Les voyagistes dénoncent la grève de trop à Air France

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Les voyagistes dénoncent la grève de trop à Air France
A l'aéroport de Marseille. Le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) d'Air France a annoncé jeudi qu'il maintenait son mouvement de grève malgré le retrait du projet Transavia Europe, en attendant que reprennent les négociations avec la direction. /Photo prise le 24 septembre 2014/REUTERS/Jean-Paul Pélissier

PARIS (Reuters) - L'impact du mouvement des pilotes d'Air France sur la compagnie risque d'être irrécupérable, juge le président du Syndicat national des agents de voyage (Snav), qui dénonce la "grève de trop" dans une interview accordée mardi à Reuters.

Cette grève entamée le 15 septembre contre un projet de développement de la filiale à bas coûts Transavia est la plus dure, pour Air France, depuis les années 1990.

"C'est une autoroute ouverte aux low-cost, notamment à easyJet", particulièrement pour les vols intérieurs, dit Jean-Pierre Mas. "Les Français qui veulent voyager en France en avion n'ont quasiment pas d'autre moyen qu'easyJet."

"Les clients d'Air France passés sur easyJet ne vont pas spontanément et nécessairement revenir chez Air France", ajoute-t-il. "Air France aura du mal à récupérer cette part de marché. Son image a pris un très mauvais coup et easyJet aura fidélisé les clients venus vers elle par hasard ou par nécessité."

Selon lui, les compagnies à bas coût ne représentaient jusqu'ici que 15% environ des billets émis par les agences de voyage en France mais leur part de marché ne cessait de progresser et la grève risque d'amplifier cette évolution.

"Les voyageurs d'affaires ou de loisirs qui organisent leurs voyages de novembre nous disent : 'Évitez Air France, je ne veux pas être l'otage d'un nouveau conflit social'", explique-t-il.

Il juge ce sentiment très perceptible jusque sur les sites internet de vente de voyages et assure n'avoir jamais constaté à ce point-là un tel mouvement de défiance, des usagers comme des voyagistes, à l'égard de la compagnie nationale.

"Pour l'avenir, surtout s'il y a des craintes de nouveaux conflits sociaux, les voyagistes privilégieront d'autres compagnies qu'Air France", souligne-t-il. "Air France dit perdre 15 millions d'euros par jour du fait de la grève, mais la perte sera certainement supérieure à ça à long terme."

"C'est la grève de trop, d'autant que les revendications des pilotes ne sont ni comprises ni acceptées, ni par les clients, ni par les voyagistes", ajoute le président du Snav.

UNE DÉPENDANCE PÉNALISANTE

Le PDG d'Air France-KLM, Alexandre de Juniac, a annoncé lundi la suspension jusqu'en décembre de la création de Transavia Europe - proposition rejetée par les grévistes - et se dit désormais prêt à renoncer au projet "la mort dans l'âme".

Pour Jean-Pierre Mas, Air France n'a pourtant d'autre choix pour survivre que de développer sa compagnie low-cost, à l'instar de British Airways et Lufthansa, faute de quoi elle devra renoncer "de gré ou de force" au trafic intra-européen.

"Ils auraient dû le faire il y a cinq ou dix ans. S'ils ne le font pas, ils en mourront. Et si les pilotes s'obstinent, il y a un risque pour Air France", dit-il. "Revenir en arrière pour faire des concessions sociales serait une grave erreur."

"Le modèle d'Air France n'est pas du tout adapté au trafic intra-européen", explique Jean-Pierre Mas. "Ils perdent de l'argent, ça plombe la totalité de leur activité et ils se feront piquer des parts de marché par les low-cost."

Les voyagistes évaluent leurs propres pertes pour la première semaine de grève à cinq millions d'euros, précise par ailleurs le président du Snav, qui fédère 1.300 agences de voyage, tour operators et agences en ligne.

Ce mouvement fait aussi prendre conscience aux voyagistes français de leur extrême dépendance envers Air France.

Selon Jean-Pierre Mas, les deux tiers des billets Air France émis dans l'Hexagone le sont par les agences de voyage et plus d'un billet sur deux émis par elles est un billet Air France.

"Cette dépendance est très pénalisante pour nous et nos clients", explique-t-il. "Nous demandons que la concurrence soit plus facile sur le marché français, avec des ouvertures de slots dans les aéroports d'Orly et de Roissy."

Mais l'enjeu va selon lui bien au-delà.

"Nos correspondants étrangers sont atterrés par la position des pilotes", dit-il. "Ça déstabilise considérablement l'image de la France comme destination touristique ou de congrès dans les pays étrangers. Il risque d'y avoir des congrès annulés."

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