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Les trois ombres dans les bons résultats 2018 affichés par Intel

Ridha Loukil , ,

Publié le

Le champion américain des semi-conducteurs Intel affiche des résultats 2018 records avec un chiffre d’affaires supérieur de 6 milliards de dollars par rapport aux prévisions initiales. Mais derrière ce beau tableau se cachent trois ombres inquiétantes pour l’avenir du groupe...

Les trois ombres dans les bons résultats 2018 affichés par Intel
L'usine de puces électroniques d'Intel à Hillsboro, dans l'Oregon.
© Intel Corporation

En apparence, tout va bien dans le meilleur des mondes, pour Intel. Le champion américain des semi-conducteurs, qui compte 107 000 personnes à travers le monde, affiche des résultats 2018 records avec un chiffre d’affaires de 70,8 milliards de dollars, en progression de 13%, et un bénéfice net de 21,1 milliards de dollars, contre 9,6 milliards de dollars en 2017.

Le chiffre d’affaires réalisé en 2018 dépasse de 6 milliards de dollars les prévisions de départ. Mais pas de quoi reprendre la place de

numéro un mondial des puces que le coréen Samsung Electronics lui avait subtilisée en 2017, selon les chiffre préliminaires du cabinet Gartner.

Derrière ce beau tableau se cachent trois ombres qui soulèvent des inquiétudes sur l’avenir du groupe. Les investisseurs l’ont d’ailleurs bien compris. En témoigne la sanction en Bourse avec une baisse de 7% de l’action après la publication des résultats financiers le 24 janvier.

1 - Datacenter, un moteur en panne

Le premier problème concerne l’activité Data Center Group de puces, dédiée principalement aux serveurs, baies de stockage de données et équipements de réseaux. Si elle bondit de 21% sur l’ensemble de l’année 2018 à 23 milliards de dollars, la croissance tombe à 9% au quatrième trimestre 2018. Et la direction n’entrevoit qu’une progression à un chiffre en 2019.

Cette activité constituait jusqu’ici le principal moteur de croissance avec, ces dernières années, des bonds à deux chiffres. Depuis cinq ans, le groupe en fait le pivot de sa stratégie de transformation visant à le libérer de sa dépendance vis-à-vis des PC et en faire une « Data Centric company », une entreprise centrée sur les datacenters, un marché plus lucratif et plus stable que celui des PC. Le chemin parcouru est impressionnant. En quatre ans, la part de l’activité Data Center Group est montée de 28 à 48%, tandis que celle de l’activité Client Computing Group, dominée par les puces pour PC, est tombée de 72 à 52%. Le groupe est tout près de son objectif de basculer son centre de gravité sur les datacenters. Le retournement de perspectives risque de contrecarrer ses ambitions.

Le directeur général par intérim Bob Swan l’explique par l’entrée des opérateurs cloud, grands clients du groupe, dans un cycle de digestion de leurs investissements passés, et la dégradation de la situation en Chine. Intel subit de plein fouet l’impact négatif de la  guerre commerciale entre Washington et Pékin. Le numéro mondial des puces pour PC et serveurs compte de nombreux clients chinois, dont Lenovo, Inspur, Huawei Technologies et ZTE.

Or les Etats-Unis envisagent de restreindre l’exportation de technologies vers des sociétés qu’ils considèrent comme des menaces pour leur sécurité nationale. Dans leur viseur, figure tout particulièrement Huawei Technologies. En cas d’embargo, Intel serait privé d’un client majeur, troisième constructeur mondial de serveurs derrière les américains Dell Technologies et Hewlett Packard Enterprise, selon le cabinet Gartner. Cela pousserait les constructeurs chinois à créer leurs propres processeurs pour équipements de datacenter, comme ils l’ont déjà fait pour les supercalculateurs, ce qui aurait un impact dévastateur sur le groupe américain.

2 - Modems, la dépendance vis-à-vis d’Apple

Le deuxième problème se rapporte à l’activité de modems cellulaires, ces composants clés des smartphones. Ces trois dernières années, Intel a fait un grand bond dans ce domaine grâce à son entrée en 2016 dans la chaine d’approvisionnement de l’iPhone. Dans la dernière génération d’iPhone lancée en 2018, il se targue même d’être le fournisseur exclusif, alors que pour les deux générations précédentes, il partageait le marché avec Qualcomm. Seulement voilà : Apple reste quasiment son unique client pour ce composant qui joue le rôle d’interface radio entre le terminal et le réseau. Une dépendance qui commence à lui jouer un mauvais tour, avec une baisse des commandes d’Apple de 200 millions de dollars au quatrième trimestre 2018 par rapport au quatrième trimestre 2017. En cause : le plongeon des livraisons de l’iPhone de 13,5% selon le cabinet TrendForce. Et le déclin devrait se poursuivre en 2019 avec une baisse de 10%...

L’enjeu de cette activité va au-delà des mobiles. Intel fait des modems 5G des composants stratégiques pour son développement dans les marchés adjacents aux PC et serveurs, comme la voiture connectée, les Wearables, les drones, les robots mobiles ou encore l’Internet des objets. Il a lourdement investi pour rattraper son retard technologique sur Qualcomm, le leader incontesté du marché. Depuis le rachat de cette activité à l’allemand Infineon Technologies en 2011, il y a englouti des milliards et milliards de dollars. Mais sans une base de volume importante dans les mobiles, cette activité aura du mal à être compétitive et rentable.

3 - Mémoires flash, le manque de taille critique

Le troisième problème porte sur l’activité de mémoires non volatiles, notamment de mémoires flash NAND. Intel ne dévoile pas les résultats de cette division secondaire à son cœur de métier. Mais le groupe a bénéficié du cycle haussier exceptionnel qui a marqué ce marché ces deux dernières années. Et cela se matérialise en 2018 avec une hausse de 25% de son chiffre d’affaires dans ce domaine. Seulement voilà : ce cycle de vaches grasses est terminé. Il est en train de laisser place à un cycle de vaches maigres avec son cortège de baisse de la demande et d’effondrement des prix.

Intel a beaucoup investi ces dernières années dans cette activité dont il veut faire le complément de son offre de processeurs pour les datacenters. Il s'est doté de sa propre capacité de production en convertissant son usine à Dalian, en Chine, des processeurs aux mémoires flash NAND et a divorcé de Micron Technology, son ancien partenaire dans le développement et la production de mémoires non volatiles. Il a investi 3 milliards de dollars en 2018 dans cette activité. Et, malgré le retournement du marché, il prévoit de consentir le même effort en 2019 pour conforter son autonomie.

Le problème, c’est qu’Intel n’a pas la taille critique pour tenir la course sur ce marché. Selon le cabinet TrendForce, il reste le plus petit acteur avec moins de 7% du marché mondial, loin derrière Samsung Electronics (35%), Toshiba Memory Corp (19%), Western Digital (15%), Micron Technology (13%) et SK Hynix (11%). Cette activité, très gourmande en investissements de production, demeure en déficit chronique. Une situation qui risque de s’aggraver avec le retournement du marché et l’arrêt du partenariat avec Micron Technology.

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