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L'Usine Santé

Les secrets de beauté de LVMH

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Publié le

Pour Dior, Givenchy ou Guerlain, les cosmétiques de demain s'inventent, au coeur du Loiret, dans le centre R et D de LVMH. Jouant les chefs d'orchestre, le groupe de luxe a tissé un réseau entre ses 260 chercheurs et plus de 150 universités ou scientifiques internationaux.

- 260 chercheurs, dont 230 à Saint-Jean-de-Braye, (Loiret) .

- 300 brevets actifs, 20 brevets déposés en moyenne chaque année.

- 1 200 produits lancés chaque année, dont 120 issus d'études cliniques d'efficacité.

- 4 millions d'euros investis en 2010 en équipements (+ 10 % par rapport à 2009).

- Budget annuel de R & D Non communiqué.

Christian Dior, Givenchy, Guerlain... C'est à une dizaine de kilomètres au sud d'Orléans, dans la cité boisée de Saint-Jean-de-Braye (Loiret), que se joue l'avenir des prestigieuses marques de cosmétiques du groupe LVMH. Dans un bâtiment des années 1970, accolé à l'usine Dior, 230 scientifiques s'activent sur les paillasses. Une centaine de chercheurs et 140 techniciens, répartis dans douze départements (biologie et histochimie, matériaux et technologies, galénique et vectorisation...), conçoivent les quelque 1 200 soins de la peau, parfums, maquillages et dérivés parfumants, qui sont lancés chaque année par les marques du groupe. Leurs principaux axes de recherche ? Les cellules souches de l'épiderme, les antioxydants, les aquaporines (pore membranaire) ou encore l'ethnobotanique.

Pour asseoir ses créations sur des bases scientifiques aussi solides que possible, le numéro 1 mondial du luxe a mis en place un « processus d'innovation ouvert », qui combine les compétences internes de ses chercheurs et celles de ses 150 partenaires internationaux. Universités, laboratoires privés et sous-traitants forment un véritable « tissu » stratégique pour le groupe de Bernard Arnault. « Le financement de ces collaborations représente plus de 15 % de notre budget de R et D », souligne Eric Perrier, le directeur de la R et D de LVMH Parfums et Cosmétiques depuis 2005. 

RECRUTER EN DIRECT LES MEILLEURS SPÉCIALISTES

Pour procéder à ce maillage, LVMH n'hésite pas à créer lui-même l'événement, à l'image de son Symposium annuel ou du Forum international Afrique et beauté (Fiab), orchestré chaque année par le groupe de luxe. Objectif : recruter directement les meilleures têtes pensantes sur ces sujets. La décision de travailler avec un partenaire peut, parfois, être très rapide. « En quelques jours seulement, nous établissons des relations sur une durée de trois à quatre ans », indique Eric Perrier.

LVMH reste toutefois le maître à bord. Il définit ses propres axes de recherche et propose à ses partenaires d'y collaborer. Basé au Burkina Faso, Marc Olivier a été contacté en 1997, après avoir fait sa thèse dans le groupe sur les plantes de Nouvelle-Calédonie à vertus cosmétiques. « A la fin de mon doctorat, ils m'ont proposé de travailler pour eux en Afrique de l'Ouest, connue pour sa grande diversité végétale, afin de mettre à profit mes connaissances ethnobotaniques », explique Marc Olivier, qui a fondé la société Bio Consult.

Certains scientifiques n'hésitent pas à proposer leurs services directement à LVMH. C'est le cas de Bertrand Friguet, professeur de physiologie cellulaire, d'abord à l'Institut Pasteur, puis à l'université Pierre et Marie-Curie depuis 2007. « Je travaillais sur le vieillissement cellulaire et les modifications oxydatives des protéines, mais j'avais besoin de financement », explique ce scientifique de 52 ans, qui travaille pour LVMH depuis 1998 avec des contrats annuels de 10 000 à 40 000 euros. 

UNE COLLABORATION ÉTROITE AVEC LA COSMETIC VALLEY

Le groupe s'appuie également sur les compétences du pôle de compétitivité de la Cosmetic Valley, basé à Chartres (Eure-et-Loir). Il fait partie, entre autres, du projet « Tout naturel » initié en 2007, qui vise à remplacer certains éléments chimiques des cosmétiques par des ingrédients naturels et non toxiques. « Il n'y a pas un donneur d'ordres qui domine ses partenaires », assure Christophe Masson, le directeur scientifique du pôle, voulant visiblement déminer tout soupçon de domination du colosse du luxe sur le pôle. Cosmetic Valley regroupe 600 entreprises, dont 80 % de PME. Dans le cadre du projet « Tout naturel », les laboratoires de l'université d'Orléans sont chargés d'extraire et d'isoler les molécules, la société Adonis fabrique les ingrédients avec lesquels LVMH fait ensuite ses propres formulations. Un investissement de 4,4 millions d'euros sur quatre ans a été consacré à ce programme, dont 1,1 million d'euros par LVMH.

