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"Les satellites électriques vont marquer une véritable révolution", affirme Jean-Yves Le Gall

Hassan Meddah ,

Publié le

Entretien A l'occasion de l'ouverture de la World Satellite Business Week à Paris, le président du Cnes, Jean-Yves Le Gall, donne son point de vue sur l’innovation dans le domaine des lanceurs et des satellites. Selon lui ces deux branches du spatial répondent à des impératifs différents : la compétitivité coût pour la première, la performance technologique pour la seconde.

Les satellites électriques vont marquer une véritable révolution, affirme Jean-Yves Le Gall © President of the European Council - Flickr - C.C

L'Usine Nouvelle - En matière d'innovation, comment le CNES s'assure-t-il que l'industrie française reste au meilleur niveau?

Jean-Yves Le Gall - L’une des missions du Cnes est d’aider l'industrie à développer des produits particulièrement innovants et surtout en accord avec les besoins du marché. Ces deux dimensions de l’innovation sont importantes. L'innovation technologique permet d’augmenter les performances des systèmes et de faire la différence avec les générations précédentes d’équipements. Et l’innovation économique doit rendre plus compétitifs les systèmes que nous développons. La première approche s'applique très largement aux satellites. Par exemple, grâce à la propulsion électrique, ils vont passer de près de 6 tonnes à 2,5 tonnes pour la même charge utile. La deuxième approche s'applique beaucoup plus au domaine des lanceurs où les technologies sont largement éprouvées. Quand on regarde le développement des lanceurs depuis le début de l’ère spatiale, il n'y a jamais eu de véritable rupture technologique. Dans sa conception, le moteur du Soyouz actuel n’est pas très éloigné du moteur qui a lancé Spoutnik en 1957.

Est-ce ce principe qui a présidé à la nouvelle approche low-cost pour développer Ariane 6 ?

Le terme low-cost ne me semble pas approprié à Ariane 6. Avec cette nouvelle génération de lanceurs, on va préserver la qualité de notre service mais avec une approche économique différente. D’entrée de jeu, le but est de faire un lanceur pas cher. On peut faire le parallèle avec le secteur automobile où l’on trouve à présent des voitures qui offrent pratiquement la même chose que des voitures plus chères, parce qu’elles sont tout simplement moins coûteuses à produire. Avec Ariane 6, on ne développera pas un nouveau mode de propulsion. Au contraire on prendra ce qui est sur étagère et on fera avec des briques de base, un lanceur dont le coût de développement et le coût d’exploitation seront les plus bas possible. C’est différent de l’approche que nous avions pour Ariane 5. A l’époque, l'objectif était d'acquérir des technologies. Le lanceur avait trois modes de propulsion différents: la poudre, la cryogénie et les ergols stockables. Au total, cela a permis à l’Europe de créer son industrie spatiale.

Du côté des satellites, la propulsion électrique va-t-elle rebattre les cartes ?

En s’affranchissant des moteurs classiques à base de carburant chimique, les satellites vont marquer une véritable révolution. Mettre les satellites actuels en orbite finale et les y maintenir nécessitent des plateformes, moteurs et carburants qui représentent une charge de l'ordre de 4 tonnes. Dans le cas de la propulsion électrique, cette plateforme se réduit à des petits moteurs de quelques dizaines de kilos. Le gain de masse est significatif et celui du coût du lancement aussi. Il y a un handicap toutefois. Ces petits moteurs poussent très peu mais pendant très longtemps. Il faut donc plusieurs mois pour que le satellite atteigne son orbite finale contre quelques heures pour les systèmes actuels. D’ici dix ans, on peut toutefois estimer que ces nouveaux satellites représenteront une part très significative du marché.

Propos recueillis par Hassan Meddah

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