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Les start-up russes rêvent du monde

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Contrairement à leurs aînées qui restent positionnées sur le marché intérieur, en expansion, les jeunes pousses russes du numérique veulent trouver des débouchés à l’international.

Les start-up russes rêvent du monde

Le 7 avril, l’accélérateur moscovite DI Telegraph a officiellement ouvert ses portes dans l’emblématique immeuble des postes et télécommunications de l’ex-URSS, un espace en béton de 2 000 mètres carrés avec 9 mètres sous plafond. Tout un symbole. L’Anglais Simon Dunlop, le fondateur de l’éditeur d’apps mobiles Dream Industries, a décidé d’y installer ses équipes et de l’ouvrir à de jeunes pousses du numérique. Objectif : les aider à se développer, notamment à l’étranger. Avec 140 millions d’habitants, la Russie reste un marché confortable pour les grandes entreprises historiques du logiciel et les quelques géants du web, qui ont peu essayé de sortir du pays. La nouvelle génération de pépites, elle, envisage son avenir au-delà des frontières nationales. À l’ouest ou à l’est.

Le numérique russe bouge. Selon l’association Russoft des éditeurs et sociétés de services russes, la Russie comptait 2 300 start-up dans le secteur des apps mobiles en 2012 sur un marché qui devrait représenter 1,3 milliard de dollars en 2016. La moitié des Russes (70 millions de personnes) sont internautes. Et en 2012, 150 investisseurs en capital-risque étaient actifs pour un volume d’investissements de 800 millions de dollars. "Il n’y en avait pas plus d’une vingtaine il y a tout juste cinq ans", rappelle Adrien Henni, le rédacteur en chef du site spécialisé East-West Digital News. Le potentiel du marché intérieur permet, bon an mal an, aux start-up de se développer sans passer par l’international.

"Le marché russe n’est pas si gros et n’est plus en croissance, relativise toutefois Valentin Makarov, le président de Russoft. Pour les petites structures, il n’est plus aussi intéressant de s’y consacrer exclusivement." C’est pourquoi DI Telegraph veut les aider à se préparer à l’international. "Elles doivent apprendre à communiquer pour que la Russie et le reste du monde sachent qu’elles existent, et penser leur produit dès le départ pour l’exporter", insiste Simon Dunlop. La présence sur d’autres marchés augmentant aussi les possibilités de levées de fonds.

Yota Devices, l’exemple à suivre

Le fabricant de smartphones à deux écrans (LCD d’un côté, liseuse de l’autre), Yota Devices, est emblématique de l’appétence des jeunes entreprises russes pour l’international. Son PDG, Vladislav Martynov, a travaillé chez Microsoft, aux États-Unis, et a dirigé SAP Russie. Pas étonnant que, dès le départ, il ait façonné son entreprise pour l’international. Il a des bureaux à Singapour et en Allemagne, et un centre de recherche en Finlande qui emploie d’anciens ingénieurs de Nokia. Il vend ses YotaPhone en Russie et dans sept pays de l’Union européenne. Bientôt quinze, en ajoutant le Moyen-Orient, et sans doute les États-Unis et l’Asie. L’éditeur de logiciels de sécurité Kaspersky Labs avait lancé ce mouvement d’ouverture du numérique russe il y a déjà longtemps. Le complexe de recherche moscovite Skolkovo, au concept proche de Sophia Antipolis, y participe aussi. Il accueille un millier de personnes et, malgré force rumeurs de problèmes de financement, conserve ses partenariats avec EADS et Schneider Electric. Il possède aussi une antenne dans la Silicon Valley, près de son partenaire, le MIT.

Des clones des géants californiens du web

À l’exception de ces rares exemples, le secteur reste peu visible à l’international. La Russie compte des grands éditeurs et sociétés de services comme les SSII Epam et Reksoft. Mais Valentin Makarov explique qu’elles exportent de moins en moins : "Dans les années 2000, l’export représentait 40% du chiffre d’affaires des logiciels et services russes. Mais depuis la crise de 2008, cette proportion est en chute libre et s’est stabilisée à 16% depuis 2012." Quant aux acteurs du web, ils sont à peine plus ouverts.

