[Made in France] Cahute, la petite caravane qui veut devenir grande

Sylvain Arnulf , , , ,

Publié le

Série d'été Cet été, nous vous ferons découvrir chaque lundi à 10h une innovation dans l'"habitat léger", les "tiny houses". Pour le premier épisode de cette série, destination Dinard (Ille-et-Vilaine). Entre artisanat et industrie, Thomas Longhi produit, avec une équipe de dix personnes, une tiny house par semaine dans son atelier. Le fondateur, en quête d’un solide partenaire industriel, cherche un moyen de démocratiser son concept sans en trahir ses fondamentaux.  

[Se loger léger] Cahute, la petite maison dans la prairie qui veut devenir grande
Cahute est techniquement une caravane, un éco-habitat mobile de 3m30 par 2m40.

Une maison en dit beaucoup sur son propriétaire. L’adorable petite maison mobile Cahute, qui rappelle celle du film Là-Haut (qui s’envole dans le ciel avec son propriétaire, grâce à des ballons de baudruche géants ! ) ne déroge pas à la règle et révèle le cheminement de son concepteur. C’est un objet d’artisanat voire d’art, fabriqué à la main mais avec des standards quasi-industriels (au sens positif du terme), avec un exemplaire fabriqué par semaine. Elle est la synthèse du "parcours décousu" - comme il le dit - de l’homme qui l’a imaginé, Thomas Longhi. Historien de l’art de formation, enseignant ayant travaillé avec des enfants roms et manouches (qui l’ont sensibilisé au monde du nomadisme), formateur d’artisans d’art spécialisé dans les matériaux naturels, menuisier… Toutes ses expériences précédentes se retrouvent dans sa "Cahute".

Une caravane

Un objet qu’il a façonné dans les moindres détails, dont il a choisi les matériaux (peuplier, cèdre, liège...), fabriqué les peintures lui-même… et négocié l’homologation avec les autorités. Une démarche inhabituelle dans le milieu.  "Je voulais absolument que Cahute soit homologué caravane, confie-t-il. Quand j’ai commencé, les tiny houses étaient des structures bois montées sur un châssis routier, qui n’avait aucune forme homologation et ne pouvaient pas reconnues comme habitat. Voyant cela se développer, connaissant le monde voyage et de l’itinérance, j’ai perçu un écueil important dans lequel des sédentaires allaient tomber, avec le risque de se précariser à travers leur transition dans un habitat alternatif. Ayant travaillé avec des familles du voyage pour la reconnaissance de la caravane comme habitat, je trouvais absurde qu'un nouveau type d’habitat se développe sans profiter de tout le travail réalisé pour faire reconnaître la caravane en tant qu’habitat".

"Entre artisanat et industrie"

Cahute est donc techniquement une caravane, un éco-habitat mobile de 3m30 par 2m40, pesant 1,3 tonne dans sa version de base, pensée pour concilier poids plume et résistance, vendue toute équipée (cuisine, douche, couchage en mezzanine) à partir de 35 000 euros hors taxe.

Le fondateur de Cahute assume le choix de décliner ce modèle de base, en proposant différentes options, au lieu de faire du sur-mesure. "Mon expérience d’artisan m’a appris que lorsque l’on répète quelque chose, on l’améliore. Si le design extérieur a peu bougé depuis nos débuts, l’équipement, l’autonomie, l’aménagement intérieur ont beaucoup évolué. En étant dans la répétition d’un modèle, on optimise la production et on améliore l’expérience pour l’utilisateur. Ce qui nous place à la croisée des chemins entre l’industriel et l’artisan : le premier va passer beaucoup de temps et de budget sur la partie R&D et standardisation, tandis que le second réfléchit beaucoup pendant qu’il fait. On essaie d’être à la rencontre de ces deux logiques : standardiser pour être de plus en plus qualitatif, et  faire évoluer le produit au fur et à mesure de la fabrication, comme peut le faire un artisan".

Décliner le modèle

Thomas Longhi ne cache pas qu’il préférerait à l’avenir endosser la casquette du créatif, plutôt que celle du "chef d’usine". Il cherche la solution pour faire grandir le projet sans perdre son âme. "Cela m’intéresserait de pouvoir produire davantage pour répondre à la demande et faire baisser les coûts. Pourquoi ne pas accompagner une entreprise dans l’industrialisation de notre modèle classique, pour pouvoir me concentrer davantage sur la R&D ou des pièces uniques, pour l’événementiel par exemple ?"

La start-up, qui a produit 78 caravanes à la fin juin, est déjà rentable, avec un chiffre d’affaires attendu d’1,2 million d’euros pour 2020. Le modèle d’atelier de Cahute, qui tourne avec dix personnes et travaille principalement avec des fournisseurs locaux, est réplicable dans d’autres régions françaises, voire même d’autres pays. "Nous avons de plus en plus de demandes à l’international, dans les pays nordiques, au Moyen Orient. On enregistre 42 commandes fermes de maisons aux Etats-Unis, mais tout seul, je n’ai pas la possibilité de les mettre dans des conteneurs pour traverser l’Atlantique. Cahute est de toute façon pensé pour une fabrication locale, avec des partenariats et des matériaux à une échelle locale. Nous avons des propositions pour une fabrication sur place". Le champ des possibles semble aussi grand que la Cahute est petite !

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