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Les syndicats italiens sceptiques sur l'effet des réformes Renzi sur l'emploi

Cécile Maillard ,

Publié le

De passage à Paris pour le congrès de la Conférédation européenne des syndicats CES), les syndicats italiens ne pensent pas que les réformes du marché du travail lancée par le président du conseil italien sont à l'origine de l'amélioration de l'emploi en Italie.

 Maurizio Petriccioli, secrétaire national de la CISL à Paris le 1er octobre - CC Flickr @grazianigio

En Italie, le taux de chômage a légèrement baissé en août, pour s’établir à 11,9% contre 12% en juillet. Il s‘agit du deuxième mois consécutif de baisse, après des hausses en mai et juin, et du plus faible taux depuis deux ans et demi. A l’heure où la France s’apprête à réviser son droit du travail, les réformes du marché du travail de Matteo Renzi seraient-elles en train de montrer leur efficacité ?

En décembre 2014, le président du conseil italien était passé en force, et contre l’avis des syndicats, avait fait voter une réforme, notamment, du contrat de travail. Le CDI est devenu un contrat dont les droits augmentent progressivement durant trois ans. Le licenciement est juridiquement sécurisé. De plus, le fameux article 18 du code du travail, qui obligeait la réintégration d’un salarié injustement licencié, disparait pour les nouveaux embauchés et voit son application restreinte pour les autres.

De passage à Paris pour le congrès de la Confédération européenne des syndicats (CES), Maurizio Petriccioli, secrétaire national de la CISL, un syndicat proche des démocrates au pouvoir, ne croit pas que les réformes Renzi expliquent ce léger mieux sur le front de l’emploi : "Ce ne sont pas les règles du marché du travail ou celles du licenciement, qui peuvent améliorer l’emploi, ce sont la croissance et les conditions économiques". Justement, la croissance 2015 devrait être plus élevée que prévu, à 0,9% au lieu de 0,7%, a récemment annoncé le gouvernement italien.

Effet d'aubaine

Carmelo Barbagallo, secrétaire général de l’UIL (Unione italiana del lavoro), un syndicat plutôt réformiste, lui aussi présent au congrès de la CES, est encore plus critique. Selon lui, les entreprises ont profité d’un effet d’aubaine, une exonération de cotisations sociales pouvant aller jusqu’à 8 000 euros par an pendant trois ans, pour tout recrutement en CDI effectué en 2015. "Non seulement cela pose un problème pour les finances publiques, mais quand ces aides disparaîtront, on risque de voir le chômage repartir à la hausse." Selon lui, l’augmentation des recrutements en CDI s’explique aussi par "la conversion de nombreux CDD en CDI, puisqu’il devient plus facile de licencier les titulaires d’un CDI". Il s’inquiète "des effets pervers de la réforme, d’un taux de chômage qui reste à 12%, le double dans le sud de l’Italie, et dépasse les 40% chez les jeunes. Nous étions contre cette réforme qui retire des droits aux travailleurs et fausse le marché du travail, nous le restons".

La CISL, par la voix de Maurizio Petriccioli, regrette que les réformes Renzi ne se soient pas attaquées "à une politique active de régulation du marché du travail, avec la mise en place de mécanisme pour que l’offre et la demande se rencontrent. La formation n’est pas adaptée aux besoins des territoires, c’est une arme puissante et sous-utilisée pour lutter contre le chômage". Il donne une bonne note à la nouvelle couverture chômage, qui intègre les indépendants et accompagne mieux les chômeurs des secteurs de l’agriculture et de la construction.

La chute du totem

Réformiste, l’UIL a négocié par le passé des accords d’entreprise prévoyant des restructurations parfois lourdes, et se dit très favorable au dialogue social en entreprise, que la France souhaite renforcer. "On ne peut pas nous accuser de ne pas avoir signé des accords qui ont permis de sauver des entreprises. Fiat, qui était au bord de la faillite, a pu rebondir et devenir plus forte grâce à un accord avec les syndicats italiens. Mais avant, nous pouvions éviter les abus, avec cette loi, ils seront possibles".

Aucun des deux syndicalistes ne s’émeut outre mesure de la disparition programmée de l’article 18. Pourtant, depuis des décennies, les syndicats sont descendus dans la rue pour le défendre, tandis que le patronat se battait contre. "En 2013, il n’y a eu que 88 réintégrations en entreprise dues à cet article, note Maurizio Petriccioli (CISL). Il s’agissait surtout d’un symbole, pour les syndicats comme pour le patronat." Un totem que Matteo Renzi a réussi à faire tomber, offrant peut-être aux employeurs italiens ce petit déclic psychologique qui manque aux employeurs français pour reprendre les recrutements.

Cécile Maillard

Lire notre reportage auprès des industriels italiens sur l'effet Renzi, au printemps 2014

 

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