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Maghreb Steel : les banques injectent 36 millions d'euros pour sauver le sidérurgiste marocain de la faillite

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Le champion marocain de l'acier plat, Maghreb Steel a annoncé un  accord de restructuration avec ses partenaires financiers. Il prévoit notamment l'injection de 400 millions de dirhams de fonds propres (36,2 millions d'euros), dont 200 dès cette année et le reste à l'horizon 2017. Les banques prennent le pouvoir d'un groupe qui a investi à contre cycle et trop lourdement et vient d'enregistrer une perte équivalente à 20% de son chiffre d'affaires.

Maghreb Steel : les banques injectent 36 millions d'euros pour sauver le sidérurgiste marocain de la faillite
en 2012, Maghreb Steel avait investi 5,7 milliards de dirhams dans un tout nouveau complexe, inauguré le 26 avril par le roi Mohammed VI dans la commune de Chellalate (Province de Mohammedia), près de Casablanca.
© maghrebsteel

Nouveau sauvetage! Les banques du sidérurgiste familial marocain Maghreb Steel, créé et présidé par Fadel Sekkat, 69 ans, se sont engagées dans une recapitalisation du groupe au état de quasi faillitte. Elles vont injecter en fonds propres 400 millions de dirhams (1 000 dirhams = 90 euros), dont la moitié dès cette année et le solde d'ici à 2017. L'opération serait accompagnée d'une remise à plat managériale et d'une réorganisation de ses dettes et encours bancaires. En attendant sans doute une restructuration en profondeur.

plan de transformation industrielle et commerciale

La recapitalisation annoncé samedi 11 octobre et fait suite au conseil d'administration du jeudi 9, doit ainsi servir à soutenir le démarrage imminent d'un "plan de transformation industrielle et commerciale profonde" et vise à assurer la pérennité de l'activité de ce groupe familial fabricant d'acier plat laminée à chaud ou à froid.

Il y a urgence car très exposées les 6 banques du groupe, constituées en pool, comptent toutes parmi les premiers établissements financiers du royaume à savoir Attijariwafa bank, Crédit du Maroc ou Banque marocaine du commerce extérieur (BMCE). Désormais, ce sont elles qui sont à la manœuvre.

Ainsi un nouveau directeur général, en remplacement de Youssef Sekkat (cousin du président), débarqué, a été dépêché par elles. Il s'agit d'Amar Drissi, actuel directeur exécutif en charge des pôles industriels à l'OCP, une grosse pointure formé à l'X et Princeton passé par Citibank, Lesieur Cristal ou un fonds dubaîote.

Il arrive pour mener à bien un plan qui s'apparente à une opération de la dernière chance pour ce symbole de l'industrie marocaine suivi de très près par le gouvernement Benkirane, le patronat et même, dit-on, le Palais. Enjeu : éviter la disparition d'un groupe qui a voulu se développer sur un marché mondialisé, celui de l'acier plat et ce sans recours à des capitaux ou des technologies étrangères. Hélas, sans succès.

Au premier semestre, dans un contexte économique difficile, Maghreb Steel basé à Mohammedia près de Casablanca a ainsi présenté des indicateurs financiers restant rouge vif.

Son chiffre d'affaires consolidé sur cette période a reculé de 12,7% à 1,2 milliard de dirhams... avec des charges d'exploitation, supérieures à ses ventes, s'élevant à 1,4 milliard de dirhams.

une dette à un niveau record à 5,6 milliards de dirhams

Le résultat net part du groupe affiche une perte de 255,7 millions de dirhams au premier semestre (plus de 21% du chiffre d'affaires) succédant au 258,5 millions de dirhams de pertes du premier semestre 2013. 

Au niveau du bilan, la dette nette de Maghreb Steel enregistre elle un niveau record de 5,6 milliards de dirhams.

Indicateur supplémentaire mesurant le risque pour les banques, le ratio de la dette financière et bancaire nette sur les capitaux propres (gearing) s'élève à 740% au premier semestre. Il était de 554,9% fin 2013. En clair, Maghreb Steel cumule presque 8 fois plus de dettes que la valeur de l'entreprise et la situation se dégrade de semestre en semestre. Les banques sont donc prises au piège.

