LME : La fête des métaux n'est pas finie

La Chine continue de soutenir la demande et les cours, selon les intervenants de la Semaine du London Metal Exchange.

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LME : La fête des métaux n'est pas finie
Malgré une sensible correction des cours, l'ensemble des analystes participant au séminaire annuel du London Metal Exchange attendent globalement une poursuite de la tendance haussière, ou tout au moins un maintien des cours à un niveau élevé pour la fin de l'année et pour 2008. L'inauguration de la semaine du LME avait toutefois correspondu à des baisses généralisées qui ont vu le cuivre à trois mois repasser sous les 8 000 dollars, le nickel sous les 30 000, le zinc sous les 3 000 et l'aluminium sous les 2 400 dollars. Seuls l'étain et le plomb n'enregistraient que des reculs minimes.

La revanche de l'aluminium

« L'aluminium a été le métal le plus terne depuis le début de l'année. Son cours a fait du surplace, ce qui pourrait se poursuivre à court terme, mais à long terme il y a de multiples raisons pour être bien plus positif sur le métal léger », annonçait en introduction Gayle Berry, nouvelle responsable de la recherche commodités de Barclays. S'adressant aux participants au séminaire, elle annonçait une prévision de cours à long terme particulièrement « bullish » de 2 900 dollars par tonne et un rebond vers les 3 000 dollars en 2008.

Malgré une production en hausse spectaculaire, la Chine pourrait bien redevenir importateur net de métal léger en 2008, pronostique Berry. Globalement, le marché a enregistré un léger déficit au 1er semestre 2007, qui pourrait se transformer en léger surplus l'an prochain. Toutefois, la Chine est bien la clef de ce marché. Berry qui rappelle d'autre part que la Chine et la CEI ont assuré la majeure partie de l'augmentation de la production depuis vingt ans. Les exportations annuelles chinoises d'aluminium, 1 Mt en moyenne depuis cinq ans, ont détendu le marché, mais cette année elles vont enregistrer une baisse sensible en raison d'une taxe à l'exportation de 15% décidée par les autorités chinoises. La hausse du niveau de vie en Chine est favorable à l'augmentation de la consommation d'aluminium, note Berry qui estime que le dragon devrait absorber la production additionnelle de demi-produits entrainée par la baisse des exportations de métal primaire.



Si de nouveaux projets de complexes aluminiers sont en cours, ils sont cependant freinés par la forte hausse de leurs coûts de mise en œuvre. Les coûts de production subissent également les contrecoups de l'énergie chère, de la pénurie relative de main-d'œuvre qualifiée, ainsi que de la difficulté à s'approvisionner en bauxite. Le gouvernement indonésien, désireux de développer sa filière aluminium, va ainsi réduire ses ventes de bauxite à la Chine. Subissant en conséquence la hausse de son alumine, la croissance de la production chinoise d'aluminium devrait fortement ralentir, prévoit Barclays. Assez pour stopper ses exportations et redevenir importateur en 2009 et ramener le marché global en déficit, estime Berry.



Le marché du cuivre toujours sous tension

Une demande toujours forte de la Chine devrait maintenir le marché du cuivre sous tension, estime Adam Rowley de Macquarie Research. Le cours moyen du métal rouge qui devrait monter de 6 741 dollars en 2006 à 7 308 dollars en 2007, poursuivrait son ascension à 7 718 dollars en 2008, pronostiquait l'analyste lors du séminaire du LME. En 2007, le marché était grossièrement à l'équilibre avec une forte demande chinoise plus que compensant la faiblesse de la consommation dans les autres zones. Une fois encore, la croissance de l'extraction minière se situe en deçà des chiffres annoncés. Le même scénario devrait se rejouer en 2008 avec une hausse notable de l'offre, insuffisante toutefois pour inonder le marché. Encore une fois, toute perturbation de l'offre créera une sensible pénurie de métal rouge. La quasi disparition des stocks de métal en 2005 a provoqué cette spectaculaire hausse des cours. Malgré un réapprovisionnement conséquent, les stocks ne dépassent pas les quatre semaines de consommation, un niveau très bas historiquement.



Le niveau particulièrement élevé des cours s'explique par la conjugaison d'un manque d'investissement dans de nouvelles capacités et par la surprenante croissance de la consommation chinoise, insiste Rowley. La Chine, c'est aujourd'hui 26% de la demande mondiale de cuivre, rappelle l'analyste, et surtout, depuis 2000, elle a représenté à elle seule 90% de la demande additionnelle de métal. Les Etats-Unis et les autres pays industrialisés ne représentant plus qu'à peine la moitié de la demande globale, le marché du cuivre n'a guère réagi à la faiblesse de la consommation de ces pays. En 2008, malgré cette faiblesse, la demande devrait encore progresser de 4% soit 800 000 tonnes de demande supplémentaire.



