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L'Usine de l'Energie

Les vannes s'ouvrent pour l'hydroélectricité

Ludovic Dupin ,

Publié le

Elle avait été oubliée pendant une décennie. Première source d'énergie renouvelable, l'hydroélectricité revient sur le devant de la scène avec la construction de grands barrages dans les pays à forte croissance et la rénovation dans les pays déjà équipés.

L'hydroélectricité devenue marginale... C'est ce que les dernières décennies auraient pu laisser croire. « L'Europe a été essentiellement équipée entre les années 1950 et 1970, et il ne s'est quasiment rien passé jusqu'à l'émergence des marchés chinois ou brésilien », explique Maryse François, la vice-présidente R &,D d'Alstom Hydro. Depuis, l'hydroélectricité fait à nouveau valoir ses charmes. Elle produit 16 % de l'électricité dans le monde, à la troisième place derrière le pétrole et le gaz et représentait, en 2007, un marché mondial de 4,5 milliards d'euros par an (équipements et services) avec une croissance prévue de 2 % par an jusqu'à 2030. Croissance justifiée par de nombreux d'atouts : forte disponibilité, faible coût du MWh (entre 30 et 60 euros), longue durée de vie (75 ans) et bien sûr absence de combustibles fossiles et de CO2.

Le Comité international des grands barrages recense 1 200 barrages hydrauliques en construction, dont 467 en Inde, 120 en Chine et 70 au Brésil. Si les travaux publics sont souvent réalisés par des entreprises locales, c'est une manne pour les grands fournisseurs de matériels électromécaniques (turbines, alternateurs...) et de services, à commencer par Alstom (30 % du marché mondial), General Electric (18 %) ou Voith (18 %). Sans compter des équipementiers chinois, comme Harbin (8 %) ou DongFeng (7 %). Si ces groupes sont attirés par les grands projets du type barrage des Trois-Gorges (mise en service en 2009, 22 500 MW), des entreprises plus petites y trouvent intérêt à travers des structures plus modestes. « Nous réalisons 20 à 25 millions d'euros de chiffre d'affaires dans l'hydraulique en France, nous espérons réaliser les mêmes résultats à l'étranger », explique Jean-Marc Perraud, de la division énergie chez Cegelec, société qui offre des solutions hydrauliques clés en main jusqu'à 50 MW et affiche des contrats et des partenariats au Maroc, au Brésil ou encore en Indonésie.

Les exploitants tirent aussi leur épingle du jeu. Ainsi, GdF-Suez, qui a reçu en décembre l'autorisation d'entamer les travaux du Jirau au Brésil (lire page 72), est le premier exploitant privé du pays avec 7 000 MW installés. EdF, qui possède déjà le plus grand parc européen avec 20 000 MW (dont 8 100 MW dans les Alpes), est sorti du continent européen et achève le barrage de Nam au Laos, un projet de 1 070 MW.

Les possibilités de développement dans le monde restent importantes. Seul un tiers du potentiel exploitable est installé : 70 % en Amérique du Nord et en Europe, 30 % en Amérique du Sud, 22 % en Asie et 7 % en Afrique. Ce continent pourrait être la zone de développement de l'hydraulique d'après-demain. « Nous n'irons pas en Inde ou en Turquie où de grands groupes sont déjà présents. En revanche, nous sommes attentifs en Afrique notamment autour des grands lacs », explique par exemple Henry Midlarz, le directeur du développement du groupe de BTP Razel (480 millions d'euros de chiffre d'affaires). Comme le projet du Grand Inga, un barrage de 39 000 MW... en République démocratique du Congo. Reste à trouver le financement estimé à 80 milliards d'euros.

Les pays industrialisés participent à ce renouveau à travers la réhabilitation de leur parc (1 milliard d'euros par an). « La rénovation d'une centrale électrique permet de gagner 3 % de rendement et 30 % de puissance dans les meilleurs cas », explique Maryse François chez Alstom Hydro. La France est à l'heure de ce changement, les plus grands barrages ayant déjà été construits, mis à part le projet du Rizzanese en Haute-Corse (55 MW, 40 mètres de haut) pour lequel EdF a reçu le feu vert après vingt ans de procédures et qui pourrait être terminé en 2012. Aujourd'hui, 10 à 12 % de l'électricité en France sont d'origine hydraulique.

AUGMENTER LA PRODUCTION FRANÇAISE DE 7 TWH

Afin de répondre à l'objectif européen de 20 % d'énergie renouvelable en 2020, la production hydroélectrique va être accrue de 7 TWh. EdF s'est engagé dans le projet « super hydrau » prévoyant 500 millions d'euros d'investissement sur cinq ans. L'énergé-ticien lance aussi le très attendu appel d'offres pour le réaménagement du Gavet sur la Romanche en Isère (230 millions d'euros) où six centrales au fil de l'eau vont être remplacées par une seule centrale ; la puissance installée passera de 82 à 91,8 MW. De son côté, le deuxième exploitant français, la Compagnie nationale du Rhône (CNR, filiale de GdF-Suez, 8 000 MW) a investi 125 millions d'euros dans l'aménagement de son parc entre 2003 et 2008 et injectera encore 160 millions entre 2009 et 2014, ce qui permettra une augmentation de la puissance installée de 110 MW d'ici à 2012.

Cette effervescence est également liée à l'ouverture des concessions de 400 barrages auparavant automatiquement renouvelées à EdF. Les deux premières (600 MW) seront allouées en 2012. EdF entend bien récupérer le maximum de son parc actuel, dont 90 % sera remis en jeu d'ici à 2050. « Si les paquets de concessions sont attractifs [ndlr : vente par vallée par exemple], il faudra s'attendre à voir arriver des opérateurs comme Enel ou E.On », explique Jean-François Astolfi, le directeur de la division hydraulique d'EdF. GdF-Suez compte aussi récupérer une part du butin, ainsi que de plus petits exploitants comme le lyonnais Maïa (70 millions d'euros de chiffre d'affaires). « Les plus grosses installations sont inaccessibles, mais nous pourrions monter un consortium pour récupérer de plus petites », explique Pierre Neveux, le secrétaire général, qui pronostique 20 MW dans les dix prochaines années. A plus long terme, l'hydroélectricité pourrait être tirée de la mer. L'usine marée motrice de la Rance en Ille-et-Vilaine (240 MW) va faire des petits. Déjà au Royaume-Uni, un barrage de 7 GW est étudié dans l'estuaire de la Severn et des Néerlandais rêvent, quant à eux, d'un barrage géant, de 50 GW sur la mer Rouge... .

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