Main d'œuvre, l'autre pénurie

Alors que plusieurs grands groupes ont relancé des plans de recrutement massifs comme PSA, Renault ou Michelin, le groupement des fédérations industrielles vient de tirer le signal d'alarme. Selon lui, recruter va devenir de plus en plus difficile. Dans les cinq ans qui viennent, l'industrie va avoir besoin de recruter 150 000 salariés chaque année.

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Main d'œuvre, l'autre pénurie

Bien sûr, il y a le Japon. La catastrophe qui frappe l'archipel nous fait durement ressentir les liens étroits qu'entretiennent des usines pourtant distantes de milliers de kilomètres. La pénurie de composants électroniques est une inquiétude immédiate pour l'industrie mais un autre fléau la menace, beaucoup plus discret. Un fléau qui disparaît ou s'efface avec les crises. Mais qui réapparaît dès que sonne l'heure de la reprise. Ce fléau, c'est la pénurie de main d'œuvre.

Alors que plusieurs grands groupes ont relancé des plans de recrutement massifs comme PSA (4000), Renault (4000) ou Michelin (2000), le groupement des fédérations industrielles, présidé par le dynamique Pierre Gattaz, vient de tirer le signal d'alarme. Selon lui, recruter va devenir de plus en plus difficile. Dans les cinq ans qui viennent, l'industrie va avoir besoin de recruter 150 000 salariés chaque année. Bonne nouvelle ! Le problème, c'est qu'elle n'est pas sûre de voir les jeunes se bousculer dans ses forums d'emploi pour décrocher l'un de ses jobs. Selon Pierre Gattaz, seuls 5% des jeunes français se disent prêts à travailler dans l'industrie...

La statistique ne manque pas d'étonner lorsque l'on sait que le taux de chômage des jeunes flirte avec les 25 % (!!!). Mais elle reflète bien la réalité. Travailler à l'usine, ce n'est pas sexy. Ce n'est pas l'avenir. C'est ce que pensent les jeunes et leurs parents. Ces derniers, interrogés par L'Usine Nouvelle en décembre dernier, reconnaissaient, à 48 %, qu'ils ne conseilleraient pas à un proche de travailler dans l'industrie. Les raisons sont multiples. Il y a bien sûr le sentiment général d’une désindustrialisation croissante du pays. Il y a aussi, de manière plus pragmatique, la question des salaires. Mais c'est souvent le contenu même du travail qui rebute les jeunes. Le travail posté, en 3x8, ne semble plus correspondre aux aspirations de la nouvelle génération.

Pour relancer l'appétence de ces jeunes, industriels et gouvernement organisent la semaine de l'industrie. En faisant le pari de l'ignorance. Selon eux, les jeunes se détournent des usines parce qu'ils ne les connaissent pas ou trop mal. En les emmenant dans les usines, ils espèrent ainsi changer leur regard sur ce secteur... Il faut être franc : il n’est pas sûr que toutes les animations et visites de cette semaine suffisent à changer durablement leurs regards. Le désintérêt de la nouvelle génération est un peu plus profond. Pour susciter à nouveau l'amour des usines, pour donner le coup de foudre pour nos machines, il faudra être un peu plus ambitieux. Changer, par exemple, le regard des enseignants (les premiers conseillers d'orientation des élèves) sur l'entreprise. Pourquoi ne pas étendre la semaine de découverte des entreprises aux professeurs ? Les capitaines d'industrie ont, eux-aussi, un rôle à jouer. Lorsqu’ils parlent de leurs sociétés, ils ne doivent plus seulement parler de cash, de marges et de ventes mais aussi de technologies ou de projets industriels d’envergure. Ils ne peuvent plus se contenter de parler seulement à la communauté économique, ils vont devoir aussi apprendre à dialoguer avec le « grand public ». En somme, l’industrie doit réinventer son discours, pour faire rêver un peu plus et…. recruter plus facilement.

Thibaut De Jaegher

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