Quotidien des Usines

Les salariés de Nexcis en quête d'une solution pour éviter la cessation

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Toujours sous le choc de l'annonce d'une cessation d'activité le 31 juillet prochain, les 77 salariés de la société provençale Nexcis sont convaincus que la technologie Cigs appliquée à des vitrages semi-transparents peut séduire des grands groupes du bâtiment. Mais l'ampleur des montants à investir pour l'industrialiser resterait problématique.

Les salariés de Nexcis en quête d'une solution pour éviter la cessation © Nexcis

Nexcis, la start-up spécialisée dans la conception et la fabrication de modules photovoltaïques couches minces Cigs (Cuivre-indium-gallium-sélénium-soufre) basée à Rousset (Bouches-du-Rhône), se dirige vers une cessation d'activité le 31 juillet 2015. La direction a informé les salariés le 2 mars qu'elle ouvrait une procédure d'information-consultation dans cette perspective, l'actionnaire principal, EDF (65 % du capital), souhaitant arrêter les frais alors que, selon le personnel, Nexcis touchait presque au but d'une industrialisation.

Entre EDF, Eren (33% du capital) et différentes structures publiques (Europe, Etat, collectivités territoriales, BpiFrance), 75 millions d'euros auraient été investis depuis 2009 dans cette spin-off de l'Institut de R&D pour l'Energie Photovoltaïque (Irdep). "Une décision totalement incompréhensible ! Nexcis obtient des rendements pour ses modules à la hauteur de ses concurrents et nous n'avions besoin que de quelques mois supplémentaires pour finaliser notre technologie de vitrages semi-transparents intégrés aux bâtiments (BIPV : Builiding integrated photovoltaïcs). Le marché est potentiellement énorme et les acteurs en recherche de solutions", explique Stephan Dainotti, délégué syndical CGT.

Recherche infructueuse mais partielle

Abritée sur 1 600 mètres carrés par STMicroelectronics Rousset et sur un deuxième site de 1 500 mètres carrés qui fait office de démonstrateur, Nexcis produit une dizaine de modules Cigs prototypes par semaine d'une taille de 120 x 60 centimètres. L'industrialisation à grande échelle était programmée pour cette année, mais l'effondrement des prix des modules asiatiques sur la technologie silicium a fragilisé le projet, compromettant sa rentabilité à terme.

Entre juin et novembre 2014, la direction avait mandaté la banque Rothschild pour prospecter d'éventuels acquéreurs. La recherche aurait fait chou blanc. Les salariés, 77 personnes dont 40 % d'ingénieurs, ne contestent pas les difficultés liées au contexte du marché pour les modules photovoltaïques Cigs "couches minces", ni le fait qu'EDF ne s'était jamais caché qu'il n'assumerait pas l'industrialisation. Mais la quête de repreneurs ne s'est pas opérée selon eux sur l'étendue des potentialités de Nexcis. "Les premiers résultats prometteurs sur nos vitrages photovoltaïques semi-transparents ne sont tombés qu'en novembre, au moment où Rothschild achevait ses recherches, indique l'un des collaborateurs. La banque n'a donc pas pu explorer cette piste."

Coupée dans son élan

L'innovation avait été sélectionnée en décembre par EDF pour son concours EDF-Pulse, sous le nom Nexcis Vision. L'entreprise était également présente sur le pavillon français en janvier au World forum energy summit d'Abu Dhabi. Les progrès de ses recherches menées en partenariat avec l'Irdep devaient être exposés du 27 au 29 mai à la Conférence technique photovoltaïque (PVTC) à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). A l'extérieur de l'unité, un démonstrateur laisse entrevoir les qualités de transparence du produit à 18 % et 55 %. "A 18 %, on atteint 90 à 95 watts par mètre carré et à 55 %, 50 watts par mètre carré", assure un ingénieur.

Les certifications sont en cours auprès de Certisolis. Dans le milieu du solaire, des experts avouent la même incompréhension que le personnel face à la décision de cesser l'activité. La tenue d'une table ronde regroupant l'ensemble des parties impliquées dans le dossier a été réclamée à la préfecture de région, notamment pour examiner les opportunités de synergies à créer avec d'autres sociétés se disant intéressées par l'exploitation des travaux de Nexcis sur le BIPV avant que ne se concrétisent en juin les premiers départs de salariés dans le cadre du plan de sauvegarde de l'emploi.

Expertise à exploiter

Pour la direction, la difficulté de Nexcis est malheureusement typique de celle à laquelle se confronte une start-up pour franchir le cap de l'industrialisation, après la phase de R&D. "Il n'existe plus en France ou en Europe d'investisseur pour sauvegarder cette filière, compte tenu des montants qu'elle exige pour développer un outil industriel apte à satisfaire les besoins des marchés de masse existants, comme les centrales au sol, ou émergents, comme le BIPV. Nous avons bien prospecté sur les deux segments. Pour l'un comme pour l'autre, la technologie de Nexcis reposait sur les mêmes procédés et donc les mêmes besoins d'investissements pour réaliser une unité d'une capacité de production de 20 mégawatts. La recherche effectuée par la banque Rothschild n'a pu aboutir alors que les performances de la technologie de Nexcis n'ont rien à envier à celles de ses concurrents mondiaux. Notre volonté est désormais, d'une part, de limiter l'impact social pour les salariés, en évitant tout départ contraint, d'autre part, de déboucher sur une solution de reprise partielle ou totale des actifs, avec l'intention particulière d'aider prioritairement les salariés désireux de proposer un projet avec un business plan crédible. Nous essaierons aussi de privilégier les solutions de revitalisation locale pour que les savoir-faire développés par les équipes de Nexcis, par exemple dans le dépôt de couches minces, les lignes de R&D ou les brevets puissent servir à d'autres marchés que le photovoltaïque."

Comme d'autres start-up avant elle, Nexcis constate à ses dépens que si la France aide fortement l'innovation des start-up, elle peine à les soutenir pour changer d'échelle...

Jean-Christophe Barla
 

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