Lors d'un entretien accordé à L'Usine Nouvelle en juin, Ismail Douiri, directeur général d'Attijariwafa bank saluait, déjà, le fait que le consortium bancaire coordonnait son action pour "essayer de sauver ce qui peut être sauvé".

"Malheureusement, déclarait-il, je ne pense pas que ce sera suffisant pour sauver l'intégralité de notre dette dont nous avons déjà provisionné une partie." L'avenir lui donnera-t-il raison ?  "Certaines banques ont mal estimé les risques du projet et ont permis le surinvestissement qui est à l’origine des difficultés actuelles", avait alors encore expliqué Ismail Douiri.

L'histoire de l'entreprise, née en 1975, c'est celle effectivement d'un investissement trop lourd et inauguré à contre-cyle. En 2012, Maghreb Steel avait ainsi achevé un investissement de 5,7 milliards de dirhams dans un tout nouveau complexe de production d'acier plat (filière électrique), inauguré le 26 avril par le roi Mohammed VI à Chellalate (province de Mohammedia), près de Casablanca. Une première pour le Maroc, Sonasid, l'autre grand sidérugiste du pays (une filiale à 32% d'ArcelorMittal) ne produit, en effet, que des produits longs et notamment du fer à béton... et est, lui, dans le vert.

18 à 25% sur les importations

Réalisé en plusieurs étapes, le complexe de Mohammedia qui emploie moins de 2 000 personnes (plus de 300 personnes ont déjà été licenciées en 2013) est doté d'une capacité d'au moins un million de tonnes. Il comprend notamment une aciérie électrique, des laminoirs à chaud de bobines et de tôle forte et un laminoir à froid.

Positionné sur un marché hyper concurrentiel, Maghreb Steel qui, les bonnes années, a exporté 40% de sa production a accusé ses concurrents européens ou turcs de plomber le marché marocain par des prix trop bas à l'importation. Il a, à deux reprises, porté plainte auprès des pouvoir publics contre le français ArcelorMittal, l'indien Tata Steel et les turques Colakoglu et Erdemir les accusant de dumping.

L’enquête antidumping mené par les autorités marocaines sur les importations de tôles d’acier laminées à chaud originaires de l’Union Européenne et de la Turquie s'est conclu définitivement en septembre dernier par l'instauration de droits anti-dumping pour 5 ans allant de 18 à 25%. Non sans susciter les craintes des utilisateurs d'acier.

Le groupe a de surcroit demandé ces dernières mois la mise en place de droits additionnels sur les tôles laminées à froid. Selon le quotidien L'Economiste, le gouvernement s'apprêterait à accéder à cette demande.

En difficultés financières depuis fin 2012, le sidérurgiste n'a, depuis, dû sa survie qu'aux aides financières et rééchelonnement de dettes obtenus. Le nouveau plan suffira-t-il à sauver l'entreprise? Tout reste à faire. Un exemple? Jusqu'ici Maghreb Steel n'est pas encore parvenu à faire qualifier son acier plat par Renault Tanger qui cherche pourtant à accroitre son sourcing marocain.

Si Fadel Sekkat fait plutôt figure de "franc tireur" du business chérifien, l'arrivé à la direction de Maghreb Steel d'un manager de choc Amar Drissi, issu du coeur même du pouvoir économique et étatique marocain, à savoir l'OCP, revèle le mode "panique" qui a saisi les élites du pays sur ce dossier emblématique.

Fin septembre, Abdellatif Jouahri, gouverneur de la banque centrale Bank al-Maghrib avait même accordé un programme, aussi spécial qu'inédit, de liquidités aux banque créancières du sidérurgiste.

Le Maroc va-t-il connaitre son "moment Gandrange"?

Nasser Djama avec Pierre-Olivier Rouaud

 

 

 

 

(nb : les droits antidumping frappant les tôles laminées à chaud s'élèvent de 11,06% à 22,11% et non de 18% à 25% comme indiqué par erreur dans une précédente version de cet article. Et l'extension envisagée des mesures de protection concerne les tôles laminées à froid et tôles revétues.

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