Pour approvisionner son industrie, la Chine est obligée d'importer massivement du cuivre sous toutes ses formes : métal raffiné, concentré ou scrap. En 2007, le dragon devrait importer 1,3 million de tonnes (Mt) de métal raffiné et 3Mt de matière primaire, concentrés ou scraps. Ces achats, souvent déclenchés par l'évolution des prix, mettent un plancher sous les cours, explique Rowley qui souligne que les achats chinois limitent les possibilités de baisse des prix.

Après six années de hausse, l'industrie minière répond enfin à la demande, mais, régulièrement, moins que prévu, rappelle Rowley. La hausse de la production minière devrait cependant atteindre 4,6% en 2007 (700 000 tonnes) et 6,3% en 2008 (1Mt). Insuffisamment cependant pour détendre le marché des concentrés ce qui laissera les raffineries avec des capacités excédentaires - un taux d'utilisation tombant à 83% - et devrait continuer à peser sur les tarifs du traitement du minerai, d'autant que l'offre de concentrés était déjà nettement insuffisante en 2006 et 2007. Une situation globale qui justifie la légère augmentation attendue par Macquarie.



La situation semble moins brillante pour les autres non-ferreux, même sil la situation est loin d'être catastrophique. « Les prix des (autres) métaux de base (plomb, zinc, nickel, étain) à l'exception du zinc, demeureront à des niveaux historiquement élevés, mais plus bas l'an prochain qu'en 2007 », résumait Paul Robinson, responsable de l'analyse non-ferreux de CRU, durant le séminaire. Toujours tiré par la demande de batteries - 78% de la demande -, avant tout pour les véhicules, la croissance de la consommation de plomb devrait continuer jusqu'en 2011 au rythme annuel moyen de 3,4%. Cette demande soutenue, dont 27% est représenté par la Chine, et les interruptions importantes de production (Xstrata puis Magellan) devraient continuer de pousser les cours vers les 3 900 dollars avant la fin de l'année. L'an prochain, une production moins perturbée devrait créer un surplus et ramener la moyenne annuelle des cours à 2 400 dollars, soit une baisse comprise entre 10 et 20%, prévoit Robinson.

Les cours de l'étain on bénéficié de la chasse à l'exploitation illégale du minerai en Indonésie pour toucher les 14 500 dollars. Ces problèmes devraient persister en 2008, ce qui soutiendrait les cours malgré un léger recul à 13 500 dollars de moyenne annuelle. De l'ensemble des métaux de base, c'est le zinc qui devrait subir la plus forte décrue avec une moyenne de cours tombant de 3 370 dollars en 2007 à 2 150 dollars en 2008. Le haut niveau des cours a poussé les utilisateurs à économiser le métal, mais la croissance moyenne de la consommation, tirée par la galvanisation, se poursuivra cependant au rythme annuel de 4,2%, estime l'analyste de CRU.

La baisse de la production d'acier inoxydable, sa principale application, et l'utilisation grandissante d'inox contenant moins ou pas de nickel, ont ramené les cours du métal du diable vers les 30 000 dollars. L'an prochain, la production d'inox devrait rebondir entraînant une demande de nickel dont la croissance jusqu'en 2011 devrait se poursuivre au rythme de 4,6%. La production de fonte de nickel en Chine, qui a servi à rééquilibrer un marché en fort déficit, est là pour durer, note Robinson qui indique que les cours seront soutenus à terme par des coûts de production en forte hausse, empêchant le prix de la tonne de métal de passer sous les 22 000/25 000 dollars. Pour 2008, la moyenne annuelle devrait s'effriter de 38 600 à 30 500 dollars.

La Chine locomotive de la consommation

Ces prévisions de cours pour 2008 et 2009 illustrent la part primordiale prise par la Chine dans la consommation de non-ferreux, et plus encore dans la demande additionnelle, souvent tirée par elle seule. Cette importance prise par le dragon explique le peu de conséquence pour les marchés de métaux de base du fort recul de la consommation des Etats-Unis touchés par la crise de subprimes. Pour les marchés de commodités, à l'exception du pétrole, la Chine a remplacé les Etats-Unis comme facteur dominant.



Daniel Krajka

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