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Quotidien des Usines

Les robots industriels s'attaquent aux PMI

Publié le

Les bras articulés s'installent désormais dans les petites structures. Les fabricants adaptent leur offre.

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

Non, la robotique n'est pas réservée aux géants de l'automobile ! Au contraire. « Les PMI représentent la moitié de notre chiffre d'affaires », témoigne Kay Warn, directeur des produits robotique d'ABB dans le monde. Soit la moitié de 1,4 milliard de dollars ! « La proportion de petites entreprises atteint les deux tiers de nos ventes en Europe », confirme Jean-François Germain, directeur commercial de la filiale française de Kuka, son rival allemand. Certes, les entreprises de moins de 500 salariés achètent peu de robots. « Un projet dans une PME concerne une à deux unités, voire dix sur les grosses affaires », explique Philippe Heulot, responsable commercial robotique de Comau France. Mais ces contrats au compte-gouttes permettent aux fabricants de bras polyarticulés de lisser le caratère très cyclique des ventes générées par l'activité automobile, principal débouché des fabricants de robots.

Etre à la hauteur des exigences

Pas facile, cependant, de s'imposer dans la petite et moyenne industrie. Souvent encore, la robotique fait peur. « Les industriels savent qu'une machine automatisée se pilote avec un opérateur peu qualifié. Avec le robot, ils pressentent que ce sera plus compliqué », résume Rémy Manuel, directeur du Centre d'études et de recherche en mécanique et en automatisme (Cerma), à Evry (Essonne). De plus, par nature, les exigences des PMI sont diverses et souvent très pointues. Objectif pour les roboticiens : être proches d'elles et comprendre leurs métiers. Pour cela, « nous travaillons avec des partenaires intégrateurs locaux », commente Benoît Peccoux, directeur de la division robots du suisse Staübli, basée à Faverges (Haute-Savoie). Une compréhension mutuelle d'autant plus importante que les travaux en PMI peuvent concerner la mise en place de nouvelles cellules comme l'adaptation d'un robot sur une machine existante. En outre, il faut être rapide. « Il nous arrive de procéder à une installation le temps d'un week-end, pour ne pas bouleverser la production du client », témoigne Benoît Peccoux.

Même problème côté maintenance. Après une phase de formation, les grands clients des fabricants de robots, comme les constructeurs automobiles, assurent souvent eux-mêmes l'essentiel de la maintenance. Mais dans les plus petites structures, il n'y a presque jamais de département robotique. « Il nous faut donc proposer des services adéquats », explique Florence Lacalmontie, responsable développement et marketing de Fanuc Robotics en France. Un service disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et assuré par le fabricant et l'intégrateur, est un atout important. Surtout dans un milieu où le bouche à oreille joue un rôle déterminant.

Investir, oui, mais à court terme

Autre point capital : le prix. « Une cellule robotisée coûte en général entre 70 000 et 300 000 euros », avoue Daniel Lucas, gérant de la filiale française de Motoman, la branche robotique du Japonais Yaskawa. Un investissement plus à la portée d'une moyenne ou d'une grande structure que d'une petite entreprise de mécanique générale. Pour se laisser tenter, « les patrons de PMI exigent couramment un retour sur investissement de 12 à 18 mois », commente Philippe Heulot, de Comau France. Quant aux temps de développement, ils doivent être les plus courts possible, souvent moins de six mois. « Souvent, les chefs d'entreprise ne savent même pas si leur société existera encore deux ans plus tard », argumente Rémy Manuel, du Cerma.

Le développement de la robotique dans l'industrie passe par l'information. « Souvent, les PMI ne savent pas ce que les robots peuvent faire pour elles », estime Jean-François Germain. Or, outre les applications de soudage ou de peinture, les robots peuvent pourtant rendre quantité d'autres services. Exemple chez le groupe OTS, à Malestroit (Morbihan). Cette entreprise de sous-traitance mécanique (18 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2003, pour 170 personnes) a doté, en octobre dernier, son département de tôlerie d'une presse plieuse Trumpf de 170 tonnes, équipée d'un bras robotisé Motoman. Tâche du robot : positionner face à la presse des pièces découpées dans des feuilles d'acier de 50 à 60 kilogrammes environ. Un travail difficile pour des opérateurs. Résultat, la machine, qui peut fonctionner 7 jours sur 7, a permis à l'atelier de gagner en souplesse et en réactivité.

Même constat dans l'atelier "tubes" de l'usine Lafuma à Anneyron (Drôme). Là, le Français produit pas moins de 375 000 sièges Relax par an. Point particulier, ce fauteuil de camping, constitué de cadres tubulaires poinçonnés, soudés et cambrés, existe en une centaine de versions. Solution : des bras articulés, dont le dernier a été installé en août 2003, qui manipulent les pièces d'une machine à l'autre. Flexibilité garantie. « Le changement de série prend moins de cinq minutes, se félicite Olivier Warusfel, responsable de l'industrialisation des produits mobiliers du groupe. On peut presque faire de la fabrication à la demande ». Deuxième intérêt, la répétabilité du dispositif. « Certains opérateurs sont plus rapides que le robot, mais ce travail est fatigant et leur efficacité finit par diminuer », commente Olivier Warusfel. Le robot, lui, fournit une précision constante.

