Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Aéro

Loin des frontières

, , ,

Publié le

De Nexter à Safran, en passant par Bugatti, Aubert & Duval et Michelin, l’industrie de la défense pèse lourd dans le tissu industriel. Pour des raisons stratégiques et historiques.

Loin des frontières
Dans son usine de Montluçon, Safran va fabriquer les quatorze drones tactiques Patroller commandés par les services de renseignement français.

Et si, comme souvent en Auvergne, tout avait commencé avec Michelin ? Il y a cent ans tout juste, les frères fondateurs de la manufacture décidaient de participer à l’effort de guerre en produisant 1 884 bombardiers BM IV dans leurs usines de pneus ! Michelin crée en 1916, près de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), la première piste d’aviation en dur du monde. Une innovation qui donne l’idée aux états-majors d’implanter des activités stratégiques loin des frontières du pays, choisissant ainsi la discrète Auvergne. Depuis, c’est sur ce territoire que sont nés de nouveaux alliages pour l’industrie aéronautique, le pneu radial et le premier avion entièrement réalisé en matériaux composites. Le secteur de la défense a si bien pris racine en Auvergne qu’une soixantaine d’entreprises et quelque 9 000 personnes travaillent pour ses différents marchés, dans une large gamme de savoir-faire : métaux, matériaux composites, maintenance, activités d’électronique et de câblage.

Avec Rhône-Alpes, ce sont 500 PME et 90 000 salariés qui travaillent pour la défense. Du Banc national d’épreuve des armes de Saint-Étienne (Loire) à Titan Aviation, le spécialiste de l’avitaillement installé à Villefranche-sur-Saône (Rhône), que ce soit dans les domaines de la mécano-soudure, de l’électronique et de l’usinage que dans les nanotechnologies, les biotechs et l’optronique. Dix-neuf sites de groupes comme Thales, Nexter et Safran sont disséminés dans la région, ainsi que des laboratoires de recherche du CEA, du CNRS, de l’Inria et de l’Inserm. Les entreprises qui travaillent pour la défense réalisent 43 % de leur chiffre d’affaires à l’export.

Implanté à Clermont-Ferrand depuis les années 1930, l’Atelier industriel aéronautique, qui compte 1 200 salariés, est le réparateur attitré de la flotte Dassault depuis 2002. Il n’est pas rare de voir passer dans le ciel clermontois des Alphajet, Transall, Gazelle et même des A 400 M, dont il assure également la maintenance. L’an passé, 159 aéronefs ont été livrés aux forces armées. Pour faire face à la hausse de son activité, l’Atelier va recruter une centaine de salariés supplémentaires avant la fin de l’année. De nombreux sous-traitants locaux, tels que Rexiaa, Soflog, Aertech et NSE, en profiteront.

Eden Cluster, un « formidable levier commercial »

Pour l’usine Safran de Montluçon aussi, la défense est synonyme de prospérité. Plus de quatre-vingts ans après sa création dans l’Allier, le site historique du groupe a signé en grande pompe en avril un contrat de plus de 300 millions d’euros avec le ministère de la Défense portant sur la fabrication de quatorze drones tactiques Patroller. Ils prendront la suite en 2018 des Sperwer en service au 61e régiment d’artillerie, unité de la brigade de renseignement. « Le plan de charge est garanti jusqu’à 2020 au moins ; il permettra de sauvegarder les emplois, voire d’en créer d’autres », analyse Cyril Bouytaud, le directeur du site (1 150 salariés). De quoi donner du baume au cœur de cette unité bourbonnaise qui, depuis sa création en 1934, a produit pour l’armée des postes de tir, des canons antichars, des émetteurs-récepteurs radio…

