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L'usine Agro

Les sucriers français en ordre de marche pour la fin des quotas

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

Face à la libéralisation du marché européen du sucre à partir du 1 er  octobre, les sucriers français se disent prêts. Avec des stratégies proches, mais pas similaires, pour conquérir de nouveaux territoires.

Les sucriers français en ordre de marche pour la fin des quotas
Le marché européen du sucre sera libéralisé à compter du 1er octobre.
© Gaëlle Fleitour

Confiants ! Chez Tereos, numéro un français et trois mondial du sucre (marque Beghin Say), comme chez son concurrent Cristal Union (marque Daddy), pas question de montrer des signes d’inquiétude face à l’échéance du 1er octobre, qui constituera une petite révolution dans le secteur. Contingenté jusqu’ici par des quotas de production, le marché européen du sucre sera libéralisé : les industriels européens ne seront plus limités dans leur production de sucre de betterave et pourront exporter, mais seront concurrencés par le sucre de canne brésilien.

Des investissements industriels pour soutenir la production

Une révolution que les entreprises du secteur ont eu le temps d’anticiper, et dont on compte bien tirer parti côté français. Tereos et Cristal Union ont augmenté l’an dernier de 25% leurs plantations de betteraves dans l’Hexagone, en recrutant chacun de leur côté plus de 700 producteurs, pour frôler les 13 000 cultivateurs chez Tereos, et 10 000 chez Cristal Union. Et qui dit augmentation de la récolte, dit investissements dans les outils industriels pour assurer leur transformation en sucre blanc. Chez Tereos, ce sont 600 millions d’euros qui ont été investis en quatre ans dans les usines. Cristal Union a engagé pour sa part 98 millions d’euros rien que l’an dernier.

Miser sur de bons résultats engrangés l'an dernier

Des montants d’autant plus faciles à débloquer que les deux entreprises ont connu une bonne campagne 2016-2017. Chez Cristal Union, le chiffre d'affaires a atteint 2,5 milliards d'euros, en hausse de 49% mais à relativisé car calculé exceptionnellement sur un exercice de seize mois, et un résultat net de 133 millions d'euros. Fini le rouge pour Tereos, qui a engrangé 107 millions d’euros de bénéfices pour un chiffre d’affaires de 4,81 milliards d’euros, en croissance de 15%.

A la conquête des pays émergents

Mais leurs marchés ne se trouvent plus en France. Sur le Vieux Continent, des parts du gâteau restent à prendre, estiment-ils. Procédant aussi bien à des rachats ou implantations de filiales commerciales, que des investissements dans des sites de production locaux. Tereos s’est bien installé au Royaume-Uni, quand Cristal Union se focalise sur le bassin méditerranéen (voir notre reportage).

Avec la fin des quotas et l’accroissement de la production par les acteurs européens dans leur ensemble, ce sont 3 millions de tonnes supplémentaires de sucre qui devraient débouler. La moitié seulement sera consommée par l’Europe. D’où vient désormais la quasi-totalité de la croissance de la demande en sucre ? Des pays émergents, assure Alexis Duval, le président du directoire de Tereos. Cristal Union a donc investi avec un partenaire local dans une raffinerie en Algérie, déjà rentable au bout d’un an, pour servir le marché algérien et les pays du Sahel. De son côté, Tereos a racheté au groupe brésilien Petrobras sa part dans leur joint-venture au Brésil, devenant ainsi le troisième acteur de sucre de ce pays, dont les cannes nourrissent la moitié des exportations totales de sucre à travers le monde.

Du sucre mais pas que...

Nos français ne veulent pas seulement être considérés uniquement comme des sucriers sur un marché mondial qui progresse au ralenti (+1,9 % l’an dernier). Leur atout, se diversifier en misant sur les coproduits du sucre. Chez Tereos, l’activité sucre et produits sucrants ne représente ainsi plus que la moitié des ventes. Avec Cristal Union, tous deux misent sur leurs ventes dans l’alcool et l'éthanol, et se renforcent actuellement dans les activités de déshydratation de pulpe de betterave et de luzerne, prisée en nourriture animale. Tandis que le numéro un français table toujours sur la transformation de céréales en amidon, son concurrent expérimente des projets de chimie végétale.

Gaëlle Fleitour

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