiste Julien Fouray.

Test positif en Allemagne, négatif en France

Explications. Le test Elisa a été bâti sur une technique importée des Etats-Unis, sur des bases de données américaines permettant de le calibrer. Or, aux Etats-Unis, la maladie de Lyme provient d’une souche bactérienne propre au continent nord-américain. En Europe, d’autres souches bactériennes sont présentes, ce sont donc c’est souches-là qui devraient être recherchées. "Et d’ailleurs, même outre-Atlantique, cette technique a été retirée car elle n’était pas jugée suffisamment fiable", ajoute Julien Fouray. Il existe d’autres techniques de dépistage, y compris sur le continent européen. Chez nos voisins allemands par exemple, on recense 300 000 cas contre environ 33 000 en France. "Pourtant, nos deux pays sont extrêmement comparables, d’un point de vue climatique, de l’environnement, etc… Il n’y a donc aucune raison pour qu’il y ait 10 fois plus de malades de Lyme recensés en Allemagne qu’en France", détaille l’avocat. Et de raconter : "certains patients vont faire le test de dépistage en Allemagne, il s’avère positif. Et une fois repassée la frontière, ils ne sont plus malades. Les tests en France sont négatifs". Tout cela n’est pas une banale question de statistique mais bien un enjeu de santé public, selon le Lyme Action. Il n’existe pas de traitement permettant de guérir de la maladie de Lyme. Toutefois, il existe des protocoles de soins efficaces permettant de ralentir la maladie si elle est prise en charge rapidement. D’où la nécessité d’un diagnostic rapide et fiable.

Un plan national pour développer de nouveaux tests de diagnostic

Du côté des laboratoires, c’est silence radio… ou presque. Seul le français bioMérieux (qui détient 25 à 30% des parts de marché contre 45 à 50% pour Diasorin) s’est défendu dans un communiqué : "Les tests Lyme de bioMérieux ont toujours été et sont aujourd’hui conformes aux réglementations européenne et américaine". "Ils nous disent qu’ils sont conformes, ils n’affirment pas que les tests sont fiables, insiste Julien Fouray. Nous sommes face à un véritable problème industriel qui justifie une indemnisation des victimes. Il faut sanctionner cette irresponsabilité".

Quant au "plan national" annoncé fin septembre par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, il ne trouve pas non plus grâce aux yeux du Lyme Action et de ses deux représentants Julien Fouray et Catherine Faivre. "Ce plan contient une contradiction majeur : d’un côté, on admet qu’il y a un problème de diagnostic et d’un autre, on continue à appliquer ce protocole de tests et à commercialiser Elisa. Le gouvernement aurait pu demander le retrait de ces tests. L’autre problème, c’est qu’aucun financement n’est prévu pour ce plan national de lutte", regrettent-ils. Mais le Lyme Action entend bien "ne pas se laisser abuser par le temps électoral". "Si d’ici à la fin de l’année, on ne nous présente pas d’actions concrètes, comme la suspension ou le retrait des tests actuels, ou la création d’indemnisation pour les patients, nous passerons à la deuxième étape. Et la suite de l’action pourra être la mise en cause des pouvoirs publics et de la ministre en tant que personne". 

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