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Les travaux pratiques de l’Andra pour stocker les déchets radioactifs à Bure

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A l'occasion de sa cérémonie des vœux organisée le 18 janvier en Haute-Marne, l’Agence nationale de retraitement des déchets radioactifs (Andra)   a annoncé que le projet de Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) passerait en 2016 du stade de l’avant-projet sommaire à celui des travaux pratiques dans la perspective d’un décret d’autorisation de construction escompté dans deux ans. Mais la perspective de l’enfouissement des déchets hautement radioactifs aux alentours de Bure (Meuse) reste tributaire d’incertitudes budgétaires et d’échéances législatives.


Crédit Daniel Wambach/Andra - Christophe Bouillon, président du conseil d'administration et Pierre-Marie Abadie, directeur général de l'Andra.

Selon l’Agence nationale de retraitement des déchets radioactifs (Andra), le projet de Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) pour l’enfouissement des déchets hautement radioactifs, situé à Bure (Meuse), entre en phase de travaux pratiques. Venus présenter leurs vœux le 18 janvier au centre technologique de Saudron (Haute-Marne), Christophe Bouillon et Pierre-Marie Abadie, respectivement président du conseil d’administration et directeur général de l’Andra, ont détaillé les réformes de gouvernance, les avancées techniques et les rendez-vous législatifs escomptés au cours de la nouvelle année.

Une maîtrise d’ouvrage mieux assumée

"Une nouvelle gouvernance associant les producteurs de déchets permettra un pilotage plus stratégique et un travail technique mieux orienté et mieux cadré", promet Pierre-Marie Abadie, nouveau directeur général de l’Andra.

L’agence a créé une direction du projet Cigéo qui en assure désormais le pilotage global en lien avec les métiers ingénierie et recherche-développement. Cette réorganisation doit lui permettre de passer de l’avant-projet sommaire remis en 2015 à un avant-projet détaillé (APD) dont la restitution est prévue fin 2017.

Le document servira de base à la demande de décret d’autorisation de construction (Dac) dont la délivrance est espérée vers la fin 2021. Selon le scénario le plus court, le début d’exploitation pilote démarrerait fin 2025 pour un enfouissement du premier colis de déchets hautement radioactifs vers 2030.

Cacophonie comptable

Ce calendrier demeure tributaire d’incertitudes financières et d’échéances législatives. L’année a commencé par une cacophonie sur le coût global du projet. Tandis que l’Andra estimait fin 2014 le coût des travaux à 32,8 milliards d’euros sur 30 ans - soit plus du double des évaluations présentées en 2005 -, Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, de l'Energie et des Transports, a fixé le 14 janvier 2016 un objectif de coût de 25 milliards d’euros, plus conforme aux attentes d’EDF.

"L’Andra prend acte de ces objectifs de coûts et s’engage à étudier les économies possibles sans pour autant transiger sur la sécurité. Il est très difficile de comparer le budget de Cigéo, qui inclut la construction, l’exploitation et la fermeture, à d’autres projets comme le tunnel sous la Manche ou une ligne de TGV, qui n’intègrent pas toutes ces composantes", commente sobrement Christophe Bouillon, député (PS) de Seine-Maritime nommé le 24 décembre 2015 à la présidence du conseil d’administration.

Perspectives centennales et réalités immédiates

"Je ne parierais pas un kopeck sur ces évaluations. Il n’est pas raisonnable de présenter la facture alors que le projet n’est pas encore autorisé", affirme pour sa part Bruno Sido, président (LR) du conseil départemental de Haute-Marne.

"Les perspectives à 130 ans nous éloignent des réalités immédiates. Cigéo est un projet dont les entreprises locales ont besoin. Il connaît des lenteurs et des atermoiements et le comité de haut niveau chargé de son suivi ne s’est pas réuni une seule fois depuis trois ans. J’y vois un mauvais signal et j’espère l’intervention d’Emmanuel Macron pour répondre à nos attentes", poursuit Bruno Sido également président de l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques.

Sénateur (LR) de la Meuse, Gérard Longuet a lui aussi placé son intervention sous le signe du consensus politique pour accélérer le projet Cigéo qu’il a ajouté in-extremis en juillet 2015 au projet de loi Macron 2. "Vous êtes socialiste, pas moi. Vous êtes jeunes, je ne le suis plus. Mais nous sommes complémentaires. J’ai parfaitement conscience du caractère forcé de cet amendement, mais il répondait à une évidence politique. J’espère aujourd’hui que le gouvernement trouvera un espace pour débattre du projet de loi Le Déaut sur la réversibilité de l’enfouissement", a lancé l’ancien ministre de la Défense à Christophe Bouillon.

Comme annoncé en août 2015 dans L’Usine Nouvelle, le député (PS) de Meurthe-et-Moselle Jean-Yves Le Déaut a déposé le 10 novembre dernier un projet de loi visant à préciser les modalités de création d’une installation de stockage réversible en couche géologique profonde des déchets de haute et moyenne activité à vie. Ce projet ouvrirait la voie à une mise en service partielle de Cigéo tout en reportant les impératifs de maîtrise foncière de l’Andra, autre talon d’Achille du projet.

Pascale Braun

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