Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Santé

Levothyrox, vaccins, pilule... à l'épreuve de la défiance

Astrid Gouzik

Publié le

Levothyrox, vaccins, pilule... à l'épreuve de la défiance
La baisse de la couverture vaccinale entraîne la réémergence de certaines maladies.

Cest une réplique du séisme qui ébranle l’industrie pharmaceutique depuis quelques années déjà. Les nouveaux comprimés de Levothyrox font trembler trois millions de Français traités pour des problèmes de thyroïde. Ils font aussi frémir les autorités sanitaires une nouvelle fois accusées de laxisme. Quant à l’industrie pharmaceutique, elle doit composer avec la défiance grandissante des consommateurs. À tel point que les entreprises du médicament regroupées dans le Leem ont décidé, pour la première fois depuis quinze ans, de s’adresser directement au grand public. Le syndicat lancera, début octobre, une grande campagne de communication pour amortir les secousses des différents scandales sanitaires et redorer l’image du secteur. Un mal nécessaire puisque, de l’aveu de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, c’est un « défaut d’information » qui a allumé la mèche du scandale du Levothyrox.

La crise est survenue en plein été. Pourtant, la nouvelle formule de ce traitement de l’hypo et l’hyperthyroïdie a commencé à remplacer l’ancienne formule – autorisée depuis 1988 – au mois de mars 2017. Douleurs, fatigue intense, insomnies, crampes, maux de ventre… les effets secondaires relayés sur internet et les réseaux sociaux prolifèrent aussi vite qu’enfle la polémique. Dans la ligne de mire, Merck Serono, filiale française du laboratoire allemand, qui aurait subitement décidé de modifier la formule de son blockbuster en le cachant aux patients. Il n’en est rien ! C’est l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui a réclamé des modifications. Avec l’ancienne formule, des cas de déséquilibres hormonaux avaient été reportés dès 2010-2011. Après diverses analyses, un défaut de qualité était apparu : le principe actif contenu dans les comprimés pouvait s’altérer dans le temps, notamment au contact du lactose utilisé comme excipient.

L’ANSM a donc exigé de Merck qu’il stabilise sa formule. Raison pour laquelle l’industriel a décidé de remplacer le lactose par du mannitol et de l’acide citrique, des excipients censés stabiliser la teneur en hormones thyroïdiennes et procurer ainsi un Levothyrox de meilleure qualité pharmaceutique. Dès le mois de mars, un courrier a été envoyé aux médecins et deux messages d’alerte ont été adressés aux pharmaciens afin qu’ils puissent avertir les patients concernés.

Une crise de confiance

« La molécule ne vient pas d’être découverte. Quant aux excipients, ils sont utilisés depuis des années sans problème, explique Valérie Foussier, endocrinologue et auteur de “La thyroïde nous en fait voir de toutes les couleurs”. S’il est évident que ces changements ont pu provoquer quelques modifications des équilibres hormonaux… cela n’explique pas tout ce qui se passe. Nous sommes désemparés devant le cortège de symptômes décrits. » Quant à l’enquête de pharmacovigilance en cours, elle n’a pour le moment pas montré de problèmes de sécurité d’emploi, assure l’ANSM qui attend des données consolidées. Elle ajoute que les effets indésirables ne sont que transitoires, car dus aux questions de dosage, et qu’ils vont s’estomper quand le bon équilibre sera atteint pour chaque patient.