Autre histoire, autre trajectoire représentative du poids croissant du secteur de la défense dans l’industrie régionale : Sunaero est issu d’un programme de la Direction générale de l’armement (DGA). L’entreprise lyonnaise de 50 personnes créée il y a une vingtaine d’années a développé une technologie pour accélérer la polymérisation de composants pour les avions de chasse. Pendant dix ans, elle a équipé toutes les bases aériennes françaises. « Cela nous a permis de nous structurer, de développer une gamme complète », explique Thierry Regond, son directeur général. Depuis, elle est devenue une entreprise duale. Sa technologie a été adoptée par le secteur civil : Airbus, Boeing… Au fil des années, Sunaero « s’est ouvert au monde », surtout depuis l’obtention de l’agrément de l’US Air Force pour l’intégralité de ses produits. L’entreprise exploite désormais une unité de production aux États-Unis. « Le fait d’être présent sur place nous a permis de décrocher des marchés d’État, souligne Thierry Regond. La référence de l’US Air Force nous a donné une crédibilité mondiale, notamment dans les pays du golfe Persique, en Asie et en Australie. » Les activités militaires représentent aujourd’hui 50 % du chiffre d’affaires du groupe, qui a ouvert une filiale en Malaisie, en face de Singapour.

Pour Sunaero, l’heure est au déploiement de prestations de services high-tech. Car il n’est pas question, pour des raisons de qualité et de sécurité, de produire hors de France et des États-Unis. La demande toujours grandissante de services devrait entraîner un doublement du chiffre d’affaires dans les deux ans. Il était, l’an dernier, de 6,5 millions d’euros. Sunaero en consacre 15 % à la R & D, développant en moyenne quatre nouveaux produits par an, « généralement des applications duales ». Notamment avec de nombreux membres du cluster Eden, comme ­Centralp. « Plus de la moitié de nos partenaires font partie de ce regroupement », indique son dirigeant.

Eden Cluster, né à Lyon en 2008, essaime aujourd’hui dans d’autres régions : Centre-Val de Loire, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Bretagne. Il est désormais la tête de pont d’une fédération nationale. Eden est un « formidable levier commercial pour les PME », tant en France qu’à l’export, affirme son président Jean-Luc Logel. Une cinquantaine de ses adhérents ont participé sous la même bannière au salon Eurosatory, qui s’est tenu en juin. Plusieurs ont aussi fait partie de missions au Chili, au Pérou et à Singapour.

Eden est à l’origine de projets transversaux pour permettre à ses membres de répondre à des appels d’offres. Par exemple, pour l’équipement du pilote du Rafale, les fabricants de casques, de lunettes, de gants et de masques respiratoires se sont unis. Networking, benchmarking, partage de bonnes pratiques participent des actions du cluster, qui a noué des liens avec tous les grands groupes français du secteur : Nexter, DNCS, Thales, Airbus, Safran.

Le cluster n’est pas le seul à faciliter le réseautage de ses PME. Minalogic a organisé le 18 mai une journée open innovation avec Safran, qui vient de rejoindre le pôle de compétitivité. Douze représentants du groupe, membres de la direction des achats et de la recherche innovation de la division Corporate Venture, avaient fait le déplacement à Grenoble (Isère) pour échanger et poser des jalons avec certains des 80 dirigeants et cadres d’entreprise présents. Une autre rencontre est en préparation avec la Direction générale de l’armement et avec les PME engagées dans le dispositif Rapid (Régime d’appui à l’innovation duale).

Les sous-traitants élèvent leurs exigences

De nombreux patrons en conviennent. Ce dispositif et le Pacte PME ont contribué à faire évoluer les relations avec les grands groupes. « On est sorti d’une logique d’infantilisation, de moins-disant, pour se rapprocher d’une logique de partenariat. Mais il reste des exceptions », tempère Jean-Luc Logel, pour qui « l’expérience des années récentes avec des contrats léonins qui obligent à aller produire dans des pays low cost a eu des conséquences néfastes à long terme ». « On change de paradigme », se félicite le patron de Centralp (34 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé, 230 salariés), dont le tiers des activités du bureau d’études, fort d’une cinquantaine de personnes, relève de travaux pour la défense. Cette orientation croissante devrait se traduire par des développements industriels dans le cadre des programmes Scorpion et Titus et des contrats du sous-marin Barracuda.

