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[Lubrizol] Comment sont protégées les habitations proches d'usines Seveso seuil haut en France

Julien Cottineau , , , ,

Publié le

En France, 800 communes sont concernées par des plans de prévention des risques technologiques (PPRT), destinés à encadrer et sécuriser l’implantation d’usines Seveso seuil haut, les plus à risques, dans des zones urbaines et périurbaines. Entre 20 000 et 30 000 logements sont inclus dans des périmètres de fort danger et sont soumis à des obligations de renforcement des bâtis.

[Lubrizol] Les mesures prévues pour les 800 communes proches d'usines Seveso seuil haut
Comme l'usine sinistrée de Lubrizol, 704 autres sites Seveso seuil haut sont implantés dans des zones urbaines et périurbaines en France.
© SDIS 76

Sommaire du dossier

L’usine sinistrée de Lubrizol à Rouen (Seine-Maritime) est loin d’être la seule usine dangereuse en zone urbaine et périurbaine en France. A travers le pays, 705 usines Seveso seuil haut sont encadrées par 388 plans de prévention des risques technologiques (PPRT), un PPRT pouvant couvrir plusieurs sites. Au total, 800 communes sont concernées par la proximité avec ces usines à risques qui manipulent, produisent ou stockent des matières dangereuses.

Le PPRT, leçon de la catastrophe d'AZF

Trois risques majeurs sont pris en compte par les PPRT : le risque de surpression, lié au souffle d’une explosion, le risque thermique, causé par le rayonnement thermique d’un incendie ou d’une explosion, et le risque toxique, engendré par d’éventuels rejets de produits polluants, notamment sous forme de gaz. L’approbation d’un PPRT relève d’une procédure longue et complexe.

Les PPRT ont été institués en 2003, dans le cadre de la loi dite Bachelot, en conséquence directe des leçons tirées de la catastrophe d’AZF survenue le 21 septembre 2001 à Toulouse, causant la mort de 31 personnes et faisant plus de 2400 blessés. En août 2019, 16 ans après la loi Bachelot, sur les 388 PPRT prescrits, 381 avaient été approuvés selon les données du ministère de la Transition écologique et solidaire.

Le PPRT couvrant l’usine de Lubrizol a été approuvé en 2014 et couvre les communes de Rouen et Petit-Quevilly. Il est essentiellement concentré sur les risques thermique et toxique. Celui de surpression est moins important, ce qui n’est pas forcément surprenant pour une usine chimique produisant des additifs, dont le potentiel d’explosivité n’a rien à voir avec celui d’une usine d’engrais, comme AZF.

20 000 et 30 000 logements à renforcer

Sur les 800 communes concernées par ces usines Seveso seuil haut, 1000 biens, c’est-à-dire des logements ou des activités font ou ont fait l’objet de mesure d’expropriation ou de délaissement. Cette procédure permet au propriétaire de requérir l’acquisition anticipée de son bien si ce dernier est touché par des projets d’aménagement et d’urbanisme ou s’il est grevé de charges ou de servitudes, ce qui est le cas dans le cadre d’un PPRT.

Par ailleurs, entre 20 000 et 30 000 logements sont contraints par les PPRT d’effectuer des travaux pour renforcer les bâtis. Les mesures peuvent porter sur les vitrages, les encadrements de vitrages, ou encore le renforcement des murs. Ces contraintes ne sont pas anodines pour les riverains. Les travaux sont plafonnés à 20 000 euros, ou 10% de la valeur vénale du bien, avec une prise en charge de 90% de la facture par des mécanismes comme des crédits d’impôts.

Plus de nouvelles constructions dans les périmètres à fort danger

Selon l’Association nationale des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs (Amaris), 180 des 388 PPRT imposent des travaux de renforcement des habitations. Autrement dit, pour presque la moitié des PPRT, des habitants vivent dans des périmètres à fort danger.

Aujourd’hui, aucune habitation n’est construite à proximité directe d’un site Seveso seuil haut. Et aucun site de ce type ne sort de terre en zone urbaine ou périurbaine. La proximité directe de riverains et d’usines à risque résulte du passé, avec le développement des villes. "Les villes se sont rapprochées des usines. Un objectif des PPRT est de corriger les erreurs du passé et de mettre des cercles de sécurité autour des usines", illustre Philippe Prudhon, directeur des affaires techniques au sein de France Chimie, l’organisation représentant les industries chimiques.

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