"Les volumes de blé sont abondants, mais la demande atone", constate Renaud de Kerpoisson (ODA)

Le prix du blé a baissé de 23% depuis le début de l’année, parallèlement à celui d’autres denrées agricoles : -16% pour le porc, -28% pour le café -10% sur le sucre et le jus d’orange… Renaud de Kerpoisson, président-fondateur de la société de conseil en gestion du risque de prix Offre et demande agricole, décrypte pour L’Usine Nouvelle les enjeux de ce repli.

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L'Usine Nouvelle: Comment se positionnent actuellement les prix du blé par rapport à la moyenne de ces dernières années ?
Renaud de Kerpoisson : Les prix sont assez bas. Les marchandises sont abondantes sur le marché, avec une récolte de plus de 40 millions de tonnes, en France, au terme de la campagne 2014-15. La récolte est, de plus, de bonne qualité. De ce fait, des problèmes de stockage se posent. Aujourd’hui, les prix sont très bas pour une livraison en septembre-octobre, mais sont plus élevés de 8 à 9 euros pour une livraison en décembre. Au niveau international, la récolte a également été bonne [NDLR : 725,24 millions de tonnes, en hausse de 1,4% entre les campagnes 2013-14 et 2014-15]. Aux Etats-Unis, le boisseau est à 5 dollars : un niveau de prix aussi bas n’avait pas été atteint depuis 2009.

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Comment pourraient évoluer les prix dans les prochains mois ?
La production est importante et la demande plutôt atone. La baisse des prix du pétrole ralentit de facto la production de biodiesel et de bioéthanol; tandis que l’économie de la Chine et, d’une manière générale, des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), ralentit significativement. Des risques climatiques ne sont toutefois pas à exclure et font que le marché, aujourd’hui, ne baisse plus. Le phénomène climatique El Niño pourrait notamment toucher la récolte australienne de blé. Certes, celle-ci est faible (25 Mt), mais seulement 5 Mt sont consommées sur place : le pays joue un rôle plus qualitatif que quantitatif. L’Argentine et le Brésil sont également concernés, avec, respectivement, des épisodes de gel et de pluie.

Les prix couvrent-ils les coûts de production ?
Actuellement, les prix de vente couvrent les coûts de production dans certains pays, à l’instar de l’Ukraine ou de la Russie, où ils s’élèvent à 90 euros par tonne pour des prix payés aux producteurs de 125 euros par tonne. En Europe, la situation est plus délicate : les agriculteurs qui ne disposent pas de moyens de stockage vendent à des niveaux de prix inférieurs de 25 à 30 euros par tonne aux coûts de production, tandis que ceux qui disposent de telles infrastructures vendent à des niveaux de prix équivalents aux coûts de production.

Le blé français est-il compétitif par rapport aux autres origines ?
Durant les mois de juillet et d’août le blé français n’a pas été compétitif par rapport aux autres origines. Aujourd’hui, on est à peu près à parité par rapport aux blés russes. La Russie met actuellement en place une taxe flottante destinée à lutter contre l’inflation sur son marché intérieur, en protégeant le prix du pain. Les exportateurs ne connaissent pas à l’avance le montant de cette taxe. Pour une différence de prix de 2 euros, il y a donc moins de risque à commander du blé français. Il convient de noter que la Russie a une influence significative sur le marché, avec environ 25 Mt sur un total de 135 Mt échangées.

Entretien réalisé le 24 septembre. Propos recueillis par Franck Stassi

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