La mise au point arrive malheureusement trop tard. La crise de confiance a germé dans le terreau des scandales sanitaires précédents, celui du Mediator en particulier. Désormais le doute planera sur le Levothyrox, tout comme il assombrit la réputation des vaccins. D’ailleurs, les Français font davantage confiance à l’homéopathie qu’aux vaccins, selon une étude réalisée par Ipsos pour le Leem en 2016. La défiance de la population vis-à-vis de la vaccination et plus globalement de l’industrie pharmaceutique a eu ces derniers mois une conséquence tangible : « La réémergence de certaines maladies a engendré des hospitalisations et des décès évitables, remarquait Agnès Buzyn lors d’un point presse en juillet dernier. Ces maladies transmissibles sont, en outre, particulièrement dangereuses pour les enfants et les personnes les plus fragiles : la vaccination n’est pas seulement un acte individuel, elle est également destinée à protéger son entourage. Se faire vacciner permet de se protéger et de protéger les autres. » C’est la raison pour laquelle, à peine nommée, la ministre de la Santé a décidé de rendre obligatoires huit vaccins supplémentaires dès 2018. La France espère atteindre un taux de couverture suffisant pour ne pas voir ces maladies infectieuses se propager. « En ce qui concerne la rougeole, la couverture vaccinale à l’âge de 2 ans est de 78 %. Mais tant qu’elle n’atteindra pas le niveau de 95 %, le risque de vagues épidémiques périodiques persistera. Entre 2008 et 2016, plus de 24 000 cas de rougeole ont été déclarés en France. Près de 1 500 cas ont présenté une pneumopathie grave, 34 une complication neurologique et 10 sont décédés », rappelait-elle alors.

Une crise de confiance qui est telle que certains patients renoncent à des produits qui apparaissaient comme des avancées majeures il y a des décennies. La pilule contraceptive est passée du rang de libératrice de la femme à celui d’épée de Damoclès. Des reproches plus ou moins justifiés que le scandale Diane 35 – ce traitement anti-acné abusivement détourné en pilule contraceptive – n’a pas aidé à apaiser. Une campagne d’affichage et des spots télévisés suffiront-ils à rassurer les Français ? 

Les alternatives au Levothyrox

Si la ministre de la Santé Agnès Buzyn a fini par céder aux associations de patients en acceptant le retour temporaire de l’ancienne formule, l’Agence nationale de sécurité du médicament travaille tout de même sur différentes pistes afin de permettre la mise à disposition la plus rapide possible sur le territoire français d’autres médicaments à base d’hormones thyroïdiennes. La première alternative, déjà disponible sur le marché, est la L-Thyroxine produite par la PME française Serb. Cette solution buvable, contenant la même hormone que le Levothyrox, est initialement destinée aux enfants de moins de 8 ans et aux personnes présentant des troubles de la déglutition. « Suite aux premières informations reçues fin août, nous avons pris les mesures nécessaires pour préserver nos stocks afin d’éviter toute pénurie et en parallèle augmenter nos capacités de production. Les prochaines productions seront ainsi disponibles mi-octobre », relate Jérémie Urbain, le président de Serb. Ses salariés se livrent à un travail acharné depuis une dizaine de jours pour trouver rapidement une réponse adaptée. Des importations de médicaments commercialisés au sein d’autres pays de l’Union européenne sont également à l’étude. Par ailleurs, le laboratoire français Biogaran – qui a commercialisé un temps un générique du Levothyrox – nous a indiqué étudier les possibilités avec les parties concernées pour que «la meilleure décision soit prise». « Quoi qu’il en soit, il faut aussi dire aux patients qu’il est crucial de ne pas arrêter leur traitement. Pour ceux qui n’ont plus de thyroïde, ce serait évidemment dramatique », insiste Valérie Foussier, endocrinologue. 

 

Réagir à cet article

1 commentaire

Nom profil

04/10/2017 - 14h18 -

Je n'ai plus de thyroide depuis 5 ans et tout allait bien... Pourquoi jouer aujourd'hui les apprentis sorciers en touchant à un traitement qui fonctionnait bien et dont personne ne se plaignait ? C'était déjà pas évident de trouver le bon dosage . Aujourd'hui, le doute est mis et la psychose enfle ! Quel gâchis ! N'avons-nous pas d'autres sujets plus alarmants à traiter en priorité ? Arrêtons SVP de nous prendre pour des gogos et des cobayes. Et commençons par rassurer les patients (et le corps médical qui ne sait plus que/qui croire ) de manière claire, intelligible et honnête. Vraiment, on se demande dans quel monde on vit ...Si c'est cela le progrès...Eh, bien NON MERCI !
Répondre au commentaire

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services.
En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

En savoir plus