Transports

Les syndicats veulent une convention collective dans le ferroviaire (mais pas n'importe laquelle)

Olivier Cognasse ,

Publié le

Mouvements sociaux de Sud-Rail et de la CGT-Cheminots depuis une semaine. Préavis de la CGT, de la CFDT et l’UNSA pour une grève illimitée à partir du 31 mai... Pas question pourtant de rompre le dialogue pour les organisations syndicales, qui ont tout intérêt à voir une convention collective émerger des négociations.

Les syndicats veulent une convention collective dans le ferroviaire (mais pas n'importe laquelle)
Gare de Montparnasse
© Vincent Isore/IP3 press;

"Nous avons toujours privilégié les négociations et nous irons jusqu’au bout, prévient Pascal Descamps, secrétaire général de la FGAAC-CFDT des cheminots. Mais nous maintenons notre préavis de grève pour le 31 mai si les choses ne se décantent pas d’ici là."

En fait, le syndicat réformiste parle de deux ou trois points qui restent à négocier et qui trouveront peut-être un accord jeudi 26 mai lors de la dernière réunion avec le syndicat patronal, l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP) - dont "certains membres n’ont jamais fait rouler un train", selon la CGT - et, le lendemain, lors des dernières négociations avec la SNCF

Aujourd’hui, deux négociations sont menées en parallèle pour clore la réforme du ferroviaire avant le 1er juillet. Il s’agit du volet social de la préparation à l’ouverture du marché dès 2020, et même avant si certaines régions le souhaitent. Faute d'accords, ce serait le décret-socle proposé par le gouvernement - dont personne ne veut chez les salariés - qui serait appliqué. La première négociation avec l’UTP concerne la mise en place d’une première convention collective du ferroviaire, qui permettrait d’éviter le dumping social des nouveaux entrants. La seconde est menée avec la SNCF pour améliorer la productivité de l’entreprise face au défi immense qui va se présenter devant elle.

Il s'agit de ne pas reproduire les erreurs du passé, notamment avec le fret. Même si Henry Wacsin, secrétaire fédéral CGT Cheminots, rappelle qu’une étude de l’Union européenne sur la production dans le fret ferroviaire avait montré que les salaires ne représentaient que 8,5% du coût d’une prestation.

Eviter le dumping social

"Nous négocions une convention collective de haut niveau pour éviter le dumping social", rappelle-t-on à la CFDT. Un travail important a permis de faire évoluer l’UTP, qui était partie du décret-socle. Quelques points d’achoppement existent encore sur l’attribution des sillons et sur les repos journaliers, notamment. Selon le syndicat, la SNCF souhaite modifier l’encadrement des repos et cela passe mal. En effet, CFDT et UNSA veulent plutôt défendre le statu quo sur le RH0077 qui réglemente les conditions de travail à la SNCF. A la CGT, on souhaitait aller plus loin que la situation actuelle en proposant les 32 heures. Une position diamétralement opposée à celle de la direction de la SNCF, qui - si elle ne remet pas en cause les repos et les congés -, souhaite apporter davantage de flexibilité pour réduire le différentiel de productivité avec les futurs concurrents. Elle affirme d'ailleurs vouloir conserver 95% du RH007, selon un expert du dossier. 

"Ils veulent passer à deux découchés à la suite au lieu d’un et ajouter une heure de temps de conduite consécutif la nuit (en passant de 6 à 7 heures). Rester la nuit aussi longtemps sans bouger de son poste seul, c’est déjà difficile." Les repos ont augmenté pour rejoindre ceux de la SNCF en passant en cours de négociations de 104 à 117, et les congés de 25 à 28. En outres, les 12 week-ends par an qui avaient déjà cours chez l’opérateur historique ont aussi été intégrés.

Surtout, la CFDT, qui sera prête à signer si les derniers points de friction sont éliminés, assure qu’il n’est pas question dans la réforme du ferroviaire du 4 août 2015 de toucher au statut des cheminots.

Un avis qui n’est pas totalement partagé par la CGT Cheminots. "Le statut est une matière vivante amenée à bouger", rappelle Henry Wacsin, secrétaire fédéral CGT Cheminots. Pour la centrale de Montreuil (Seine-Saint-Denis), l’écart est trop important entre les propositions actuelles du patronat et les demandes des salariés. Le nombre de jours travaillés ne serait pas le même que l’on soit à la SNCF ou chez les opérateurs privés.

Et la CGT ne voudrait pas endosser la responsabilité d’un échec. "Ce n’est pas faute d’avoir demandé à commencer plus tôt les négociations. Et rien n’empêche de poursuivre après le 1er juillet". Mais tous veulent une convention collective, car ils sont bien conscients que l’avenir de la SNCF se joue aussi dans les prochains jours.

Olivier Cognasse

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