Quotidien des Usines

Leur usine commune démarre la production du monospace

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Leur usine commune démarre la production du monospace



Fiat et PSA misent sur le Nord

Le pari des deux groupes est double. Plus de 11 milliards de francs sont investis dans la plus grande création industrielle de l'Hexagone. Pour conjurer la baisse du marché automobile et la désindustrialisation d'une région. Les deux firmes jouent la qualité et la responsabilisation des hommes. Elles ont choisi une organisation de production, synthèse des meilleures solutions. Et un créneau porteur pour leur produit, celui des monospaces.







"Pourvu que ça marche!" Du patron, Roger Garnier, le père du projet, aux ouvriers de l'atelier de montage, les 1400 salariés de Sevelnord croisent les doigts. Implantés entre Valenciennes et Cambrai, avec pour horizon des terrils envahis de mauvaises herbes, les 230000 mètres carrés de la nouvelle usine financée à 50-50 par l'association PSA-Fiat se dressent comme un double défi à la crise économique et à la désindustrialisation du Nord-Pas-de-Calais. Au rythme de la montée en puissance, les embauches devraient passer de 1400 personnes à 2500 fin 1994, pour atteindre les 3500 au début de 1996. Imaginée en 1988, alors que tous les constructeurs d'automobiles européens étaient obnubilés par les transplants japonais en Grande-Bretagne, Sevelnord lance cette semaine la production en série de l'U60, nom de code du dernier-né des véhicules monospaces. Dans ses différentes versions, l'U60 sera commercialisé - à partir du mois de juin 1994 - sous quatre marques différentes: Peugeot, Citroèn, Fiat et Lancia. Tout dépend maintenant de l'accueil que fera le marché à cette concurrente de la Renault Espace et du Voyager de Chrysler. Un marché globalement peu encourageant, qui, il est vrai, contraint les constructeurs à poursuivre de manière drastique leurs réductions d'effectifs. Les dirigeants de PSA ne cachent d'ailleurs pas que, aujourd'hui, " si c'était à refaire ", ils ne se lanceraient sans doute pas dans semblable opération. Car Sevelnord a été conçue pour sortir 120000 à 130000 véhicules par an en régime de croisière. Dans la région de Hordain, la localité où a été érigé ce nouveau temple de l'automobile, chacun sait bien que la concrétisation des objectifs annoncés dépendra du succès commercial rencontré par la nouvelle voiture, dévoilée pour la première fois le 12 janvier. Reste que c'est bel et bien un événement! Sevelnord est la première grande usine d'automobiles réalisée dans l'Hexagone depuis l'ouverture de Citroèn Aulnay en 1974. Exception faite de l'unité de Renault à Batilly, en Meurthe-et-Moselle, inaugurée il y a 14 ans, qui produit des fourgonnettes. D'après ses promoteurs, c'est également la plus grande création industrielle actuellement en cours en France. Pour Roger Garnier, ingénieur de production, 49ans, ancien directeur "carrosseries" à Sochaux, en charge du projet Sevelnord depuis cinq ans, le pari industriel se chiffre à plus de 11milliards de francs. Soit quelque 6,3milliards d'investissements corporels pour les murs et les équipements et 5milliards pour le développement du monospace. A ce tarif, le droit à l'erreur n'existe pas. D'autant que, avec Sevelnord, Jacques Calvet, le patron de PSA, s'est aussi promis de "ranimer la flamme industrieuse" du Nord-Pas-de-Calais. Sinistrée par les avatars des houillères, de la sidérurgie et du textile, la région enregistre un taux moyen de chômage de 13% (avec des poches à 33%, comme à Denain). Et son industrie a vu ses effectifs fondre de 252000 emplois salariés depuis 1971. L'émergence de Sevelnord pourra-t-elle contribuer à insuffler un nouveau dynamisme sur ces terres? Pour l'heure, c'est plutôt l'inverse: l'usine mise délibérément sur la région. "Si nous sommes venus nous positionner dans le nord de la France, à contre-courant de la mode qui pousse nos concurrents dans le sud de l'Europe, explique Roger Garnier, c'est parce que la présence de plusieurs usines d'automobiles y a déjà attiré de nombreux sous-traitants et équipementiers. Avec la Belgique toute proche, le Nord produit quelque 1,5million de voitures par an." Ainsi, un peu plus des six dixièmes de la valeur ajoutée de la monospace U60 sont achetés à l'extérieur, dont 30% en provenance directe de la région. Pas question pour autant d'encourager la création d'un nouveau Peugeot-City. "Les ardeurs des candidats locaux à la sous-traitance ont dû être calmées", raconte-t-on à la chambre de commerce et d'industrie de Valenciennes. Certaines PMI, qui se voyaient déjà entrer dans le club de plus en plus fermé des Valeo et autres fournisseurs de l'automobile, ont déchanté. Jusqu'à présent, Sevelnord a suscité l'installation de seulement deux nouvelles usines d'équipements. Il s'agit de Sienor (du groupe Bertrand Faure, 200emplois), à 1,5kilomètre du site, pour l'approvisionnement en sièges, et de Wimétal (70emplois), à 2kilomètres, pour la fourniture des lignes d'échappement et des réservoirs. Les dirigeants estiment néanmoins que, à terme, Sevelnord devrait générer 10000 emplois induits, dont 2500 à 3000 dans le Nord. Mais une autre raison, plus ou moins inavouée, plaidait également pour l'implantation dans le Nord. C'est le formidable réservoir de main-d'oeuvre constitué par les demandeurs d'emploi.

Un management à la japonaise

"Ils sont 77000 rien que dans les quatre arrondissements les plus concernés: Valenciennes, Avesnes, Cambrai et Douai. Surtout, 35% de ces demandeurs d'emploi ont moins de 26ans", constate Paul Schlonsok, responsable de la cellule départementale Sevelnord à l'ANPE de Valenciennes. Or la jeunesse des équipes et leur motivation représentent la clé de voûte de l'organisation et du management à la japonaise institués dans la nouvelle usine. Sevelnord ne peut, à elle seule, prétendre résorber tous les problèmes de chômage. Cependant, l'approche innovatrice des dirigeants contribue sans aucun doute à l'émergence de nouvelles mentalités dans la région. Et pas seulement à l'intérieur du site. Le processus de formation élaboré à l'occasion de l'implantation perdurera et servira à toutes les autres entreprises locales. De leur côté, les chambres de commerce et d'industrie ont compris tout le parti qu'elles pouvaient tirer de l'arrivée d'un grand groupe. Avec l'aide de la Sogedac, la centrale d'achats de PSA, elles ont mis au point un programme de transfert des méthodes de gestion de l'automobile aux petites et moyennes entreprises industrielles de la région afin de les rendre plus performantes. Une trentaine de sociétés devraient en bénéficier autour de Maubeuge, Cambrai, Douai et Valenciennes. Pour Bertrand Labarthe, le sous-préfet de Valenciennes, Sevelnord, dont l'Etat a facilité l'implantation, pourrait "devenir le symbole du renouveau économique de tout le Nord". C'est déjà une formidable vitrine puisque des industriels venus de toute l'Europe souhaitent visiter ce site. Toutefois, les dernières incertitudes ne seront levées qu'avec les premiers résultats de la commercialisation de l'U60. A partir de l'été prochain.



USINE NOUVELLE - N°2439 -

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