L'Usine Maroc

Maghreb Steel "confiant sur la possibilité de dégager du cash l'an prochain", selon son directeur général Amine Louali

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En proie à de très graves difficultés financières, Maghreb Steel échappe encore au pire. Le sidérurgiste marocain, spécialisé dans l'acier plat, vient de boucler un refinancement clé avec le lancement d'un emprunt obligataire de 82 millions d'euros qui va lui permettre de rembourser ses dettes à court terme. L'Usine Nouvelle a demandé à Amine Louali, son directeur général de faire le point sur les chances de redressement du groupe implanté sur un site de 30 ha à Mohammedia, près de Casablanca.  

Maghreb Steel confiant sur la possibilité de dégager du cash l'an prochain, selon son directeur général Amine Louali © maghrebsteel.ma

Maghreb Steel vient de passer une étape clé dans la restructuration de sa dette. En proie à de graves difficultés financières depuis 2012, virtuellement en dépôt de bilan, le sidérurgiste marocain affecté par ses surinvestissements passés (500 millions d'investissements) et une plongée des prix de l'acier vient d'obtenir l'autorisation du  Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM) de lancer un emprunt obligataire de 895 millions de dirhams (82 millions d’euros).

Celui-ci sera souscrit par ses créanciers (encadré) dans le cadre d'un accord global de restructuration financière, y compris les billets de trésorerie. Une opération majeure, car ce dossier porte un risque très élevé pour une vingtaine d'établissements financiers marocains, dont toutes les grandes banques comme Attijariwafa Bank ou BMCE.

En 2014, le groupe qui possède une aciérie électrique, inaugurée en 2012 et des installations de laminage a enregistré pour la troisième année  consécutive de lourdes pertes à 539 millions de dirhams en 2014, soit environ 25% de son chiffre d'affaires. Mais selon Amine Louali, son directeur général délégué, la perte pourrait être divisée par deux l'an prochain. Le groupe pourrait dégager du cash hors charges de la dette. Ce dernier a répondu aux questions de L'Usine Nouvelle au lendemain du visa par le CDVM de son emprunt obligataire.

L'Usine Nouvelle : quel est le sens de l'emprunt obligataire émis par Maghreb Steel visé par le CDVM ce 15 décembre?

Amine Louali : Cette opération fait partie de celles ayant pour but le redressement de notre situation financière. Il s'agit d'un accord tripartite entre l'État, les actionnaires et les établissements financiers, signé il y a maintenant un an. Il comprenait un certain nombre de mesures prises par les parties engagées dans ce dossier pour le sauvetage de Maghreb Steel.

L'État s'était engagé à prendre les mesures de protection antidumping. Pour les actionnaires, il y avait à agir au niveau du management et injecter des fonds nécessaires sur une durée de 3 ans. Les banques et les porteurs de billets de trésorerie se sont engagés de leur côté dans une restructuration globale. Il y a eu des échéances de remboursement qui ont été reprises ainsi que la transformation des billets de trésorerie en titres obligataires.

Cette opération concerne combien de parties ?

Une vingtaine de porteurs de billets de trésorerie, chacun avec sa propre gouvernance. Il y avait la mise en place d'un contrat où tout le monde était d'accord. C'est un processus assez long au vu du nombre de parties engagées autour de la table. Aujourd'hui c'est chose faite. Nos billets de trésorerie ne sont plus exigibles à court terme. Les remboursements sont donc de facto repoussés d'ici à  2025 et 2030.

Peut-on considérer Maghreb Steel comme viable ou rentable aujourd'hui si l'on fait abstraction de ses dettes ?

Votre question revient à dire : est-ce que Maghreb Steel génère du cash ou pas. C'est un point important. On parle ici de la rémunération des capitaux. Globalement, dans le business plan, en termes de génération de cash, dès 2016, Maghreb Steel génèrera du cash et dégagera du bénéfice de manière à couvrir toute la partie des intérêts. C'est un point positif.

L'environnement économique compliqué et le prix bas de l'acier ne rend-il pas toute projection hasardeuse ?

Nous n'avons pas de boule de cristal. Les marchés peuvent effectivement se retourner dans les deux prochaines années. Cela s'est déjà produit dans la période allant de 2000 à 2008. Tout peut aller très vite car comme vous le savez, les marchés sont cycliques. En bas de cycle, tout le monde essaie de survivre, et en haut de cycle ça permet de payer les investissements qui ont été faits.

Le groupe a enregistré une perte record de 25% de son chiffre d'affaires en 2014 et 2015 sera du même ordre.... Peut-on dire qu'aujourd'hui Maghreb Steel a une chance de voir le bout du tunnel  ?

Il fallait la mise en place d'un protocole pour que la restructuration puisse se dérouler de manière naturelle. Aujourd'hui,  l'ensemble des mesures est là. Le processus de  restructuration a démarré depuis un an. Le travail accompli commence à porter ses premiers fruits.  La tâche continue cependant. Nous avons besoin, par exemple, de compétences particulières. Il faut  renforcer les équipes pour mieux maitriser nos différents processus. Les choses bougent malgré le contexte compliqué. Nous restons confiants sur la possibilité de dégager du cash l'an prochain. Il y a vraiment un processus positif qui est enclenché.

Donc selon vous, sans retournement des marchés, on peut dire que Maghreb Steel sera en mesure de générer du cash dès l'an prochain, hors charges de la dette ?