Etablir des partenariats suppose aussi de résoudre le délicat problème du partage des propriétés intellectuelles, et des retombées financières. « LVMH est le commanditaire des études. Il dépose les brevets et en assure la pérennité. Nous apparaissons comme inventeurs », explique Bertrand Friguet, dont les études sur la stimulation du protéasome (NDLR : élément cellulaire qui dégrade les protéines dénaturées) ont permis le dépôt de trois brevets depuis 2001. Mais les accords se décident souvent au cas par cas. « LVMH ne peut pas protéger la découverte d'une plante. Si le groupe ne l'utilise pas au bout de quatre à cinq ans, je peux m'en servir pour quelqu'un d'autre », confie Marc Olivier, qui a identifié en 2003 un extrait d'écorce d'arbre, « anogeissus leiocarpus », agissant sur la fermeté de la peau.

Dans un groupe comme LVMH, recherche et marketing sont évidemment étroitement liés. « Les responsables des marques nous font part de leurs besoins », reconnaît Eric Perrier, le directeur de la R et D. Après des « briefs marketing », une centaine de formulateurs élaborent les crèmes et les maquillages à partir des molécules actives identifiées par les équipes internes ou externes. Ce qui peut susciter parfois des compétitions entre les marques, qui disposent de quelques semaines seulement pour se positionner. La marque qui est retenue bénéficie d'une exclusivité de deux ans par rapport à ses soeurs. « En cinq ans, nous avons dû arbitrer seulement dix fois entre les marques. Généralement, nous savons très rapidement à qui profitera le mieux l'innovation proposée », assure Eric Perrier. Christian Dior se réserve les produits sophistiqués et high-tech, Guerlain se garde les gammes plus naturelles et florales, et Givenchy adopte les lignes plus « médicalisées » et les innovations techniques.

CONSERVER LA FINESSE DE L'ÉMULSION

La phase de préindustrialisation - dernière étape avant la mise sur le marché - est aussi gérée par le service R et D. Elle est décisive car elle permet de s'assurer que le produit peut être fabriqué dans des conditions industrielles. Tout en conservant une caractéristique essentielle : la finesse de l'émulsion. « Elle joue un rôle clé dans l'efficacité du produit, et notamment dans la pénétration des ingrédients », insiste Eric Perrier. Les équipes travaillent avec des outils similaires à ceux utilisés en usine, mais à échelle réduite : des cuves d'émulsions de 50 à 100 kg, contre 500 kg à deux tonnes dans les ateliers. Après six mois de tests en moyenne, les premières productions peuvent être lancées dans l'une des cinq usines de cosmétiques (Chartres, Orphin, Beauvais, Saint-Jean-de-Braye et Vervin) que compte LVMH en France. Reste à réussir le lancement commercial. Présenté comme révolutionnaire il y a deux ans, le premier soin Christian Dior ciblant les cellules souches, n'avait pas été un franc succès...

Cellules souches et nouveaux matériaux

Les équipes de biologie et d'histochimie de LVMH ont fait des cellules souches un axe prioritaire de recherche. « Elles sont à la base de la différenciation cellulaire. Leur protection est capitale pour retarder les effets du vieillissement », explique Eric Perrier, le directeur de la R et D de LVMH Parfums et Cosmétiques. Dix années de recherche, en coopération avec les universités de Stanford (Etats-Unis) et de Modène (Italie), ont été nécessaires pour isoler et développer un dérivé phosphaté de la vitamine E, qui agit sur la protection des cellules souches de la peau. Ces études ont débouché sur le lancement début 2010 de la gamme Christian Dior One Essential. Autre axe important d'innovation : le groupe propose régulièrement d'autres techniques d'utilisation de ses produits, comme récemment le mascara boule de Givenchy ou le spray poudre de Guerlain. Sans oublier les nouveaux matériaux, comme les microbilles de verre utilisées dans le rouge à lèvres Dior Addict Ultra Gloss (photo). Cette technologie, qui procure « un effet miroir », est directement inspirée des propriétés réfléchissantes... des panneaux routiers.

30 millions d'euros pour "Helios"

C'est le montant débloqué par LVMH pour la construction de son centre de recherche dédié aux parfums et aux cosmétiques, qui devrait voir le jour en septembre 2012. Baptisé « Hélios », il comprendra 17 000 m2 de laboratoires et de bureaux, sur un terrain de 55 hectares. Le site, basé à Saint-Jean de Braye (Loiret), sera situé à quelques centaines de mètres de l'usine Christian Dior Parfums. Dans un premier temps, il rassemblera toutes les équipes R et D des marques Dior, Givenchy et Guerlain et devrait ensuite s'ouvrir à d'autres filiales de LVMH, comme Kenzo ou Benefit. Le groupe Eiffage Construction et Arte Charpentier Architectes assurent la conception et la réalisation de ce projet immobilier, inscrit dans un processus de certification HQE (haute qualité environnementale).

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