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Lettre ouverte de 76 patrons de la sidérurgie contre le projet européen de révision du marché du carbone

Myrtille Delamarche , , , ,

Publié le

En amont des négociations finales sur la réforme du marché européen du carbone, les sidérurgistes européens, déjà pénalisés par les importations d’acier à bas prix maintes fois dénoncées devant la Commission, adressent aux chefs d’Etat et de gouvernement  une lettre ouverte réclamant une meilleure prise en compte des risques économiques pour la filière acier européenne.

Lettre ouverte de 76 patrons de la sidérurgie contre le projet européen de révision du marché du carbone
© Tata Steel Europe

D’Aditya Mittal, PDG d’ArcelorMittal Europe, à Hans Jürgen Kerkhoff, président de Wirtschaftsvereinigung Stahl, ils ont tous signé. Catherine Tissot-Colle (A3M), Roeland Baan (Outokumpu), Petra Einarsson (Sandvik), Patrick Lamarque d’Arrouzat (Ugitech), Philippe Crouzet (Vallourec), tous se sont joints à cette initiative sous l’égide d’Eurofer pour alerter sur le risque de perte de compétitivité de leur filière lors de la baisse annoncée des crédits carbone distribués gratuitement à leurs usines. L’association européenne Eurofer rassemble quelque 500 sites de production dans 22 pays d’Europe.

"Nous reconnaissons que le changement climatique est un enjeu essentiel qui doit être traité à l'échelle internationale et nous soutenons pleinement les efforts visant à réduire les émissions de CO2 de façon rentable à travers toute l'économie de l'Union européenne. Dans les semaines à venir, vous aurez une dernière fois l'occasion de concevoir un SCEQE [système communautaire d’échange de quotas d’émissions, plus connu sous son acronyme anglais ETS, Ndlr] qui réponde mieux à ces objectifs, tout en préservant l'industrie sidérurgique européenne et les milliers d'employés qu'elle soutient. Vous pourrez éviter d’alourdir le secteur avec des frais élevés qui contracteront l'investissement, ou augmenteront le risque de pertes d'emplois et de fermetures d'usines."

Les sidérurgistes européens affirment que même leurs usines les plus performantes en termes environnementaux seraient pénalisées et perdraient en compétitivité, face à des concurrents internationaux qui ne sont pas soumis à ces coûts. Et ce, "en dépit du fait que l'évaluation de l'impact de la Commission européenne elle-même a reconnu sans équivoque que le secteur présentait un risque très élevé de fuite de carbone". Autrement dit, de délocalisations dans des zones environnementalement moins contraignantes. Les signataires dénoncent collectivement "des seuils de référence techniquement inatteignables".

Un surcoût annuel de plusieurs milliards d’euros

L’industrie européenne pourrait voir passer son déficit de crédits carbone – donc ses obligations d’achats de crédits sur le marché – de 32% en 2021 à 49% (un chiffre revu à la baisse, 35%, dans la lettre ouverte du 29 mai) en 2030, selon une simulation effectuée par Eurofer en juin 2016. Soit, en se basant sur les projections Thomson-Reuters Point Carbon du prix de la tonne de carbone, un surcoût de 1,4 milliard d’euros en 2021 et 4,8 milliards en 2030, à rapporter à un chiffre d’affaires cumulé de 170 milliards d’euros. Le coût total sur la période s’élèverait à 27,1 milliards d’euros, auxquels s’ajouteraient 8,2 milliards de coûts indirects liés aux compensations carbone répercutées sur leurs factures d’électricité. Ramené à l’échelle de la production, ce coût total représenterait 10 euros par tonne d’acier brut en 2021 et 28 euros par tonne en 2030.

Une concurrence jugée déloyale

Les importations d’acier dans l’Union européenne ont augmenté de 9% en 2016, tandis que les exportations continuaient inexorablement à décroître (-11%). De 405 000 emplois avant la crise économique, le secteur est tombé à 318 727 emplois en 2016 (dont presque 85 000 en Allemagne, la France étant le cinquième employeur européen dans l’acier avec un peu moins de 21 000 salariés). La demande, pourtant, n’a cessé d’augmenter depuis 2013. Une demande qui se satisfait des aciers importés à bas coût, principalement de Chine et de Turquie.

Intense lobbying au Parlement

Les sidérurgistes et aciéristes européens s’inquiètent de ne pas voir repris les amendements qu’ils avaient réussi à faire porter par des parlementaires. "Il est essentiel que les améliorations qui ont été acceptées par le Parlement européen en ce qui concerne les gaz d’échappement, la mise aux enchères des quotas, le facteur de correction intersectoriel et les coûts indirects soient également adoptées par le Conseil. Cela contribuera à faire en sorte que la réforme favorise la protection du climat et respecte les engagements de l'Union européenne en matière de réduction des émissions de carbone, tout en limitant l'impact sur la compétitivité, la capacité à innover et les emplois de l'industrie sidérurgique européenne."

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1 commentaire

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30/05/2017 - 10h43 -

Et pourquoi pas une taxe carbone aux frontières de l'UE ? Puisque l'on sait évaluer (à peu près) l'impact des différents procédés de production ce ne serait pas discriminatoire. Les arguments de délocalisation d'une zone économique vers une autre sont certes tout à fait fondés... mais cela fait 30 ans qu'ils sont évoqués. Je suis persuadé qu'il existe de bonnes idées techniques, règlementaires et politiques pour faire avancer le sujet. La lettre ouverte n'en évoque pas vraiment (je ne suis pas expert du secteur), on a juste l'impression d'une demande d'exemptions, de crédits gratuits, de subventions, de report sur d'autres secteurs et, in fine, de statu quo.
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11/06/2017 - 21h22 -

Oui l'idée d'appliquer une taxe carbone à l'entrée de l'UE semble à priori bonne mais cette taxe serait immédiatement dénoncée à l'OMC. Les taxes, même sous couvert d'écologie, restent des taxes et sont soumises à des règlements.
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