L'Usine Energie

"Les réseaux électriques, c’est comme le pain dans le sandwich, c’est barbant mais il doit être bon"

Aurélie Barbaux , ,

Publié le

Autoconsommation, stockage et barbares de l’énergie étaient au cœur de la première journée de débats du Smartenergies Forum, qui se tient les 6 et 7 juin à Paris. Certains des intervenants n’ont pas mâché leurs mots pour évoquer ces ruptures, l’inconstance des politiques et les "mensonges " des lobbyistes.

Les réseaux électriques, c’est comme le pain dans le sandwich, c’est barbant mais il doit être bon © Naama - Flickr - C.C.

"Les réseaux électriques, c’est comme pour le pain dans le sandwich, c’est barbant mais il doit être bon. Les pays qui ont les meilleurs réseaux font donc les meilleurs sandwichs." C’est par cette métaphore originale que Thomas Rowland-Rees, l’analyste Bloomberg a ouvert le bal des petites phrases qui claquent au Smartenergies forum qui se tient les 6 et 7 juin à Paris. Et pour lui, en ce moment, les sandwichs à la mode dans l’énergie sont garnis de compteurs intelligents, changement le plus tangible de la transition énergétique. Ils devraient bénéficier de 20 milliards de dollars d’investissements jusqu’en 2020. Après, le marché devrait décroître.

"Nous réclamons un statut d’autoproducteur d’énergie"

"Tout comme on a su fabriquer un statut d’autoentrepreneur, nous réclamons un statut d’autoproducteur d’énergie pour que des personnes morales ou physiques puissent revendre de l’énergie. Aujourd’hui seuls Enedis (ex. ERDF) et ses concurrents le peuvent", a lancé Eric Mazoyer directeur général délégué de Bouygues immobilier. Selon lui, ce serait un frein au développement de l’autoconsommation collective, inscrite dans  la loi depuis février 2017 et dont le décret d’application vient d’être publié, mais sans tarif de revente pour les surplus, pour l’instant. Il arrive promet Olivier David sous-directeur des systèmes électriques et des énergies renouvelables à la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC).

"Nous sommes opposés aux réseaux privés"

Mais attention, l’autoconsommation, en France, ne doit pas se faire n’importe comment, même si elle a le vent en poupe. Pas question de réseau privé comme celui du réseau solaire communautaire allemand Nonen ou la plate-forme collaborative de revente d’énergies renouvelables produite par des particuliers Powerpeers et lancé par l’énergéticien Vattenfall aux Pays-Bas. Le cadre de l’autoconsommation reste fondé sur le réseau public. "Nous sommes opposés au développement de réseaux privés", prévient le représentant de la DGEC. Et tout doit passer par le compteur Linky pour permettre à Enedis de garder le contrôle. Et pas question "de subventionner des installations qui ne produisent que la journée et consomment le soir", en même temps que tout le monde, explique Olivier David. En plus, Enedis voudrait bien choisir où l’autoconsommation doit être ou non plébiscitée. Le distributeur français va publier une étude indiquant les endroits où l’autoconsommation apporte des gains au réseau et permettrait de redistribuer ces gains, prévient la DGEC.  

"Il faut analyser le bilan CO2 de la filière éolienne"

Un autre qui n’a pas mâche ses mots c’est, comme à son habitude, Michel-Edouard Leclerc. Il a taclé l’inconstance des politiques en matière d’environnement et d’énergie. Promotion du GPL, transport ferré pour éviter les camions, bioéthanol, borne de recharge électrique… à chaque fois, les réglementations ont changé et laissé ses initiatives au milieu du gué. Mais indécrottable optimiste, il incite aujourd’hui ses partenaires à miser sur l’autoconsommation d’énergie, voulant encore une fois croire que les réglementations vont évoluer dans le bon sens. Mais attention, pas d’éolien...  "Il faut analyser le bilan CO2 de la filière éolienne. J’étais pro à 400 % mais ce qui m’arrive aujourd’hui sur mon bureau me rend perplexe. Je voudrais être sûr avant de me lancer dans l’éolien que le bilan global est positif. L’enjeu n’est plus d’être fournisseur d’énergie, mais d’être fournisseur d’énergie verte." