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Les tribulations sociales du chinois ZTE à Poitiers

Aurélie Barbaux , , ,

Publié le

L'équipementier télécoms chinois ZTE doit regretter d'avoir choisi Poitiers pour son centre technique européen. Il peine à recruter, mais aussi former, les ingénieurs dont il a besoin.

Les tribulations sociales du chinois ZTE à Poitiers © D.R.

Les jeunes ingénieurs français sont bien difficiles. Certes, ils sont parmi les meilleurs au monde, mais clairement, travailler en Région Poitou-Charentes ne les fait pas rêver. Cheng Lin, vice-président de la division 4 (Europe et Amérique du Nord) de ZTE, l'a appris à ses dépens. Il commence à comprendre pourquoi, lors du choix du site de Poitiers en 2005 pour installer son centre technique européen, tant de personnes sont venues le féliciter et l'encourager !

Présent le 30 novembre dernier à Paris, à l'occasion des dernières Assises du Numérique, il a raconté ses tribulations d'embauche : "À mon offre de recrutement pour embaucher des ingénieurs télécom, je n'ai reçu que 100 dossiers. Sur ces 100, 80 étaient des candidats chinois, 15 des candidats d'origine du Maghreb et seulement 5 Français ! Or les règles de ZTE nous interdisent d'embaucher des chinois à l'étranger. Ils n'ont souvent pas passé les tests requis en Chine (NDLR : sous-entendu, à l'étranger les Chinois achètent plus leur diplôme, qu'ils ne les obtiennent). Quant aux 15 candidats originaires d'Afrique du Nord, on ne peut pas les embaucher."

Pourquoi d'ailleurs ne peut-il pas embaucher cette quinzaine de candidats d'origine nord-africaine ? Cheng Lin n'ose le dire, mais Gilles Babinet, président du Conseil national du Numérique, présent à la même table ronde le fait pour lui "À cause de la directive Guéant !". Celle qui oblige les employeurs français, à justifier qu'ils n'ont pas trouvé de candidats français correspondant à leur poste, lorsqu'ils veulent employer des étrangers. ZTE Kafkaïen !

Qu'à cela ne tienne. Puisqu'il y a un grand pôle universitaire à Poitiers, Cheng Lin décide de mettre en place sa propre formation à l'université. "Je me suis déjà rendu cinq fois sur place. À chaque fois, on me dit que mon projet est formidable, mais rien ne se passe !". Désespérant.

À ces mots, Laure de la Raudière, députée d'Eure et Loir, aussi présente à cette table ronde intitulée "le numérique pour la compétitivité et la croissance", exulte. "La prochaine fois, j'y vais avec vous. On a voté la loi LRU d'autonomie des universités justement pour permettre aux entreprises de monter ce type de formation. Mais il faut des cas concrets pour pointer les problèmes et les lever. C'en est un !."

Devant tant d'enthousiasme, Guy Mamou-Mani, président du Syntec numérique, exulte et lâche une phrase qui sera immédiatement tweetée par l'assistance : "Madame de la Raudière, on devrait vous cloner !". Selon lui, mais ce n'est un secret pour personne, rares sont en effet les parlementaires, voire les politiques, qui ont une telle compréhension des enjeux du numérique et un tel pragmatisme face aux problèmes.

De toute évidence, ZTE n'avait pas pensé à mesurer la sensibilisation des élites politiques françaises aux enjeux du numériques, lorsqu'il a choisi Poitiers.

ZTE à Poitiers
Le fabricant de téléphones chinois est présent depuis 2006 dans la zone du Futuroscope avec un centre de support européen. Mais iI prendra aussi possession d'un centre de recherche et développement fin 2012 dans la même zone géographique. La construction du complexe de 10 000 m2 a débuté le 28 septembre 2011. Onze bâtiments au total dédiés à la recherche, à la formation, mais aussi au logement des cadres et des stagiaires. Selon les informations communiquées par ZTE sur son site français, 700 à 800 des emplois prévus seront attribués à des Européens, et le reste à des cadres chinois.

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2 commentaires

Nom profil

05/12/2011 - 17h47 -

Merci pour votre commentaire.
La technologie a permis de corriger mon impardonnable faute géographique.
Concernant l’orientation de l’article… Il n’y en avait pas d’autre que de faire partager un moment des assises du numérique et de pointer les difficultés d’implanter un centre de R&D à l’étranger. Des difficultés que ZTE n’a visiblement pas anticipées, pensant pouvoir appliquer les méthodes (et les salaires) chinoises en France. Ce n’est point critiquer une Région que de raconter cela.
En revanche, si ce que raconte Monsieur Lin est vrai… il est plus gênant que ses interlocuteurs s’enthousiasment sur son projet de formation… sans que cela ne débouche sur une réalisation concrète. Les lenteurs administratives, restent, apparemment, malheureusement, un mal français.
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Nom profil

05/12/2011 - 15h10 -

Bonjour à tous, Cet article est subjectif et assez orienté. Premièrement, le centre européen de recherche et de développement du groupe ZTE est en cours de construction sur la technopole du Futuroscope à proximité de Poitiers. La Ville de Poitiers n’est pas implantée en Région Centre mais il s’agit de la capitale régionale de la région Poitou-Charentes. Ceci n’est pas trop grave, il ne s’agit que d’une erreur géographique. Le plus embêtant dans cet article est le raccourci entre la situation de ZTE en matière de recrutement et l’extension à une généralité régionale. En effet, ZTE pratique une politique salariale et une culture d’entreprise très particulière. Les salaires proposés aux ingénieurs sont inférieurs de plus de 30 % à compétence équivalente et sur des postes similaires sur le marché du travail français. De plus, les conditions de travail en termes d’outils, d’horaires ou d’hygiène sont pour le moment peu compatibles avec les coutumes françaises. Dans ce contexte, les postes proposés par ZTE intéressent uniquement les chinois et les salariés vivants dans les pays où le niveau de vie est nettement inférieur à la France. C’est pourquoi je trouve votre article assez orienté. Par ailleurs, ce projet d’implantation d’un groupe chinois de cette taille en France est unique. Nous devons espérer que ce projet permettra un échange culturel et une meilleure compréhension pour les journalistes français des enjeux cachés derrière les petites phrases des dirigeants chinois. Je reste à votre disposition pour tout complément d’information.
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