Les vignerons français constatent les dégâts du gel

Une succession d’épisodes de gel a frappé le vignoble français fin avril. Les premiers bilans font état de nombreux dégâts. Plusieurs dispositifs de soutien restent à activer.

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Les vignerons français constatent les dégâts du gel
Le 4 mai à Saint-Fraigne (Charente), au nord de l'appellation Cognac.

Deux semaines après les épisodes de gel qui ont touché une partie du vignoble français, notamment durant les nuits des 20 et 21 avril, puis des 27 et 28 avril, les premières estimations des dommages commencent à être réalisées. Le vignoble bordelais pourrait ainsi perdre plus de 50% de sa récolte – le week-end dernier, le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux estimait entre 60% et 70% le taux de surfaces atteintes par le gel, à divers degrés. A Saint-Emilion (Gironde), plus de 80% des parcelles ont été touchées. Plus de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires pourrait être perdu. "D’autres cultures comme les vergers, le maraîchage ont également subi un lourd tribut : 200 hectares (ha) de vergers, 10 000 ha de céréales à paille, 10 000 ha de maïs ont été gelés ou impactés", ajoute la Chambre d’agriculture de Gironde. Une cellule de suivi se réserve la possibilité de solliciter plusieurs dispositifs de soutien, (mesures fiscales, mise en place du chômage partiel, etc.)

Le Bureau national interprofessionnel du Cognac (BNIC) estime pour sa part qu’un tiers de la zone de production a été "fortement" touchée, soit 25 000 ha, auxquels s’ajoutent 15 000 ha concernés à des degrés divers (entre 20% et 75% de la parcelle touchée). La journée du 27 avril a été la journée la plus froide enregistrée depuis 1991, année de référence en termes de gel. "Les instances présentes ont abordé l’ensemble des mesures envisageables pour aider les viticulteurs et autres opérateurs viticoles touchés. Les filières Cognac et Pineau des Charentes disposent de réserves. Elles mènent actuellement une réflexion sur leur activation", précise le BNIC. "Dans de très nombreux cas les contre-bourgeons ont également été gelés, limitant ainsi très fortement les possibilités quantitatives de récolte. Les grandes cultures (orge, blé, tournesol, colza ...) sont également fortement impactées", complète pour sa part la Chambre d’agriculture de Charente.

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La Champagne va puiser dans ses réserves

Le Comité interprofessionnel du vin de Champagne rappelle quant à lui qu'il détient 7000 kg/ha de réserves, afin de pallier les pertes. "Nous mettons de côté une partie du vin clair (du vin blanc sans bulles), un volume conservé en cuves et non-commercialisé. Les années en déficit, on ajoute un certain volume de vin issu des récoltes précédentes afin de réaliser des assemblages", explique à L’Usine Nouvelle son directeur de la communication, Thibaut Le Mailloux. Entre 20% et 25% de bourgeons ont été détruits en moyenne (photo). La montagne de Reims (Marne), la vallée de l’Ardre, la Côte des Bar et le secteur ouest de Château-Thierry figurent parmi les secteurs les plus touchés avec au moins 35% de bourgeons détruits. "Les contre-bourgeons sont peu ou prou fructifères. Il faut compter deux à trois ans pour la reconstitution du vignoble", ajoute Thibaut Le Mailloux.

"L’impact est davantage visible sur les vignes qui étaient plantées en Chardonnay, car les bourgeons étaient sortis. On peut moins constater d’impact sur le Pinot noir et le Meunier, seulement sorti de sa coquille d’hiver. Comme il y a quinze jours d’écart sur le débourrement (entre le 24 et le 30 avril), lorsque le bourgeon sort de ses écailles d’hiver, ce qui est sorti le plus tardivement a moins souffert de la gelée. Sur les plants de Chardonnay, les contre-bourgeons sont très peu présents et très peu fructifères. A l’inverse, il y a des contre-bourgeons plutôt fructifères sur le Pinot noir, et très fructifères sur le Meunier. Il faut toutefois rester prudent, car les contre-bourgeons (des bourgeons secondaires qui permet d’assurer la mise en réserve des éléments nutritifs lors de la période végétative) ne sont pas encore complètement sortis", précise Emmanuel Littiere, directeur technique vignoble de la Cogevi, la plus ancienne coopérative champenoise, et de la maison de champagne Collet.

Cette situation remet en avant la question de l’assurance-récolte. Seules 18% des vignes sont aujourd’hui couvertes contre les risques climatiques. Le nouveau dispositif assurantiel mis en place en 2015 à l’attention de la filière n’a pas rencontré le succès escompté. Le prix et les seuils de déclenchement des assurances figurent parmi les freins identifiés à leur développement. "Les coûts parfois prohibitifs de l’assurance représentent en effet un frein à sa souscription. Les niveaux des seuils de franchise et de déclenchement sont également considérés trop hauts par les viticulteurs (le projet de règlement "Omnibus" de la Commission européenne propose de les abaisser). D’autres pistes pourraient être explorées", estime l'Assemblée permanente des Chambres d'agriculture.

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