Comme la Chine, la Russie dispose de ses propres géants. Quasiment aussi anciens que leurs homologues californiens, dont ils empêchent la progression sur leur territoire. La Russie a son Google, son Facebook, son Amazon, son Yahoo ! Il s’agit du moteur de recherche Yandex, des réseaux sociaux VKontakte et Odnoklassniki ou du groupe d’e-commerce Ozon. Sans oublier le conglomérat Mail.ru, sa messagerie électronique, ses news, ses blogs, ses jeux…, qui est majoritaire au capital d’Odnoklassniki et de VKontakte.

"Tous ces acteurs se sont lancés comme des copies conformes, en russe, des américains. VKontakte, par exemple, est un vrai clone de Facebook, jusque dans sa couleur", raconte Bartolomeo Banche, le responsable du centre d’expertise technologies, médias et télécoms du BCG en Russie. Même Yandex, né en 1997 comme Google, aurait adopté ces évolutions. Russophone, il est cependant l’un des rares à avoir tenté l’aventure hors de sa zone de confort. Sans succès. "Il a essayé l’Amérique latine, puis la Turquie. Le démarrage y est trop lent et il a levé le pied, raconte Adrien Henni. Pas facile de concurrencer Google là où il est déjà installé !" Mail.ru, lui, se risque sur le territoire américain depuis 2013, avec des jeux en ligne. Les deux russes sont aussi cotés : au Nasdaq pour Yandex, à Londres pour Mail.ru.

Ozon préfère se battre pour conquérir les internautes russes jusque dans les campagnes. "La Russie est devenue le plus gros consommateur européen d’e-commerce, devant l’Allemagne", insiste sa PDG, Maëlle Gavet. Et pourtant, le terrain n’était pas favorable : infrastructures télécoms peu développées hors des grandes métropoles, service postal inefficace et habitude russe de ne payer qu’à la livraison. La jeune Française qui dirige Ozon depuis près de trois ans a transformé l’entreprise en développant sa logistique propre. Elle a installé un entrepôt central, cinq hubs en régions et surtout 2 200 points de collecte réservés à ses clients. Et pas question de se développer ailleurs que dans les pays russophones, là où ses concurrents – le chinois Alibaba et l’américain Amazon – sont trop bien implantés. Maëlle Gavet propose, a contrario, des projets clés en main d’e-commerce, avec sites web et logistique, à des marques étrangères qui veulent cibler la Russie sans s’y installer. Un service qu’Ozon teste actuellement avec un client avant de le commercialiser au deuxième semestre. Une autre façon de s’ouvrir à l’international.

Le potentiel russe

  • 70 millions d’internautes (57% de la population adulte)
  • 16,5 milliards de dollars (+ 27%) pour l’e-commerce en 2013
  • 17% des internautes achètent en ligne tous les mois en 2012

Les têtes de pont 

Yandex

Leader sur son marché

  • Activité Moteur de recherche
  • Chiffre d’affaires 267 millions d’euros en 2013
  • Effectif 4 900 personnes

Après des développements entamés en 1994, le moteur de recherche a été lancé en 1997, comme Google. Il revendique 62% de parts de marché, loin devant l’américain. En 2011, Yandex s’est introduit avec succès sur le Nasdaq.

Yota Devices

Pionnier du mobile russe

  • Activité Smartphones
  • Chiffre d’affaires NC
  • Effectif 80 personnes

Créé en 2012, le fabricant de smartphones est le premier du genre en Russie. Il sortira son deuxième YotaPhone fin 2014. R & D en Finlande, distribution dans toute l’Europe, open innovation, dirigeant passé par Microsoft : Yota est un modèle d’ouverture pour son pays.

Ozon

Le pragmatique

  • Activités E-commerce, logistique, services
  • Chiffre d’affaires 361 millions de dollars en 2012
  • Effectif 2 254 personnes

L’Amazon russe mâtiné d’Expedia déploie depuis trois ans un réseau logistique pour atteindre les populations isolées de Russie. Dirigé par une jeune Française, le groupe va proposer un service destiné aux acteurs étrangers souhaitant toucher le marché russe. Une façon de s’ouvrir à l’étranger.

Mail.ru group

Le géant russe du net

  • Activités Portail web, messagerie, blogs, jeux en ligne
  • Chiffre d’affaires 554 millions de dollars
  • Effectif plus de 3 000 personnes

Ce groupe réunit des plates-formes de blogs, de sites web, de news, de chat, de messagerie et détient la majorité des deux plus grands réseaux sociaux russes. Il appartient à l’homme le plus riche de Russie, Alicher Ousmanov, également actionnaire de Facebook, Zynga, Groupon.

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