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L'Usine de l'Energie

Les scénarios pour une transition nucléaire à l'horizon 2035

Aurélie Barbaux , ,

Publié le

2030 ? 2035 ? Nicolas Hulot s'interroge sur la meilleure échéance pour réduire la part du nucléaire à 50% dans le mix électrique français. RTE, qui s’est plié à la demande du législateur à l’exercice périlleux de la prospective, lui fournit quatre scénarios à 2035 pour l'aider à décider.

Les scénarios pour une transition nucléaire à l'horizon 2035 © Philippe Put - Flickr - C.C.

Perspective 2017-2035, c’est le nom du bilan prévisionnel sur le mix électrique français réalisé par RTE (Réseau de transport d’électricité). C’est une demande du législateur. C’est aussi une première pour le transporteur français d’électricité. Car s’il est rompu à aux prévisions à court et moyen termes, notamment l’évolution de la consommation ou de la capacité du réseau à passer le prochain hiver, établir des scénarios à 20 ans n’est pas dans ses habitudes. Alors RTE a décidé de mobiliser plus de 100 collaborateurs pour l'exercice qui a nécessité quelque 50 000 simulations.

Plus de fermeture de centrale avant 2020               

Mais avant de se projeter à 2035, RTE s’est d’abord arrêté en 2020, puis en 2025. Résultat, après avoir fermé son parc fioul, la France dispose d’un parc de production ajusté à la consommation. En clair, cela signifie qu'elle n'a plus de marge de manœuvre avant 2020. La France ne pourra pas fermer d’autres moyens de production sans risquer de dégrader la sécurité d’alimentation, prévient RTE. Les surplus d’électricité durant l’hiver ne seront que de 300 MW en 2018-2019 et 500 MW en 2019-2020. Il faudra attendre l’hiver 2020-2021 pour retrouver une marge de 3100 MW sans action sur le parc, ou 2200 MW sans le charbon. Il sera alors possible d’envisager sereinement l’arrêt des réacteurs nucléaires de plus de 40 ans.

Choisir entre charbon et nucléaire en 2025

RTE a ensuite modélisé la réduction de la part du nucléaire à 50% dans le mix électrique français en 2025, comme le prévoit la loi pour la transition énergétique et la croissance verte de 2015. Cela serait possible mais au prix d’un quasi doublement des émissions de CO2 (42 mégatonnes contre 22 Mt en 2016), a calculé RTE. Car pour compenser les 22 GW de capacités de production nucléaire manquantes, il faudrait non seulement maintenir les centrales à charbon en activité mais ajouter 11 GW de centrales à gaz. Et ce malgré une augmentation de la part des énergies renouvelables (EnR) de 16% à 34%. Une option que Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique est solidaire a décidé de ne pas retenir, préférant prendre le temps de trouver une meilleur échéance pour réduire la part du nucléaire dans le mix.

50 % de nucléaire en 2035 possible...

Lui faudra-t-il attendre 2035 ? Le scénario "Ampère" de RTE montre qu’à cette date il serait possible de ramener la part du nucléaire à 46% et celle du thermique à 4% tout en réduisant les émissions de CO2 à 12 Mt et en accueillant 15,6 millions de véhicules électriques se rechargeant sur le réseau, "mais pas pendant les pics de consommation", prévient François Brottes, le président de RTE. Le scénario table sur une consommation stable comparée à 2016. Elle serait d’environ 480 TWh, avec 72,1 millions de consommateurs, contre 64,6 millions en 2016, mais avec 700 000 rénovations énergétiques de bâtiments par an contre 400 000 actuellement.  

Pour compenser le nucléaire, il faudrait porter la puissance installée d’EnR à 149 GW contre 46 GW en 2016, sachant que l’hydroélectricité est quasi stable à 26 GW. La puissance installée du solaire devrait d’ici là être multipliée par sept pour passer de 6,7 GW à 48 GW, afin de produire 58 TWH par an. Côté éolien, il faudrait plus que doubler le nombre d’éoliennes terrestres et ajouter 2200 éoliennes offshore pour atteindre 77 GW installés produisant 162 TWh, contre 11,7GW produisant 20,9 TWh en 2016. Ce scénario, qui implique la fermeture de 16 réacteurs nucléaires de 900 MW, table aussi sur un doublement des échanges en import comme en export d’électricité avec nos voisins européens. Il mise surtout sur un prix du carbone à 108 euros la tonne !

... Même à 32 euros la tonnes de CO2

Si la tonne de CO2 n’est que de 32 euros, et toujours avec un PIB augmentant de 2% comme dans le scénario Ampère, il serait possible de ramener la part du nucléaire àn 47%, mais en fermant 25 réacteurs de 900 MW et 1300 MW et les centrales à charbon, montre la scénario Hertz de RTE. Car, avec la même prévision de consommation (480 TWh/an) sans prix fort pour le carbone, la part du thermique restera à 8 % et la puissance installée des EnR ne dépassera pas 116 GW, pour une production de 243 TWh. Les émissions de CO2 ne seraient réduites que 3 Mt (19Mt) par rapport à 2016 (22 Mt). Sachant que les scénarios de RTE prennent en compte les baisses d’émissions due au changement d’usages, notamment vers la mobilité électrique (-19 Mt environ).

Arrêter les centrales  de 40 ans aussi

Les deux autres scénarios de RTE pour 2035 tablent sur une croissance du PIB limitée à 1,5%, avec une consommation de 442 TWh, 69,2 millions de consommateurs et 5 ou 8,3 millions véhicules électriques. Avec un prix du CO2 à 32 euros la tonne, le scénario Volt montre qu’il serait possible de ramener les émissions de CO2 à 9 Mt, mais en ne fermant que 9 réacteurs nucléaires de 900 MW, soit en conservant 56% de nucléaire dans le mix électrique, contre 72% aujourd'hui, pour 40% d’EnR.

Le dernier scénario Watt proposé par RTE montre lui que, si la France ferme son parc nucléaire à 40 ans, le nucléaire représenterait toujours 11% du mix, mais le thermique aurait grimpé à 18%, et les émissions de CO2 à 32 Mt par an et ce malgré un prix du carbone à 108 euros la tonne.

« Trop de nucléaire tue le nucléaire »

Il ne s’agit bien que que de scénarios, mais RTE insiste sur le nombre de paramètres utilisés pour faire tourner ses simulations (autoconsommation, effacement, production et consommation des voisins européens…), et notamment les données économiques, qui seront précisées lors de la publication complète du bilan prévisionnel. Elles sont pourtant indispensables à la prise de décision et à la lecture des scénarios. Sachant, de plus, que dans tous les cas, ces scénarios impliqueront des investissements de l’ordre de 8 à 15 milliards d’euros dans le réseau, prévient RTE. Par exemple, pour le scénario Volt, Francois Brottes, président de RTE, commente : "Trop de nucléaire, tue le nucléaire. S’il y a trop de capacités d’exportation, cela pénalise les prix de marché." A bon entendeur. 

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