Lettre ouverte d’un patron de PME aux parlementaires français et au gouvernement

Une lettre ouverte pour signifier son "ras-le-bol". Frédéric Jamet est le président de la PME Candide Baby Group, qui emploie 80 salariés près d'Angers (Maine-et-Loire). Il adresse aux parlementaires, au gouvernement et aux organisations patronales (Medef, CGPME) ses "sept propositions pour relancer l’Entreprise France".

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Lettre ouverte d’un patron de PME aux parlementaires français et au gouvernement

Messieurs les Elus,
Madame, Messieurs les Ministres,

Je vous adresse aujourd’hui cette lettre car j’appartiens à une catégorie de français qui fait de son mieux tous les matins pour diriger des entreprises contre vents et marées et qui n’a pas le sentiment que vous preniez toute la mesure de nos difficultés.

Les PME sont le poumon économique de la France. Pour la plupart d’entre nous, nous ne sommes pas cotés en bourse et connaissons souvent le prénom de chaque collaborateur que nous employons.

Nous animons des groupes d’hommes et de femmes qui, parfois, ont voté pour l’actuelle majorité et qui sont déçus par la manière avec laquelle vous défendez leurs intérêts. Nous ne sommes ni de droite ni de gauche mais sommes des Entrepreneurs, qui ont envie que leurs Entreprises soient fortes, rentables et pérennes.

Nous essayons de vendre nos produits et nos services à l’exportation mais trainons le boulet de l’Euro fort à nos pieds.

Nous sommes là pour créer de la valeur et du profit dans des proportions qui doivent nous permettre de rémunérer les risques que nous prenons, souvent à titre personnel. Nous n’avons rien à voir avec les Entreprises du CAC 40 qui sont l’objet de toutes vos communications. Nous ne gagnons pas 1 ou 2 millions d’Euros par an et ne souhaitons pas vivre en Belgique ni en Suisse. Nos rémunérations n’excèdent que rarement 50 000 euros nets par an. C’est beaucoup d’argent mais c’est moins que vous et certains fonctionnaires du Palais Bourbon ...

Nos collaborateurs connaissent mieux le monde de l’Entreprise que vous car ils vivent comme nous quotidiennement les inquiétudes d’un carnet de commande presque vide ou d’une trésorerie exsangue.

Nos clients peuvent être tentés de chercher dans des pays plus ou moins éloignés les mêmes produits ou services que les nôtres car nous sommes moins compétitifs. Nous avons la même tentation et souvent franchissons le Rubicon pour seulement garantir la pérennité de nos Entreprises et les emplois de nos salariés.

Nous faisons face à nos responsabilités et traitons nos échéances avec un milieu bancaire qui, à de trop rares exceptions près, ne veut plus prendre des risques. Nous n’avons ni compte aux Caïmans ni de réserves à Singapour. Nous risquons tous les matins nos noms et les cautions personnelles que beaucoup d’entre nous ont été contraints de donner pour investir.
Nous sommes fatigués de voir un « droit du travail à sens unique », orienter la stratégie de nos Entreprises.

Ces constats m’amènent à vous faire les propositions suivantes qui vous permettront, je l’espère, de remettre notre Entreprise France, sur le chemin de la croissance. Vous avez pris quelques décisions qui vont dans le bon sens mais vous devez décider d’aller plus loin.

1. Remontez les seuils sociaux (10 et 50 actuellement) à 30 et 100 salariés
Vous créerez instantanément des dizaines de milliers d’emplois. Vous devrez pour cela peut être, négocier avec les syndicats de salariés. Vous ne devez pas en avoir peur, ni craindre de mettre 9 % (taux de syndicalisation le plus faible des pays de l’OCDE) dans la rue. Votre risque sera mince car les fonctionnaires ne seront pas concernés.

2. Faites en sorte que le droit du travail soit appliqué de manière équitable, sans dogmatisme ni parti pris
71% des décisions de conseils des Prud’hommes sont rendus à l’avantage du salarié. S’il existe des patrons voyous, nous ne sommes pas tous dans cette catégorie mais avons le sentiment que cette justice là est à sens presque unique.

3. Imposez qu’un représentant des salariés soit présent aux conseils d’administration des sociétés même de petite taille
Il sera au centre des décisions et pourra relayer en interne les difficultés, apporter ses idées et participer aux décisions.

4. Demandez aux services fiscaux de nous aider plutôt que de chasser les erreurs que toutes les comptabilités contiennent
Demandez-leur, en cette période plus que difficile, d’être tolérant sur des mauvaises lectures ou une mauvaise compréhension de vos textes (qui changent sans cesse).

5. Ne remontez les taux d’intérêt que si vous y êtes contraints
Nos entreprises ont besoin d’investir pour produire et ne pourront le faire que si les banques nous prêtent de l’argent. Elles devraient être contraintes, en échange des aides reçues de l’Etat, de financer l’économie, la vraie et non l’économie virtuelle.

6. Réduisez le taux d’imposition sur les sociétés qui sont localisées en France, qui produisent ici et qui sont des PME au sens de la définition européenne. Vous pourrez parallèlement taxer les bénéfices mondiaux des groupes qui font leurs bénéfices dans des paradis fiscaux.

7. Essayez si vous le pouvez, d’agir rapidement pour que notre monnaie nous rende plus compétitifs sur les marchés étrangers
Beaucoup d’économistes s’accordent sur le fait qu’une surévaluation de l’Euros d’environ 15%, fait perdre à notre Zone économique une compétitivité dont elle a besoin. Nous allons être en 2013 une des rares zones économiques en récession. Comment les autres ont-ils fait ? Ils ont rendu la compétitivité à leurs Entreprises grâce à des monnaies plus faibles.

Vous n’avez jamais, pour la plupart d’entre vous, travaillé dans une PME ni même souvent, et c’est dommage, dans le monde de l’entreprise. Ces quelques idées vous sont rappelées car je suis sur que vous ne manquez pas de bon sens.

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Enfin, il vous faudra avoir des tripes pour prendre des décisions qui vont à l’encontre de vos convictions mais vous pourrez relancer l’Entreprise France et prouver à tous que vous faites de la Politique par vocation et non par profession, alors de grâce faites le et faites le vite.

Frédéric Jamet
Président de Candide Baby Group

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