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"Les technologies de sécurité ne sont pas assez utilisées", selon Marc Darmon, président du Conseil des industriels de la confiance et de la sécurité

Hassan Meddah ,

Publié le

Entretien En marge du salon Eurosatory, qui se déroule à Paris-Nord Villepinte du 13 au 17 juin, Marc Darmon, président du Conseil des industriels de la confiance et de la sécurité (Cics) estime qu'il faudrait porter l'effort d'investissement dans les technologies de sécurité à une dizaine de millions d'euros par an pour renforcer la filière. Il est favorable aux lancements de démonstrateurs dans les domaines du bâtiment sécurisé, de la ville intelligente, de la cybersécurité et de la vidéoprotection intelligente.  

Les technologies de sécurité ne sont pas assez utilisées, selon Marc Darmon, président du Conseil des industriels de la confiance et de la sécurité
Marc Darmon
© DR

L'Usine Nouvelle - Sécurité de l'Euro 2016, lutte antiterroriste, salon Eurosatory...La problématique de la sécurité est omniprésente. Vous estimez toutefois que le potentiel des technologies reste largement sous-exploité...

Marc Darmon - La France a une industrie de sécurité forte. Cependant ce que peuvent apporter les technologies par rapport à ce que peuvent simplement apporter les effectifs n’est pas assez valorisée. Les administrations, les organisateurs de grands événements, les opérateurs d’importance vitale (OIV) ne se rendent pas assez compte de ce que peuvent apporter les technologies de sécurité. Quels sont les défis ? Il s'agit de déceler le plus tôt possible la menace, de freiner ou empêcher le passage à l’acte, d'optimiser l’intervention. Pour tous ces sujets-là, il faut certes des gens qualifiés mais les technologies permettent de faire beaucoup et beaucoup plus. D'ailleurs, les plus belles références de nos industriels en matière de grands contrats de sécurité sont en dehors de France.

Comment expliquer une telle situation ?

Il y a beaucoup de PME, de laboratoires de recherche qui ont plein d’idées dans le domaine et qui suscitent l’intérêt des grands donneurs d’ordres. Les technologies foisonnent mais ne répondent que partiellement au véritable défi. Il faut avant tout une vision d’ensemble et ne pas succomber à l’urgence. Quand on veut sécuriser un aéroport ou une ville, il existe plein de technologies performantes : la reconnaissance faciale, la détection de substances chimiques ou de risque biologique, la détection d’événements anormaux….Mais l’approche pertinente, c’est d’analyser de façon globale la menace, les flux de personnes ; d’établir une hiérarchie des risques afin d’en déduire une solution système cible. Dans ce cas, on conçoit un système de sécurité optimisé qui gère l’ensemble du problème. Aujourd’hui, on est plutôt dans la réponse à l’urgence voir la sur-réaction à une technologie qui paraît intéressante et qu’on déploie alors qu’elle n’est que parcellaire.

Vous êtes favorable au lancement de nouveaux démonstrateurs technologiques. Pour quelle raison ?

Ils permettent d’accélérer la maturation du marché. Après le démonstrateur sur les réseaux de radiocommunications professionnels haut débit, nous devons avancer sur les thèmes du bâtiment sécurisé, de la cybersécurité, de la ville intelligente et de la vidéoprotection intelligente… Cela permettrait aux directeurs de sûreté des OIV, des administrations, des organisateurs de grands événements de comprendre ce que la technologie peut réellement offrir. Le financement est clé. On ne peut pas défendre la filière de sécurité avec quelques centaines de milliers d’euros. Il faudrait de l’ordre de 10 à 15 millions par an pour les financer.

La sécurité constitue également selon vous un domaine de souveraineté. La France protège-t-elle suffisamment ses technologies?

Il faut défendre nos technologies critiques de sécurité. Dans le secteur de la défense, un tel travail est réalisé pour s’assurer que les technologies souveraines restent maîtrisées. Le risque dans la sécurité est double. On peut craindre de voir passer nos savoir-faire sous bannière étrangère ou de passer sous la masse critique en termes de développements si les technologies critiques ne sont pas identifiées. Une fois un risque de technologie critique identifié, une décision sur son avenir pourra être prise en connaissance de cause (investissements, abandon, etc.).

Propos recueillis par Hassan Meddah

 

 

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