LOI DE ROBIEN = EMPLOI A CREDIT

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LOI DE ROBIEN = EMPLOI A CREDIT



Jean Gandois et Pierre Bellon qualifiés de " pépés flingueurs " ! Gilles de Robien, président du groupe UDF à l'Assemblée nationale, sort le gros calibre quand il défend la loi qui porte son nom face aux critiques du CNPF. Si les mots ne tuent pas encore, la polémique (1) suscitée par la loi de Robien prend d'autant plus d'ampleur que son succès a surpris même ses promoteurs. Il faut dire que la générosité de cette loi a de quoi provoquer un effet d'" aubaine " chez certaines entreprises. Elle prévoit de très importants allégements de charges (40 à 50 %) pour celles qui réduisent le temps de travail pour créer ou sauver des emplois qui seraient supprimés. Impossible d'en faire l'impasse pour une entreprise envisageant un plan social. Astucieuse, la loi l'est assurément. Elle est relativement simple, son succès rapide, y compris auprès des PME, en témoigne. Alors, les dizaines de milliers d'emplois " créés " par la loi de Robien sont-ils la preuve que la France a enfin trouvé le remède efficace contre le chômage ? Hélas, non ! Une fois de plus, nos responsables politiques ont inventé un système " à crédit ". Ces coûteux dégrèvements de charges vont peser sur les comptes publics pendant sept ans, alors que l'entreprise bénéficiaire ne s'engage que pour deux ans..., soit jusqu'au lendemain des prochaines élections. Un chômeur coûte plus cher qu'un " emploi de Robien ", nous rétorque-t-on. Traduisez : mieux vaut subventionner un emploi qu'un chômeur. Et nous voilà devant un choix de fond : faut-il s'accommoder du prix économique du chômage en utilisant différemment les 450 milliards qu'il coûte aujourd'hui, sans garantie de succès, ou faut-il trouver les moyens de réduire le nombre de chômeurs et cette facture énorme pour la collectivité ? Les promoteurs de la loi de Robien font le premier choix, puisque sa logique est le partage de la pénurie en matière d'emplois. Une approche toute défensive qui était déjà celle du CIE lancé en fanfare par le gouvernement l'an dernier et mis en retrait aujourd'hui. Il est plus que temps d'abandonner cette philosophie de la " subvention ", du " donnant-donnant " cher aux politiques, au profit d'une logique plus offensive, basée sur un accroissement de la richesse produite, seule à même de financer durablement des emplois nouveaux. Ses effets sont plus longs à venir, mais le remède est alors durable. Ouvrons les yeux sur ce qui se passe en dehors de nos frontières. La baisse du chômage y va de pair avec un Etat plus économe de l'argent prélevé sur les entreprises et les particuliers, un accroissement de l'investissement productif, un développement de l'esprit d'entreprise et une plus grande flexibilité du travail. Au Etats-Unis, l'assainissement de l'économie américaine ne fait pas seulement les affaires de Bill Clinton. La courbe du revenu des ménages est repartie à la hausse en 1995, et l'indice de la pauvreté à la baisse. Et les 10 millions d'emplois nouveaux créés en moins de quatre ans ne sont pas majoritairement des emplois sous-qualifiés, contrairement à ce qu'affirment ceux chez qui l'idéologie bloque l'esprit d'analyse. La croissance des Intel, Microsoft et autres Netscape en est d'ailleurs la meilleure preuve.

(1) Voir aussi les numéros de " L'Usine Nouvelle " datés des 17 et 31 octobre.

, Directeur de la rédaction

USINE NOUVELLE N°2569

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