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LISI, UN CHAMPION TRÈS DISCRET

Hassan Meddah ,

Publié le

Enquête C'est un groupe sage à l'actionnariat familial qui ne fait pas parler de lui. Mais Lisi est devenu l'un des champions européens de la fixation mécanique. En mariant efficacement acquisition et innovation.

LISI, UN CHAMPION TRÈS DISCRET
L'usine de Saint-Ouen l'Aumône (95), qui possède une presse de 320 tonnes, produit les fixations de dernière génération des ailes de l'A350.
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Dans la zone industrielle de Saint-Ouen l'Aumône en région parisienne, derrière un long portique qui la protège des regards indiscrets, l'usine de Lisi et ses 440 salariés fabriquent par millions boulons, écrous, vis, et autres rivets pour ses clients avionneurs. À l'intérieur, autour des bruyantes presses et machines-outils capables d'usiner le titane comme l'aluminium, les ouvriers et techniciens pilotent les opérations de forgeage, de trempe, de sablage... « D'une certaine façon, on est encore forgeron ! », explique Michel Daumars, directeur du site. Au service expédition, des paquets adressés à l'usine de Filton d'Airbus au Royaume-Uni sont prêts à partir. « C'est notre dernière innovation : des fixations spécialement conçues pour les nouvelles ailes en matériaux composites du futur A350 XWB », explique fièrement le dirigeant du spécialiste des fixations. « Nos fixations équipent les moteurs, les trains d'atterrissage, le fuselage, les ailes... Pratiquement pas un avion ne vole sans nos produits », se félicite en écho Emmanuel Viellard, vice-président de Lisi. L'A380 d'Airbus, notamment, embarque plusieurs millions de fixations. Chaque super-jumbo génère par exemple 5 millions d'euros de chiffre d'affaires pour l'entreprise. Autre motif de satisfaction pour cet exposant au dernier salon du Bourget, la pluie de contrats remportés par son grand client Airbus : « Nous attendons que cela se concrétise en cadence de production. »

Numéro trois des fixations aéronautiques, derrière deux américains (Alcoa et PCC), Lisi est une entreprise discrète mais conquérante. Dans le métier des fixations, elle s'est d'abord imposée dans le secteur automobile (52 % de son chiffre d'affaires) en servant des constructeurs tels que BMW, Daimler, PSA, Renault et Nissan... Mais, depuis quelques années, elle multiplie les investissements dans l'aéronautique, un secteur où l'entreprise entend peser. En mars dernier, elle a révélé être en négociation exclusive pour l'acquisition de deux PME, Indraéro et Creuzet Aéronautique. Au-delà d'un chiffre d'affaires additionnel de 110 millions d'euros, cette opération va lui permettre de maîtriser la fabrication de sous-ensembles aéronautiques de grande valeur ajoutée. Creuzet fabrique en exclusivité l'encadrement de la verrière de l'avion de combat Eurofighter, ou des pièces de moteurs pour Safran et l'Américain General Electric.

Avec ces acquisitions, le franc-comtois, qui fit ses débuts industriels à la fin du XVIIIe siècle dans la région de Belfort, espère atteindre le milliard d'euros de chiffre d'affaires d'ici à 2014. Pour soutenir cette ambition de croissance, Lisi peut compter sur plusieurs atouts clés. À commencer par son actionnariat familial stable. Présents pour certains depuis l'origine, les actionnaires (les familles Peugeot, Kohler et Viellard) détiennent plus de 55 % du capital et sont liés par un pacte d'actionnaires. Un atout qui lui permet d'investir même en bas de cycle. Ce fut le cas en 2005. Lisi réalisa alors l'acquisition du fabricant allemand de fixations vissées Knipping, alors que le marché outre-Rhin n'était pas au beau-fixe. Il s'en félicite aujourd'hui : l'activité globale du groupe a profité à plein du rebond des constructeurs allemands.

La logistique pour priorité absolue

L'expertise de ses actionnaires, notamment celle de la famille Peugeot, est également précieuse. « Lisi est allée chercher la croissance à l'international. C'est une volonté partagée de tous les actionnaires de référence », indique Emmanuel Viellard. L'entreprise s'est en effet rapidement muée en ETI multinationale, avec 45 % de ses effectifs à l'étranger.

Autre point fort : son engagement industriel. « Crise ou pas, nous investissons chaque année environ 50 à 60 millions d'euros dans nos sites de production », explique le dirigeant. La gestion industrielle passe depuis plusieurs années par le regroupement de certaines usines qui n'ont pas la taille critique. Exemple, Lisi rassemble en ce moment deux de ses usines franciliennes produisant des pièces plastiques pour le marché automobile. L'activité du site de Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne), rachetée en mars 2010 au groupe américain Acument, sera transférée vers le site de Puiseux (Val d'Oise). L'équipementier estime entre 30 et 40 millions d'euros de chiffre d'affaires la masse critique nécessaire par site. « Il y a une rationalisation à opérer dans ce domaine. La multiplication des sites nécessite de maintenir des compétences un peu partout, générant des coûts fixes », indique David Bonnus, consultant pour Step Consulting.

Ces réaménagements répondent à des contraintes logisti ques. Avec des milliers de références au catalogue, la supply chain est un élément clé du métier de Lisi. « Si le groupe ne livre pas à temps, ce sont les chaînes d'assemblage d'avions ou d'autos de ses clients qui peuvent s'arrêter », estime David Bonnus. À cette fin, l'entreprise a ouvert l'an dernier un centre logistique flambant neuf de 8 000 mètres carrés à Delle, dans le Territoire de Belfort, le fief historique du groupe.

Enfin, Lisi a de plus en plus tendance à rapprocher la R et D de la production. Exemple : lorsqu'il a fallu développer une nouvelle gamme de fixations compatibles avec le fuselage en matériaux composites, le franc-comtois a installé son nouveau bureau d'études dans son usine de Saint-Ouen l'Aumône. « Cela permet d'avoir des échanges très en amont entre production et bureaux d'études et d'anticiper les difficultés », indique Florent Verdier, directeur R et D de Lisi Aerospace. Une manière pour cette grosse ETI de conserver la souplesse d'une PME...

CHIFFRES CLÉS EN 2010

Chiffre d'affaires 777 millions d'euros. Répartition de l'activité auto (52 %), aéronautique (36 %), médical et cosmétique (12 %). Résultat net 32,9 millions d'euros. Effectif 7 100 personnes. Actionnariat CID (les familles Peugeot, Kohler et Viellard) à 55 %, en Bourse (30 %), autres (15 %).

LE VOLONTARISME INDUSTRIEL

Un investissement significatif chaque année (création ou modernisation d'un site). Le regroupement des sites de production trop petits. Le renforcement des sites de production par des compétences de bureaux d'études.

« Pourquoi j'ai choisi Lisi »

JACQUES BARILLOT-CREUZET, actionnaire majoritaire des sociétés Creuzet Aéronautique et Indraéro, en cours de rachat par le groupe Lisi.

« À 67 ans, je me devais de rassurer mes grands clients et leur apporter une visibilité sur le futur de l'entreprise. D'autant plus que je suis engagé avec eux sur des programmes pour les prochaines décennies. Le groupe Lisi répondait à mes critères pour le choix d'un repreneur : une entreprise française de préférence et avec un actionnariat familial de longue date, qui privilégie une stratégie industrielle à long terme. Avec Lisi, nous partageons une même philosophie sociale, visant à préserver l'emploi. Les accords sociaux seront même conservés. Vu la complémentarité de nos activités, Creuzet et Indraéro formeront une nouvelle entité du groupe Lisi. »

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