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LeWeb'12 : Ben Gomes présente le Knowledge Graph de Google

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Google a choisi LeWeb Paris, qui débute aujourd’hui 4 décembre 2012, pour commencer le déploiement en France de son Knowledge Graph, littéralement graphe de connaissance, lancé aux USA au printemps dernier. Ben Gomes, vice-président en charge du moteur de recherche et Google Fellow (le statut le plus élevé chez les ingénieurs du Californien) a présenté à L’Usine Nouvelle cet outil, prémice d'un véritable moteur sémantique. Il livre aussi quelques clés sur l’innovation chez Google.

LeWeb'12 : Ben Gomes présente le Knowledge Graph de Google © Google

L'Usine Nouvelle - Vous annoncez la disponibilité du Knowledge Graph en France. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces prémices de moteur sémantique ?
Ben Gomes - Depuis deux ans nous avons beaucoup repensé notre moteur. Nous donnons des réponses très précises aux requêtes en corrigeant l’orthographe, en proposant des synonymes, etc.  Mais nous avons voulu aller plus loin. Le Knowledge Graph référence 500 millions d’objets du monde réel (objet, personnes, etc.) et les milliards de liaisons qui existent entre eux. 

A partir de cette organisation de données, quand l’internaute recherche un mot, la requête ne se fait plus uniquement sur la suite de lettres, mais sur un mot qui a un sens. Nous proposons à l’internaute dans un petit panneau à droite, de lever les ambiguïtés (disambiguation panel) entre deux ou trois réponses possibles. Et il choisit. Pour le mot "Kings", aux USA, nous proposons l’équipe de basket, l’équipe de hockey et la série TV. Nous ne voulons pas trop parler de moteur sémantique, car c’est un terme souvent galvaudé, mais c’est bien vers cela que nous allons.

Vous comptez guider d’avantage l’internaute dans sa navigation ?
Oui, par exemple, pour un architecte, nous proposerons certaines de ses réalisations ou d’autres architectes. Mais cela n’empêche en rien la sérendipité : découverte d’informations au hasard de la navigation. En cherchant Tour Eiffel pour le lancement d’aujourd’hui, j’ai découvert que Gustave Eiffel avait travaillé sur la structure de la statue de la Liberté, et qu’il avait commencé en bâtissant des ponts.

Quels sont les défis du déploiement du Knowledge Graph, en particulier à l’international ?
Le Knowledge Graph est déjà un important défi en soi. Nous utilisons les informations provenant de certaines de nos bases comme la localisation, mais aussi des bases de données extérieures comme Wikipedia et d’autres encore. Il faut les rendre cohérentes.  Et l’international ajoute d’autres défis. Rien qu’en anglais, le mot football ne désigne pas le même jeu aux USA et en Grande-Bretagne. Imaginez donc dans d’autres langues.

Vous avez la charge de l’ingénierie du moteur de recherche Google. Comment est organisée cette activité historique ?
Nous travaillons sur trois grands aspects principaux, même si cela ne reflète pas complètement notre organisation. Il y a d’abord la récolte des informations qui intéressent les gens. C’est l’infrastructure du moteur. Ensuite, nous travaillons sur toutes les technologies qui vont permettre de bien positionner (rank) les éléments : document, knowledge graph, affichage météo, etc. Enfin, nous regardons comment présenter les réponses, quel document montrer, quelle caractéristique lister. Comment s'adapter à l’équipement (PC, tablette, mobile…) de l'utilisateur.

La rumeur dit que Facebook travaille aussi sur un moteur de recherche. Travaillez-vous aussi sur l’intégration de la recommandation entre amis dans le moteur ?
Nous exploitons déjà la fonction +1 et Google Plus. Et la recommandation fait ausssi partie des signaux importants pour les résultats de recherche. Mais il y aussi beaucoup de choses que des experts, des leaders d’opinion recommandent. Nous nous appuyons sur ce que le collectif peut dire. Nous exploitons la sagesse du Web.

Continuez-vous d’innover par de nombreuses itérations ?
Plus que jamais ! L’an dernier, nous avons fait 500 changements dans le moteur de recherche. Plus d’un par jour. Mais nous avons réalisé plus de 15 000 essais de nouvelles fonctions. Certains en ligne, certains avec de vrais utilisateurs, certains de visu, etc. Et pour tout cela, nous recrutons des gens qui aiment l’innovation.

Depuis toujours, nous les laissons passer 20% de leur temps, un jour par semaine, sur un projet qu’ils aiment. Quel qu’il soit. Et à l’occasion des "demo days", ils en parlent au reste la société. Nous avons aussi une semaine durant la quelle des responsables produits, des ingénieurs, des designers, etc, se réunissent pour réflechir ensemble à des innovations.

Quelles sont les compétences des membres de votre équipe ?
Il y a de tout. Des designers, des psychologues, des chercheurs en interface utilisateurs, des responsables produits, des spécialistes business, des physiciens, etc. Moi, je suis ingénieur en intelligence artificielle. J’ai des ingénieurs qui viennent de la recherche spatiale, un designer proncipal qui est astronome ! Le plus important, au-delà des capacités techniques, c’est la curiosité du monde et le désir d’aider l’utilisateur dans le moteur de recherche.

Pour terminer, sur quoi travaillez-vous, pour l’avenir ?
On aimerait imaginer un ordinateur à la Startrek à qui on demande n’importe quoi et qui sait répondre ! Pour cela, il faut avancer en intelligence artificielle, en langage mathématique, en recherche sémantique… Et nous avançons à tout petits pas. On peut déjà demander "combien mesure Barack Obama ?" ou "combien mesure la femme de Barack Obama ?" Au-delà, ce sont des problèmes déjà anciens d’intelligence artificielle qui vont encore demander beaucoup de travail. 

Mais cela va arriver de plus en plus vite. Il y a deux ans, la recherche par reconnaissance vocale ne pouvait pas comprendre mon accent. Aujourd’hui, elle le peut ! Il y a deux ans, on ne pouvait faire aucune analyse syntaxique. Aujourd’hui, on y arrive sur de petites expressions. Et on fera de mieux en mieux. Il y a deux ans, on ne pouvait pas construire de Knowledge graph. Aujourd’hui, on a 500 millions d’objets reliés. Et ça ne fera que croître.

Propos recuillis par Emmanuelle Delsol

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