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"Lili", le prototype d’A2V, navigue à 50 noeuds

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Publié le

Naviguer à 50 nœuds dans un fauteuil dans une cabine climatisée. C’est l’objectif d’A2V, dont le prototype de 10,50 mètres poursuit ses essais avec succès. Une sortie en mer sous le vent de l’île de Ré nous a montré la validité du concept, un bateau qui utilise sa propre vitesse pour s’alléger.

Crédits : Patrice Desmedt 

"Le bateau est sur le dernier ponton de la digue du Bout blanc", m’avait indiqué Lionel Huetz, directeur R&D d’Advanced Aerodynamic Vessels (A2V). Impossible de rater "Lili" dans le port de La Rochelle. Ce catamaran blanc aux lignes futuristes pourrait être la réduction du navire du méchant dans la bataille finale d’un James Bond.

La cabine occupe toute la largeur du bateau et se termine par un bord de fuite très fin. Elle ressemble en fait à une aile d’avion, dont la partie supérieure (l’extrados) serait exagérément bombée. Ce n’est pas un hasard. Lili utilise le vent créé par sa propre vitesse pour créer une dépression sur l’extrados qui "l’aspire" vers le haut. Si les avions volent, ce n’est pas parce qu’ils s’appuient sur l’air, mais bien grâce à la dépression créée sur le dessus des ailes.

Plus le bateau accélère, plus il s’allège et moins ses coques s'enfoncent dans l’eau ce qui réduit la traînée. Des coques à redans, qui rappellent celle d’un hydravion, sur lesquelles les quatre membres salariés d’A2V, ingénieurs de Centrale Nantes ou Lyon, architectes naval, hydrodynamiciens, ont beaucoup travaillé. Lili a besoin de moteurs moins puissants et consomme moins qu’un bateau classique, tout en étant très rapide. Le produit définitif sera destiné au transport de personnes à grande vitesse, comme "crewboat" pour amener du personnel sur des plates-formes offshore ou comme bateau taxi de luxe pour des palaces en bord de mer. Avec des passagers installés confortablement dans des fauteuils derrière un parebrise panoramique assurant une excellente vue sur la mer.

A près de 40 nœuds, le bateau devient plus confortable

En entrant dans le bateau d’A2V, on comprend tout de suite qu’il s’agit d’un prototype. Les structures en polyester sont apparentes, des câbles courent sur le sol, et en dehors du poste de pilotage, seuls deux sièges sont disponibles. Pour le départ et l’arrivée au ponton, un équipier se penche par la porte ouverte. L’objectif est bien de valider la conception du bateau et de vérifier par des essais en mer les performances prédites par les simulations. Le prototype de 10,50 mètres, qui préfigure des modèles plus grands, quitte sans broncher le ponton et sort doucement du port. Des jeunes s’initient à la voile, Lionel Huetz, à la barre, redouble d’attention et manœuvre à petite vitesse. A la sortie du chenal, il est possible d’accélérer.

Malgré les sept personnes à bord, les réservoirs et les ballasts pleins, le bateau accélère fort. La mer est calme, mais il y a un petit clapot. Avec la vitesse, il y a un peu une ambiance "4x4 sur une piste" sans que cela soit vraiment inconfortable. Passé le pont de l’île de Ré, Lionel Huetz accélère encore, jusqu’à près de 40 nœuds, une vitesse presque "modérée" pour le bateau, capable de naviguer à 50 nœuds. Quand les passagers reculent à l’intérieur de la cabine, Lili retrouve une meilleure assiette et la vitesse améliore le confort. Les essais de virages rapides et d’arrêts subits des moteurs sont impressionnants. Le bateau vire à plat très serré et on ne constate aucun cabrage au "freinage". Le sentiment de sécurité est total.

Consommation moindre que prévu

La simulation numérique, effectuée avec l’aide de CFD Hydrocéan et le laboratoire d’hydrodynamique de l’Ecole Centrale de Nantes sont plus que validés sur l’eau, à la fois pour les vitesses atteintes et pour la consommation de carburant. Le prototype est équipé de deux moteurs hors bord à essence de 200 chevaux. A 40 nœuds, il consomme 70 litres à l’heure, 15 litres de moins que prévu. Un pneumatique semi-rigide consomme, lui, 135 litres à l’heure, dans des conditions de confort largement dégradées.

Les essais en mer servent également de laboratoire. En chargeant plus ou moins le bateau et en variant les vitesses, l’équipe d’A2V peut simuler le comportement de modèles de 12, 16 ou 25 mètres en appliquant des lois d’échelle. Le but est de respecter l’échelle de vague de sillage. Le prototype chargé à 3,5 tonnes et navigant à 38 nœuds simule un modèle de 25 mètres de 60 tonnes à 60 nœuds. Les extrapolations sont plus précises que pour des essais en bassin. Et vu le grand nombre d’essais réalisés, le coût du prototype n’est pas beaucoup plus élevé que celui de multiples essais en bassin, pour lesquels il manque la perception de la réalité.

Une construction simple et fiable

L’équipe d’A2V a pu estimer la consommation avec un moteur diesel in-bord du modèle de 12 mètres. 105 litres à l’heure à 50 nœuds, à comparer aux 140 litres d’un runabout, bateau de sport à coque ouverte à 50 noeuds, ou d’un bateau taxi fermé à 34 nœuds.

Si le bateau d’A2V est très novateur, il reste de construction simple avec des matériaux classiques. Ses concepteurs n’ont pas cherché à réaliser une bête de concours, mais bien un bateau de travail aux coûts de construction maîtrisés, avec des matériaux solides et facilement réparables. La coque est monolithique en fibre de verre et polyester. "Nous nous sommes attachés au meilleur rapport poids/prix, explique Matthieu Kerhuel, directeur général. Nous avons cherché à faire simple, ce qui est très compliqué !".

A2V est prêt pour passer à l’étape suivante. L’entreprise va s’installer très prochainement dans un local plus grand que l’actuel, toujours à La Rochelle (Charente-Maritime), pour fabriquer les bateaux à partir des pièces réalisées par le chantier Hervé Composites. Et deux contrats en cours de négociation ont déjà de très bonnes chances d’être signés.

Patrice Desmedt

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