Bruno Volland est aussi satisfait du bilan du cluster Eden, dont il fut l’un des premiers adhérents, et des relations nouvelles établies avec certains donneurs d’ordres comme Nexter. Le groupe d’armement terrestre a signé le Pacte PME et « l’applique vraiment bien », estime le président de TRA-C Industrie, qui a été la première entreprise française à investir sur ses fonds propres dans la technologie FSW. Après le bac de la voiture électrique Zoé de Renault, celle-ci a pu être appliquée à la réalisation de l’échelle d’assaut de l’Aravis. « On en a fait trente-deux », indique Bruno Volland. Après quelques mois de disette, la société rhodanienne vient aussi de reprendre des commandes « intéressantes » de Renault Trucks Defense pour le Sherpa APC et la caisse blindée du VAB Mark 3. TRA-C Industrie (9,7 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015, 80 salariés) est considéré comme un « sous-traitant stratégique » par nombre de ses clients militaires et bénéficie de l’accompagnement de la DGA dans le cadre du dispositif Rapid. La défense, comptant pour 40 % de son chiffre d’affaires, représente aujourd’hui son premier secteur d’activité. « Nexter est notre client numéro un. » Et après un creux d’activité prévisible en 2016 et 2017 de la part de ce donneur d’ordres, l’entreprise rhodanienne espère bien « récupérer des miettes » du marché du VBMR, qui entrera en production chez Nexter à Roanne à partir de 2018.

Travailler pour l’industrie de la défense depuis 2010 a modifié les pratiques de la PME. « Les exigences sont plus élevées en termes de documentation, de qualité et d’organisation interne », relève Bruno Volland. Cela implique de créer des zones confidentielles et d’accroître la polyvalence et les compétences techniques des équipes par la formation. « Avec le secteur de la défense, il nous a fallu développer une forte capacité d’adaptation, être en permanence très flexibles, très réactifs. Un atout pour décrocher d’autres marchés. » 

Des bombes contre Daech

Outre les drones tactiques, notamment le futur Patroller destiné au renseignement de l’armée française, le site Safran de Montluçon (Allier) produit en exclusivité, dans un atelier ultrasécurisé et classé confidentiel, les kits de guidage et les kits d’augmentation de portée des bombes AASM (armement air-sol modulaire). Des systèmes d’armes coûtant jusqu’à 170 000 euros l’unité, utilisés partout où se déploie le Rafale, notamment sur les théâtres d’opération en Syrie. L’augmentation des zones de combat et l’intensification de la lutte contre Daech vont permettre de doper la fabrication de ce que Safran appelle « le cerveau et les jambes du missile ». « Nous allons passer d’une production de vingt systèmes par mois actuellement à trente-cinq d’ici à 2017 », indique Cyril Bouytaud, le directeur du site de Montluçon. 

Les bonnes visées de Sofradir

C’est en quelque sorte « l’œil de lynx » du soldat. Sofradir (Société française de détecteurs infrarouges) vient de présenter avec Bertin Technologies une nouvelle génération de capteurs thermiques, montés sur un appareil optronique. « Le tout premier monoculaire de vision nocturne proposant le décamouflage intelligent des menaces et des cibles », capable de détecter les menaces de nuit dans toutes les conditions climati­ques et de traiter les images en temps réel. Créée en 1986 sous l’impulsion de la DGA dans le sillage de recherches réalisées par le CEA-Leti de Grenoble, la société s’est imposée en trente ans comme le leader mondial dans le développement et la fabri­cation de détecteurs infrarouges de haute techno­logie pour des applications militaires, spatiales et industrielles. Le groupe (214 millions de chiffre d’affaires, 800 salariés) s’appuie sur son unité de production et ses équipes de recherche grenobloises pour rester en première ligne. Les équipements de Sofradir sont présents dans des autodirecteurs de missiles, des caméras pour blindés, des jumelles portables et de multiples applications sur des véhicules terrestres, navals et aériens. 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Nous suivre

 
 

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle