Les trois impacts majeurs de la vente des mémoires flash de Toshiba

Toshiba a officialisé la vente de ses mémoires flash NAND au consortium mené par le fonds d’investissement américain Bain Capital. Une transaction qui sauve le groupe japonais de la faillite mais qui bouleverse aussi l’électronique mondiale. Analyse des trois impacts possibles.

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Les trois impacts majeurs de la vente des mémoires flash de Toshiba
Usine de mémoires flash de Toshiba à Yokkaichi, au Japon

C’est officiel. Toshiba va vendre ses mémoires flash NAND au consortium Pangea mené par le fonds d’investissement américain Bain Capital pour un montant de 2 trillions de yens, l’équivalent de 18 milliards de dollars. L’accord a été approuvé le 20 septembre 2017 par le conseil d’administration du groupe japonais de l’électronique. C’est un aboutissement très attendu après plus de cinq mois d’hésitations, de tergiversations et de rebondissements. Cette transaction, si elle va jusqu’au bout, devrait avoir trois impacts majeurs.

1- Sauvetage de Toshiba

Pour Toshiba, la conclusion de la vente de ses mémoires flash NAND sonne comme une délivrance. Elle va lui donner les moyens financiers dont il a besoin pour éviter la faillite. Depuis la perte colossale (près de 10 milliards de dollars) de son activité nucléaire aux Etats-Unis, le groupe japonais présente un bilan financier déséquilibré, avec un passif qui dépasse dangereusement l’actif. Avec l’argent frais apporté par la transaction, il espère rétablir l’équilibre en confortant ses fonds propres de 740 milliards de yens et en améliorant son résultat net avant impôts de 1 080 milliards de yens sur l’exercice fiscal à clôturer le 31 mars 2018. Cet assainissement financier est la condition sine qua non pour garder sa place dans la première section de la Bourse de Tokyo et continuer à bénéficier des facilités financières de ses créanciers.

2- Pression sur Samsung

Les difficultés financières chroniques de Toshiba ont beaucoup pénalisé le développement de ses mémoires flash NAND, privant cette activité des investissements et de l’agilité nécessaires pour tenir la course sur le marché. Alors que le groupe japonais est l’inventeur de cette technologie en 1989, il s’est fait littéralement écraser par Samsung. Au point d’être obligé de s’allier en 2000 à l’américain SanDisk (racheté en mai 2016 par Western Digital), partageant ensemble les investissements de développement et de production. Sans jamais parvenir toutefois à briser la domination du géant coréen de l’électronique.

Selon le cabinet d’études de marché TrendForce, Samsung détient aujourd’hui 37% de la capacité mondiale de production de mémoires flash NAND, contre 34% pour l’alliance Toshiba-Western Digital. Le retard du couple nippo-américain est encore plus flagrant dans les puces flash 3D, le segment le plus porteur du marché. Cette technologie ne représente encore que 10 à 15% de leur production, contre 40% pour Samsung.

En se séparant de Toshiba, l’activité mémoires flash NAND va devenir une société autonome, responsable de ses finances et ses investissements. L'infusion de capital des nouveaux actionnaires agira comme un coup d'adrénaline, prévoit TrendForce. Selon le cabinet, il faut aujourd’hui investir 8 milliards de dollars pour créer une usine de mémoires flash NAND d’une capacité de 100 000 tranches par mois. Un investissement hors de portée de Toshiba ou Western Digital.

Avec de nouveaux actionnaires, Toshiba Memory Corp, qui regroupe les mémoires flash NAND de Toshiba, va bénéficier du soutien nécessaire pour accroitre ses capacités de productions et ratrapper son retard dans les puces 3D. De quoi mettre sérieusement la pression sur Samsung. Selon TrendForce, l'effet devrait commencer se faire sentir sur le marché au second semestre 2018.

3. Risque de marginalisation de Western Digital

En tant qu’héritier de SanDisk, Western Digital sort comme le grand perdant. Le géant américain du stockage de données a tout fait pour s’opposer à la vente des mémoires flash NAND à un autre consortium que celui qu’il menait. Il voit tout particulièrement d’un mauvais œil la victoire d’un consortium qui comprendrait SK Hynix, fabricant coréen de puces mémoires, et de l’américain Seagate Technology, son grand rival dans le stockage de données.

Western Digital a mis 19 milliards de dollars sur la table pour racheter SanDisk. Une acquisition stratégique qui devrait lui servir de fer de lance de sa migration des traditionnelles solutions de stockage magnétique de donnée à disques durs vers les solutions de stockage électronique à mémoires flash NAND. Pour cette transformation, il misait sur son alliance avec Toshiba. Avec la sélection du consortium de Bain Capital, ce projet risque de voler en éclats.

Pas sûr que la stratégie d’attaque et d’harcèlement menée contre Toshiba pour l’obliger à choisir son offre produise les fruits escomptés. Jusqu’ici, elle n’a fait que braquer le groupe japonais qui a choisi de ne pas l’associer à son projet d’usine Fab 6 sur le site de Yokkaichi, au Japon. Au risque de le marginaliser et le priver des composants essentiels à sa transformation.

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