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Les trois raisons derrière le rachat de Solar City par Tesla

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Elon Musk  a créé la surprise en annonçant mardi 21 juin que Tesla, dont il est PDG, allait acheter l’installateur de panneaux solaires Solar City, dont il est président du conseil d’administration. Comment comprendre ce mouvement ? Trois raisons derrière le dernier pari du super-héros de l’industrie.

Les trois raisons derrière le rachat de Solar City par Tesla
Elon Musk

Encore un coup. Elon Musk, le célèbre patron fondateur de Tesla et de SpaceX, a créé la surprise mardi 21 juin. Tesla a lancé une offre de rachat de Solar City, le numéro un du solaire résidentiel aux Etats-Unis, dont Elon Musk est président du conseil d’administration.

L’opération, qui doit s’effectuer par échange d’actions, valorise Solar City autour de 2,4 milliards d’euros, soit une prime d’environ 25% sur son cours de Bourse. Comment comprendre ce nouveau pari de celui qui, en une décennie, a révolutionné l’industrie spatiale et bouleversé le secteur automobile ? Trois raisons derrière le dernier coup d'Elon Musk.

1-Elon Musk poursuit sa stratégie d’intégration dans l’énergie

"C’est un chose à laquelle nous réfléchissons et dont nous débattons depuis des années", a expliqué Elon Musk à la presse, qualifiant désormais cette opération de "no-brainer", soit d’ "évidence". Le lancement en mars 2015 par Tesla de solutions intégrées de stockage d’électricité à partir de batteries avait effectivement rapproché Tesla de Solar City alors que le stockage s’impose comme un sujet majeur de l’industrie solaire. Les deux groupes travaillent ensemble à travers des offres solaire-plus-stockage pour les particuliers ou pour des centrales solaires au sol comme à Hawaï.

Biberonné à la Silicon Valley, Musk poursuivrait ainsi avec ce rachat la stratégie d’intégration chère aux GAFA. Dès l’origine, l’énergie, avec la batterie, a été au cœur de la stratégie de Tesla, poursuivie avec le développement d’un réseau de bornes de recharge et, plus spectaculaire, avec le lancement de l’usine géante de fabrication de batteries, au Nevada. "Il est temps maintenant de compléter le tableau […] Nous deviendrions [avec le rachat de Solar City, ndlr] la seule entreprise d’énergie intégrée verticalement offrant des produits à base d’énergie propre de bout en bout", avance le blog de Tesla.

2-Elon Musk consolide son empire

L’entrepreneur a des allures de "control freak". Il faut dire qu’Elon Musk a été vacciné par ses déboires chez PayPal, dont il avait été viré en tant que PDG en raison de désaccord sur la stratégie, et les débuts houleux de Tesla avec ses démêlés avec Martin Eberhard, cofondateur et premier PDG du constructeur. Aujourd’hui PDG de Tesla et président du conseil d’administration de Solar City, il est aussi le premier actionnaire des deux groupes avec respectivement 21% et 22% de leur capital.

En les réunissant, il consolide son empire et affirme son contrôle sur sa destinée. D’autant qu’après l’opération, il devrait détenir encore presque 21% du nouveau Tesla. Mettre directement Solar City sous sa bannière lui permet enfin de renforcer son image de champion de l’énergie propre destinée à sauver les Etats-Unis voire la planète entière. Sachant que son aura irrigue toutes ses entreprises, Tesla la première.

3-Elon Musk vient au secours de ses cousins

Solar City n’est plus aussi flamboyant qu’il l’a été. Fondé par deux cousins d’Elon Musk sur, selon la légende, une suggestion de ce dernier lors d’un road-trip californien, l’installateur de panneaux solaires a vu son cours de Bourse divisé par trois en deux ans. L’hypercroissance de l’installateur de panneaux solaires qui séduisait tant les investisseurs a même ralenti en 2016, avec des installations en deçà des objectifs. Un ralentissement que le PDG de Solar City, Lyndon Rive, a attribué à la priorité désormais donnée à la génération de cash. Sans forcément convaincre.

Le business model de Solar City est en effet menacé. Le groupe avait bâti son succès sur une offre assimilable à une location à long terme de panneaux solaires aux particuliers. Avec d’un côté une valeur élevée de l’électricité produite grâce au système de subvention dit de "Net Metering" et, de l’autre, un refinancement à bas taux sur les marchés via la titrisation des loyers des clients, Solar City pouvait promettre des rendements élevés. Las ! Les Américains délaissent la location, Solar City n’arrive pas refinancer tant que ça ses installations et, surtout, le système de Net Metering est attaqué de toutes parts…

Opération à risques

Vu par un "Musk Fan", l’entrepreneur visionnaire fait donc d’une pierre trois coups en rachetant Solar City. Du point de vue d’un actionnaire de Tesla au naturel anxieux, l’opération paraît risquée. Alors que Tesla doit engager toutes ses forces pour réussir le pari majeur de la production d’une voiture électrique grand public (à 35 000 dollars tout de même) à des centaines de milliers d’exemplaires, le groupe, déjà fortement consommateur de cash, se charge d’une autre machine à brûler de la trésorerie.

Les 2,8 milliards de dollars de flux de trésorerie libre perdus par Solar City en 2015 s’ajouteraient ainsi aux 2 milliards brûlés par Tesla. Sans parler de la dette, qui doublerait à plus de 5 milliards de dollars… Elon Musk a jusqu’ici toujours réussi à vendre ses pertes comme des investissements promis à de beaux retours. Sachant qu’il s’abstiendra de voter au sujet de cette acquisition pour ne pas risquer le conflit d’intérêts, Elon Musk aura besoin de toute sa magie pour convaincre les actionnaires.

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