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Quotidien des Usines

Les syndicats dénoncent la souffrance au travail des salariés de Michelin

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Alors que la réorganisation mondiale du groupe Michelin est menée tambour-battant depuis le 1er janvier 2018, les syndicats alertent sur la souffrance au travail des salariés et les "risques psychosociaux". Un expert va être nommé.

Les syndicats dénoncent la souffrance au travail des salariés de Michelin
L'ordre du jour du comité d'entreprise extraordinaire le 14 novembre chez Michelin à Clermont-Ferrand : "les risques psychosociaux depuis la mise en place de la nouvelle organisation dans les secteurs tertiaires".
© D.R.

"Il ne se passe pas un jour sans qu’on m’interpelle pour me dire que ça ne va pas !". Pour Laurent Bador de la CFDT Michelin, comme pour tous ses collègues syndicalistes, rien ne va plus au siège du géant mondial du pneumatique. Les quatre grands syndicats élus au comité d’établissement de Clermont-Ferrand (CFECGC, CFDT, SUD et CGT) ont donc réclamé, dans la matinée du 14 novembre, la tenue d’un comité d'entreprise extraordinaire. A l’ordre du jour : "les risques psychosociaux depuis la mise en place de la nouvelle organisation dans les secteurs tertiaires".

Selon les représentants syndicaux, depuis le lancement le 1er janvier 2018 de la réorganisation mondiale du groupe Michelin, quelque chose ne semble plus tourner très rond chez Bibendum. "Les problèmes de souffrance au travail chez Michelin ne sont pas nouveaux, dénonce la CGT. Mais avec la nouvelle organisation, c’est pire que jamais ! Nous avons remarqué une hausse du nombre de salariés en burn-out très inquiétante. Avant, c’était surtout chez les collègues postés. Aujourd’hui, tout le monde est concerné, y compris les cadres".

"Surcharge de travail"

Même son de cloche à la CFDT. "Nous avons remarqué à travers le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) qu’il existe une véritable détresse psychologique. Et ce, pour deux raisons : soit les cadres sont en surcharge de travail, soit ils ne comprennent plus le sens de leur mission. Avec la réorganisation, les salariés ne savent plus où ils en sont, ni ce qu’ils doivent faire. Il y a une perte de sens dans le travail qui conduit à une détresse de plus en plus perceptible", souligne Laurent Bador. "Si on ne joue pas notre rôle, les choses risquent de tourner mal pour certains", renchérit Jean-Michel Gilles, élu CGT.

Cette sensation diffuse de mal-être ne repose sur aucun chiffre précis. Pas de statistiques écrites noir sur blanc, pas d’étude service par service pour recenser des hausses éventuelles d’arrêts de travail ou de consultations de la médecine du travail. Pourtant, le cabinet conseil en ressources humaines AlteRhego, spécialisé dans la prévention des risques psychosociaux et les interventions en situation de crise, a été mandaté par la direction pour accompagner le personnel dans cette période de mutation profonde. 277 personnes auraient déjà eu recours à leur service depuis avril 2017, soit 2,5 % des salariés concernés. Un chiffre jugé "considérable" par les syndicats mais qui n’aurait "rien d’alarmant" selon la direction qui dit "rester à l’écoute de ses salariés et de leurs représentants".

"Si nous regardons les indicateurs objectifs, nous constatons une certaine stabilité. Au troisième trimestre 2018, le taux d’absentéisme est équivalent à celui de 2017 et il est même inférieur à celui de 2016 et 2015. Mais il est vrai que cette réorganisation est une transformation profonde et qu’elle prend du temps à se construire et à se stabiliser. Nous avons mis en place en système de vigilance pour y faire face", souligne Sophie Belmary directrice des relations sociales chez Michelin France.

Jean-Dominique Senard récompensé pour son management

A l’issue du CE extraordinaire, les syndicats ont réclamé mercredi matin à la direction de Michelin la nomination d’un expert du cabinet Secafi pour sonder l’ampleur du mal dont souffriraient les cols blancs travaillant au siège de Clermont-Ferrand. Une proposition acceptée par la direction. "Nous devons nous revoir avec les organisations syndicales dès la semaine prochaine pour définir la méthodologie de travail", poursuit Sophie Belmary admettant au passage que Michelin a bien "pris conscience de certaines difficultés".

Une situation plutôt schizophrénique pour le leader mondial du pneumatique, dont le gérant Jean-Dominique Senard, vient tout juste de recevoir à Paris le prix de l’Académie des sciences morales et politiques. Une récompense destinée à saluer "son sens du management", apprécié justement pour "son humanité".


Où en est la réorganisation mondiale du groupe ?

En mars 2017, Jean-Dominique Senard, président de Michelin annonçait la totale réorganisation du groupe, un mastodonte de 110 000 salariés dans le monde. Une première depuis 1996 ! Cette révolution interne a officiellement pris effet le 1er janvier 2018, impliquant pour les équipes des changements structurels considérables avec notamment l’apparition de 10 nouvelles grandes régions géographiques "au plus près des marchés" et 14 lignes business. Parallèlement, le groupe Michelin a annoncé en 2017 un plan de départs volontaires en France de 970 personnes qui aurait dû s’échelonner jusqu’en 2021. "Il se trouve que les candidats au départ ont souhaité partir beaucoup plus vite que nous ne l’avions anticipé, souligne le service communication du groupe. Ainsi, depuis octobre, la moitié environ a déjà quitté physiquement l’entreprise, préférant bénéficier de clauses de départs très intéressantes". La réorganisation conjuguée au plan aurait ainsi créé en interne de véritables "trous d’air" dans certains services et une surcharge de travail. "Nous estimons que dans quatre ou cinq mois l’organigramme sera totalement stabilisé", assure Pascale Audibert du service communication.

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