Logistique : Les entreprises s'en remettent a la sous-traitance

Des investissements en logistique en pleine croissance et un mouvement d'externalisation qui s'intensifie. Tels sont les deux principaux enseignements du sondage réalisé par l'institut Louis Harris pour Manutention 97 et L'Usine Nouvelle

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L'horizon du marché de la logistique est bien dégagé. Qu'on en juge : d'après les résultats du sondage réalisé par Louis Harris pour " L'Usine Nouvelle " et le salon Manutention 97 organisé par CEP Exposium, 83 % des entreprises interrogées estiment que leurs investissements en logistique seront en 1997 supérieurs ou égaux à ceux de 1996 (tableau 1). Dans un contexte économique où l'investissement industriel s'essouffle, ce résultat a de quoi remonter le moral de l'ensemble des professions de la logistique, du transport et de la maintenance, qui le vérifieront lors du salon Manutention 97 (du 18 au 21 mars à Villepinte). Comment expliquer une telle vigueur ? " Les entreprises ont pris conscience de devoir passer d'une compétitivité " produit " à une compétitivité de flux. La logistique devient ainsi le nouveau champ de gains de productivité ", explique Joseph Roussel, du cabinet de conseil PRTM. Le mouvement ne fait que s'amorcer. Selon les résultats du sondage, il apparaît que les entreprises qui ont défini une stratégie logistique sont plus nombreuses (45 %) à prévoir une augmentation de leurs investissements en 1997 que les autres (33 %).

La vague d'externalisation n'est pas près de retomber

Plus frappant encore : 47 % des sociétés qui ont vu leurs investissements en logistique augmenter en 1996 anticipent une poursuite de leur croissance en 1997. Inversement, 71 % de celles qui ont constaté une baisse de ces investissements en 1996 prévoient leur diminution ou leur stagnation en 1997. La course à la compétitivité des flux logistiques risque de creuser l'écart entre des sociétés concurrentes. Pour une raison simple : depuis le début des années 90, la logistique négocie son industrialisation. La gestion compétitive d'un entrepôt nécessite aujourd'hui des investissements en technologies (système d'information, robotisation, pilotage radio...) qui se renouvellent sur un rythme toujours plus soutenu. Cette course à l'informatisation a été lancée par les prestataires logistiques. " Ils ont compris qu'investir massivement dans les nouvelles technologies était pour eux un facteur fondamental de différenciation concurrentielle ", souligne Nobert Cohen, du cabinet de conseil Clé 128. Les sous-traitants spécialisés en logistique jouissent aujourd'hui d'un statut qu'ils ont pu acquérir en accélérant la professionnalisation de leurs prestations. Rien de plus logique, alors, que l'externalisation soit une solution largement priviligiée par les entreprises (tableau 2). Ainsi, 74 % des entreprises de plus de 200 salariés déclarent sous-traiter la totalité ou une partie de leur logistique. Il faut pourtant rester prudent : deux familles d'entreprises se distinguent aujourd'hui très nettement. D'un côté, les PME de moins de 50 salariés, qui font appel à la sous-traitance principalement pour leur transport (93 %) et la manutention (17 %). De l'autre, les grandes entreprises, pour qui la palette des services sous-traités est beaucoup plus large. Outre le transport et la manutention, le stockage (38 %, contre une moyenne de 21 % pour l'échantillon), le conditionnement à façon (23 %) et les préparations de commandes (18 %) sont autant de missions qu'elles souhaitent confier à leur prestataire. " On assiste progressivement à une reconfiguration de l'ensemble de la chaîne de production des grandes entreprises. Avec un objectif : toujours plus de flexibilité et de productivité " assure Norbert Cohen. Cette vague d'externalisations n'est pas près de retomber. Les résultats sont sans appel. Environ 42 % des entreprises estiment que la part de la logistique sous-traitée augmentera dans les cinq prochaines années. Mieux : 64 % des entreprises qui ont sous-traité une partie de leur logistique lors des cinq dernières années estiment que ce mouvement va se poursuivre dans les cinq ans à venir. Cela étant, les sociétés interrogées restent très prudentes quant à l'externalisation de leur contrat de maintenance (tableau 6). Même si elles sont 64 % à reconnaître que cela peut contribuer à l'amélioration de leur productivité, elles restent une majorité (64 %) à souhaiter conserver la maîtrise de la maintenance de leurs matériels. Pourquoi ? Parce que 68 % pensent que l'externalisation ne les dispense pas d'un service interne. Quant à la location, les résultats de l'enquête convergent : les entreprises n'en veulent pas (tableau 7). Alors que 65 % d'entre elles déclarent ne pas avoir recours aujourd'hui à la location en matière de logistique, elles sont 73 % à penser qu'elles n'y feront pas appel dans les cinq prochaines années.Toujours est-il que la décision d'externalisation oblige les en-treprises à délimiter le périmètre de l'activité qu'elles souhaitent développer en priorité. Par exemple, après avoir sous-traité son stockage et son transport, Caudalie, une toute jeune PME parisienne de onze salariés spécialisée dans la production de cosmétiques à base de pépins de raisin, envisage de sous-traiter l'ensemble de sa chaîne logistique, de la gestion des factures jusqu'à la livraison du produit. " Nous n'avons pas les moyens humains pour assumer de façon efficace et professionnelle cette gestion. Nous préférons nous concentrer sur notre métier ", souligne Bertrand Thomas, son responsable. En revanche, si elle sous-traite le stockage de ses produits, la société Joker, de Mâcon (Saône-et-Loire), numéro 1 des jus de fruits en France, refuse de se séparer de la gestion et de la préparation des commandes : " Cette fonction est fondamentale pour nous ; cela fait partie de notre valeur ajoutée ", soutient sa directrice générale, Chantal Roclore-Boiser. Les raisons qui poussent les entreprises à externaliser sont claires (tableau 4). " Nous avons tout intérêt à passer des coûts fixes à des coûts variables, et donc d'externaliser ", argumente Chantal Roclore-Boiser. En sous-traitant, en 1993, une grande partie de sa logistique à l'occasion de la mise en place d'une gestion en flux tendus, Rank Xerox peut afficher des gains de productivité étonnants : 20 % en trois ans. " Si nous voulons franchir une étape supplémentaire, nous devons réfléchir à la création d'une société commune avec notre prestataire. C'est la condition pour avoir des objectifs et des résultats communs ", souligne Claude Joigneault, directeur de la logistique de Rank Xerox. Tel est en effet l'enjeu des années à venir : faire de son prestataire en logistique un partenaire à même d'accompagner les différentes orientations stratégiques de l'entreprise.



Méthodologie

· Le sondage a été effectué par l'Institut Louis Harris pour " L'Usine Nouvelle " et Manutention 97, organisé par CEP Exposium, entre le 9 et le 14 octobre 1996, auprès d'un échantillon de 601 décideurs, sélectionnés à partir du fichier des visiteurs du dernier Salon de la manutention, en 1995. L'enquête a été réalisée à partir de la méthode des quotas pour constituer un échantillon représentatif des décideurs.

USINE NOUVELLE N°2574

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