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« Make our planet great again »

Olivier Cognasse

Publié le

« Make our planet great again »
Manifestants devant la Maison-Blanche après l’annonce du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris.

Le jeudi 1er juin, Donald Trump, dans un discours d’une rare violence, où se mêlaient paranoïa et contre-vérités, a annoncé que les États-Unis se retiraient de l’Accord de Paris sur le climat. Un accord qui découle de vingt ans d’avancées et de reculades depuis le protocole de Kyoto en 1997 – non ratifié par les États-Unis déjà – et surtout six ans après le fiasco de Copenhague. Le 12 décembre 2015 au Bourget, 195 pays, plus l’Union européenne, ont signé cet accord historique, même s’il était imparfait. Il a été ratifié le 4 novembre 2016, notamment par les États-Unis, et doit entrer en application en 2020. Aujourd’hui, 145 pays représentant plus des 83 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre l’ont entériné.

Quand Donald Trump parle des États-Unis comme d’un pays écologique et minimise la portée de sa décision, il oublie que la première puissance mondiale est le deuxième émetteur de gaz à effet de serre, derrière la Chine, et même le premier par habitant. Un Américain émet deux fois plus de CO2 qu’un Chinois et trois fois plus qu’un Français. Le Président américain veut renégocier un accord qui ne favorise pas la Chine et l’Inde au détriment de son pays. Fadaises ! « Make our planet great again », lui a répondu Emmanuel Macron, paraphrasant le « Make America great again » de Donald Trump. « Sur le climat, il n’y a pas de plan B, parce qu’il n’y a pas de planète B », a ajouté le Président français.

Il n’y aura pas de renégociation de la contribution américaine à la lutte contre le réchauffement climatique. Mais la décision de la Maison-Blanche n’est pas sans conséquences. Elle peut avoir un effet d’entraînement sur certains pays, notamment ceux producteurs de pétrole, et sur des États, la Russie par exemple, qui n’ont toujours pas ratifié l’Accord de Paris. Financièrement, en refusant d’alimenter le Fonds vert (100 milliards de dollars par an à partir de 2020) qui doit permettre aux pays en développement – peu émetteurs de gaz à effet de serre, mais premières victimes du réchauffement climatique – de passer à l’étape énergies renouvelables (ENR) sans passer par la case énergies fossiles, le Président américain envoie un signal désastreux pour l’image des pays riches.

A contrario, cette décision inique pourrait isoler les États-Unis et renforcer les liens entre les principaux pays dans la lutte contre le réchauffement climatique. « Non, l’Accord de Paris n’est pas mort », a assuré Nicolas Hulot le 2 juin. « Je pense qu’il y a un axe autour de la solidarité universelle qui va se créer. Peut-être un axe inattendu entre l’Europe, la Chine et l’Inde, y compris aux États-Unis », a ajouté le ministre de la Transition écologique et solidaire. L’Europe et la Chine semblent plus proches que jamais. La Chine a d’ores et déjà pris des mesures importantes pour réduire drastiquement la place du charbon et devient le champion des énergies renouvelables.

L’enjeu économique négligé par Trump

S’il assure défendre l’emploi aux États-Unis en déclarant son amour pour le charbon, Donald Trump oublie que les énergies renouvelables en génèrent bien plus que les énergies du passé. « Les ENR créent dix fois plus d’emplois. Le solaire devient plus rentable que le charbon », rappelle Gérald Maradan, le directeur général et cofondateur d’EcoAct, qui aide les entreprises et les territoires à anticiper et à se transformer face aux enjeux climatiques. Un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) rendu public le 23 mai met en avant les bienfaits pour l’économie mondiale de la lutte contre le réchauffement climatique. Elle permettrait aux pays du G20 de gagner de 2,8 % à 5 % de croissance de leur PIB d’ici à 2050.

