LES SENIORS, REMPART CONTRE LES PENURIES.

Pour faire face aux départs massifs à la retraite à partir de 2004, les entreprises commencent à revoir leur politique de recrutement. Mais elles devront aussi faire travailler leurs salariés plus longtemps.

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Près d'un tiers de ses salariés partiront à la retraite d'ici à 2012 - soit 90 000 des 310 000 employés : dans les prochaines années, La Poste sera particulièrement frappée par les effets du " papy-boom " auxquels viendra s'ajouter le turn-over classique, estimé à 50 000 personnes sur la période. " Il n'y a pas péril en la demeure mais il nous faut anticiper ", souligne Jean-Paul Camo, directeur du développement des compétences, de l'emploi et des ressources de l'entreprise publique. Début mars, La Poste a donc lancé un cycle de négociations - qui doit aboutir d'ici à la fin de l'année - avec ses six organisations syndicales sur les futurs recrutements, la promotion interne et l'évolution des compétences.
Le recrutement des jeunes diplômés ne suffira pas
Dans les mois qui viennent, nombre d'entreprises devraient emboîter le pas à La Poste. Selon une étude menée par le ministère de l'Emploi, le taux de départs à la retraite devrait, en effet, quasiment doubler d'ici à 2010 et " les embauches représenteraient 3 % de l'emploi total par an, contre 1,3 % pour la période 1995-2000 ". Première piste pour faire face à ces besoins : le recrutement de jeunes diplômés. Mais ce ne sera pas suffisant. Et les regards se tournent désormais vers les seniors, ces salariés de 50 ans et plus qui pourraient constituer une réserve de compétences dans les années à venir. " Le simple effet démographique entraînerait une baisse de 10 % des actifs de moins de 25 ans dans les dix prochaines années et une hausse de 35 % des 55 ans et plus. (...) L'essentiel est bien de convaincre les entreprises et les administrations de maintenir dans l'emploi les salariés les plus anciens ", souligne ainsi Bernard Quintreau, membre du Conseil économique et social dans un rapport intitulé " Ages et emploi à l'horizon 2010 ", remis la semaine dernière à la ministre de l'Emploi, Elisabeth Guigou.
La balle est aussi dans le camp des Pouvoirs publics
Or, jusqu'à aujourd'hui, sous l'effet des programmes de préretraite et des difficultés de trouver un emploi au-delà de 55 ans, le taux d'activité des seniors n'a cessé de baisser. " En France, seulement 32 % des salariés qui partent à la retraite quittent un emploi. Les autres - 68 % donc - connaissent la préretraite (21 %), le chômage (29 %), bref, un effritement de la fin de leur vie professionnelle ", note le Lab'Ho (groupe Adecco) dans une étude sur " Les entreprises et les "quinquas", regards croisés ", rendue publique le 21 mars. C'est donc un changement en profondeur qui s'amorce dans les entreprises pour maintenir plus longtemps les salariés en activité. Si Bernard Quintreau préconise la disparition progressive des préretraites, Elisabeth Waelbroeck-Rocha, directrice générale du Bipe, invitait, lors d'un débat organisé la semaine dernière par l'association Réalités du dialogue social, les directions des ressources humaines à réfléchir à la pénibilité et à l'organisation du temps de travail. Mais la balle est aussi dans le camp des Pouvoirs publics. L'Union européenne s'est, lors du récent sommet de Barcelone, fixé comme objectif de repousser à 63 ans l'âge moyen de la retraite, contre 58 ans actuellement. Un projet qui, sans doute, alimentera la rencontre du 2 avril prochain entre Elisabeth Guigou et les partenaires sociaux sur les " salariés âgés ". Agnès Laurent

L'Usine Nouvelle N°2817 du 21/03/2002

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