Pour autant, le personnel de l'atelier y trouve son compte. Car il est employé à des tâches plus nobles qu'auparavant. Ainsi, chez Lafuma, si le service électricité se charge de la maintenance pointue, tous les opérateurs ont été formés pour intervenir au premier niveau. Conséquence, « ils ne voient pas le robot comme un concurrent. Au contraire, ils considèrent qu'il apporte une plus-value à leur travail », conclut Olivier Warusfel.

chargement et déchargement de machines, mise en barquettes et palettisation, travaux d'ébavurage de pièces usinées, manipulation de produits dans des atmosphères brûlantes ou, au contraire, en chambre froide... Les exemples de tâches pouvant être assurées sans difficulté par les robots industriels ne manquent pas. D'ailleurs, les offres des constructeurs évoluent dans ce sens. « Nous proposons des solutions métiers quasi clés en main », explique par exemple Florence Lacalmontie, de Fanuc Robotics France. Il existe par exemple des packages tout compris - matériel et logiciels idoines - destinés à des tâches bien définies. Principales adaptations, les logiciels sont de plus en plus simples à utiliser. Et les mécaniques se spécialisent à l'application visée. Exemple chez Kuka. « Pour les applications en chambre froide, nous avons développé des robots qui supportent les basses températures », explique Jean-François Germain de Kuka. De cette façon, le constructeur évite l'emploi de manteaux chauffants sur les robots, ceux-ci présentant en outre le désavantage de réchauffer l'enceinte climatisée !

De la chaîne de montage automobile... au robot fleuriste

Résultat de ces adaptations : tous les secteurs sont aujourd'hui susceptibles d'être concernés par la robotique, depuis la mécanique jusqu'à l'agroalimentaire, en passant par les biotechnologies. Dans ce domaine, par exemple, Biotom, spin-off du Cerma, développe des robots d'analyse, de préparation et de manipulation de produits plus ou moins toxiques, pour des laboratoires et des entreprises privées. Certains développent même des solutions particulièrement surprenantes, à l'image du robot « fleuriste » développé par le Cerma et le concepteur et développeur de projets JCC. Cette machine, destinée à être louée à des industriels fleuristes, est capable de réaliser automatiquement des bouquets ronds (qui gardent leur forme lorsque l'on dénoue leur bride), une tâche répétitive qui nécessite, si elle est réalisée manuellement, un savoir-faire important. Et quand un bon fleuriste en compose cinq à dix par heure, selon son niveau de fatigue, « la machine permet de réaliser 350 bouquets à l'heure, soit près de 60 par employé (la machine est alimentée par six opérateurs) », annonce Santiago Jimenez, le P-DG de JCC. Avec un avantage majeur : l'homogénéité du produit final. Quant au coût unitaire de confection du bouquet, normalement de 1,5 à 3 euros, il tombe à... 0,25 euro !

La robotique n'en a pas moins ses limites, comme l'explique Daniel Baboy, le P-DG d'Idec, un intégrateur de Genissieux (Drôme) spécialisé dans l'assemblage : « A des cadences de plus d'un coup par seconde, le robot ne suit pas, alors que les machines spéciales assurent des opérations à dix coups par minute. » Certains matériels n'ont d'ailleurs aucune chance d'entrer dans les petits ateliers. Les robots à structure parallèle, conçus pour allier flexibilité et très grande vitesse, ne peuvent y rivaliser avec les machines spéciales. Dans une PME, « quand les cadences deviennent très importantes, le processus est très peu variable. Dans ce cas, la solution mécanique est souvent plus avantageuse », témoigne Daniel Baboy.

Réduire la pénibilité

Pourtant, dans les domaines qu'elle maîtrise bien, la robotique apporte son lot d'avantages. « Sur nos presses, l'installation des dispositifs nécessaires à la sécurité des opérateurs avait entraîné une perte de 25 % de productivité. Nous les avons rattrapés grâce aux robots », déclare Sébastien Durlet, directeur industriel d'OTS. Ensuite, « le robot permet de diminuer ou d'éliminer la pénibilité du travail », explique Philippe Heulot, de Comau. Notamment dans les fonderies où certains opérateurs manipulent des masses de cinq kilos pendant huit heures. Souvent, le robot est également synonyme de rapidité. « Une cellule de soudage à l'arc robotisée est en moyenne trois fois plus rapide qu'un soudeur », témoigne Daniel Lucas, gérant de Motoman France. Enfin, élément non chiffrable mais réel, « le fait d'utiliser un robot donne une image plus moderne, plus dynamique, plus innovante, qui peut séduire les clients des PME », avance Rémy Manuel, du Cerma.

Une chose est sûre : lorsqu'elle a mordu à l'hameçon, la PME ne le lâche plus. « Quand une entreprise a goûté à la robotique, elle y revient », assure Philippe Baboy, de l'intégrateur Idec. Exemple marquant dans l'Isère : le groupe Obuljen, qui rassemble à Voiron et Biol, deux PMI de sous-traitance de pièces mécaniques de précision pour l'automobile, a commandé son tout premier robot industriel à Stäubli il y a presque dix ans. « Le groupe emploie aujourd'hui 25 robots sur ses deux sites, pour un effectif de quelque 100 personnes, témoigne Benoît Peccoux. Son parc machines est désormais robotisé à 90 %. »

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