Le C40 présidé par Anne Hidalgo, la maire de Paris, regroupe 86 grandes villes du monde qui visent la neutralité carbone. Dont une douzaine de cités américaines, parmi lesquelles Austin, Los Angeles, San Francisco, New York et Washington. Les entreprises américaines n’ont pas non plus l’intention de revenir en arrière. La finance a compris qu’il n’était plus possible d’accompagner les énergies fossiles. « Nous travaillons avec des entreprises comme DS Corporation dans le textile et Etsy dans le commerce. Elles veulent aller vers la neutralité carbone. Les entreprises savent qu’elles doivent lutter contre le réchauffement climatique, avant tout pour des raisons économiques, souligne Gérald Maradan. L’annonce d’ExxonMobil est emblématique. » Les actionnaires du premier groupe pétrolier mondial ont voté en faveur d’une proposition visant à contraindre la compagnie à évaluer l’impact financier des politiques publiques sur son activité, à la suite de l’Accord de Paris. Coca-Cola et General Electric ont annoncé il y a quelques jours qu’elles allaient réduire de 25 et 20 % leur empreinte carbone d’ici à 2020… Il existe bien une Amérique décidée à sauver la planète. Quelque 62 % des Américains sont contre la décision de leur Président. 

« Donald Trump portera une lourde responsabilité »

Jean Jouzel, climatologue et glaciologue

  • La COP 21 semble loin… avec le climato-sceptique Donald Trump ?

Nous étions partis dans la bonne direction avec l’Accord de Paris. Il y avait une réelle dynamique : limiter le réchauffement climatique en 2100 à 2 °C et si possible à 1,5 °C. Tous les pays ont proposé de faire des efforts, même si l’on est loin du compte. Avec les contributions de chacun, nous atteignons 55 milliards de tonnes de gaz à effet de serre (GES) en 2030, alors qu’il n’en faudrait que 40?milliards. Nous sommes plutôt partis pour atteindre un réchauffement climatique de l’ordre de 3 à 3,5 °C au début du siècle prochain. Les contributions doivent être revues à la hausse tous les cinq ans. En 2018, chaque pays annoncera les moyens qu’il compte mettre en œuvre pour atteindre ses objectifs.

  • L’Accord de Paris a été majoritairement ratifié. La sortie des États-Unis est-elle si dommageable ?

L’Accord a été ratifié par une majorité de pays représentant plus de 75 % des émissions de GES. Si les États-Unis sortent, on restera au-dessus des 55 % nécessaires. Mais cela enrayera cette dynamique. Je crains que les pays qui n’ont pas ratifié l’Accord, comme la Russie, ne le fassent jamais. Si les objectifs de 2020 sont tenus, j’ai peur que l’on n’aille pas plus loin par la suite. A contrario, on peut imaginer que les États-Unis se retrouvent isolés, car on peut vivre sur cette planète sans ce pays. Et que la Chine et l’Europe soient à l’avant-garde de ce combat.

  • Les Américains vont-ils abandonner toute ambition de réduction des émissions de CO2 après cette décision ?

En quittant l’Accord de Paris, même si cela prend quatre ans, les Américains ne feront plus aucun effort pour respecter leurs engagements. Déjà, Donald Trump a menacé de cesser toute aide financière aux organisations environnementales internationales, à commencer par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), ce qui n’est pas sans poser des problèmes. Il est vrai que les États et les villes les plus dynamiques ne reviendront pas sur leur engagement.

  • Êtes-vous encore optimiste ?

C’est une très mauvaise nouvelle, car une fois que l’on a cassé le jouet… Donald Trump portera une lourde responsabilité au regard de l’Histoire, comme Georges W. Bush en son temps, lorsqu’il n’avait pas ratifié l’Accord de Kyoto.

  • La France est-elle sur la bonne voie pour tenir ses engagements ?

Avec la loi de transition énergétique, la France est en phase avec ses objectifs. Faire appliquer cette loi ambitieuse et entraîner le monde agricole, qui n’est pas très sensibilisé au réchauffement climatique, est un sacré défi pour Nicolas Hulot. 

Propos recueillis par O. C.

 

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