Oui, tout à fait.

Sur le plan de la production, l'aciérie électrique fonctionne-t-elle ou est-elle à l'arrêt ?

Dans les faits, le groupe réalise des arbitrages entre l'achat de ferraille et l'achat des produits intermédiaires [brames importées notamment ndr] en fonction des cours sur les marchés mondial et local. Concrètement, l'aciérie était en marche cette semaine mais sera probablement arrêtée la semaine prochaine (21 décembre NDR). En fonction de l'évolution du prix international des brames, nous faisons des arbitrages dans un sens ou dans l'autre.

L'aciérie fonctionne donc d'une manière intermittente ?

Aujourd'hui, nous essayons de maximiser notre marge. Quand c'est possible d'avoir recours aux brames importées, nous les utilisons. Sinon, l'aciérie fonctionne avec de la ferraille. En interne, on utilise aussi les chutes qui résultent de la découpe. Ce n'est pas négligeable car cela nous assure un flux régulier en interne qui permet de faire tourner l'aciérie quelques jours par mois. On complète l'approvisionnement avec l'achat de ferraille au niveau local ou sur le marché international. C'est ce que font la plupart des aciéries électriques, c'est aussi leur avantage. Elles ont cette capacité de faire du swing en fonction du marché.

Sur votre marché, comment expliquez-vous les rapports souvent tendus avec les importateurs ?

Nous sommes dans l'obligation de défendre nos intérêts. Aujourd'hui, certains importateurs ont recours à une espèce de surfacturation. Pour faire court, prenons un exemple. Quelqu'un importe une marchandise qui vaut 100. Il déclare 120. Il paie au fournisseur 120 qui lui rétrograde une commission de 20, ailleurs sur un compte non déclaré.

Est-ce que tous les acteurs ont recours à cette pratique ?

Non. Mais, ces pratiques existent. Lorsqu'il y a eu la mise en œuvre de mesures, normales, de protection antidumping, vous créez forcément des protestations de la part de certains en s'appuyant sur des arguments de problèmes de qualité, de problèmes de prix plus élevés, d'une marchandise plus chère etc…

Les consommateurs d'acier se retrouvent tous logés à la même enseigne sur un marché marocain qui est protégé par des mesures antidumping. Le marché ciblé reste somme toute modeste avec des volumes de petite quantité et un écart de prix d'à peine 11%. Ce n'est pas un souci, selon nous. Aujourd'hui, les procédures sont claires et cela permet d'apaiser pas mal de tensions.

Propos recueillis par Nasser Djama

 

Liste des créanciers de Maghreb Steel
Clifford Chance Casablanca a conseillé Maghreb Steel sur le refinancement de sa dette le 1er décembre 2015, a indiqué un communiqué du bureau parisien du cabinet britannique d'avocats ."Il s'agit du premier refinancement de cette envergure au Maroc", selon Clifford Chance qui cite les créanciers Attijariwafa, BCP, BMCE, BMCI, Crédit du Maroc et Société Générale Maroc en qualité de prêteurs ; et Caisse des Dépôts de Gestion, BMCE, CDG Capital, AD Capital, AD Real Estate, IRGAM, Marogest, Valoris Management, Red Med Asset Management, CDG Capital Gestion, BMCI Asset Management, SICAV CDG Prévoyance et SICAV CDG Trésorerie en qualité de détenteurs de billets de trésorerie. "Cette opération unique en raison du montant du refinancement, du nombre de créanciers et de la diversité des sources de financement restructurées a été réalisée de manière ordonnée entre les créanciers et avec le soutien des pouvoirs publics", note le cabinet.

 

Maghreb Steel, les étapes industrielles

1975 : Création de la société pour la fabrication de tubes en acier soudés,  noirs et galvanisés.
1988 : Installation d’une ligne de galvanisation en continu avec une capacité de 35 000 tonnes / an.
1994 : Installation de nouveaux fours pour porter la capacité de production de la ligne de galvanisation à 60.000 T/A (puis 100.000 Tm/An) et ajout d’une ligne de pré laquage …
2000 : complexe de laminage à froid d’une capacité de 200 000 T/A.
2001 : Inauguration du complexe sidérurgique de laminage à froid par le roi Mohammed VI
2003 : Installation d’une deuxième ligne de galvanisation pour doubler la capacité de production (230 000 T/a).
2004 : Installation d’un second laminoir à froid et d’une deuxième ligne de décapage afin de doubler la capacité (400 000 tm/An).
2007 : Lancement du projet de Steckel (complexe de laminage à chaud), démarrage d’une ligne de panneaux sandwich d’une capacité de production de 2 millions de M²/An, démarrage de la ligne de production du profilé reconstitué soudé.
2010 : Démarrage  du laminoir à chaud  Steckel (1capacité  million de Tm/An)
2011 : Démarrage de l’aciérie électrique d’une capacité de 1.2 million de Tm/An.
2012 : Inauguration par le roi du complexe sidérurgique Aciérie et laminoirs à chaud, installation d’un broyeur de ferraille d’une capacité de 300 000  Tm/An, démarrage  du laminoir à chaud  plate d’une capacité de 500 000  Tm/An. Premières pertes financières au S1 suivi de très lourds déficits en 2013, 2014 et 2015.

 

 

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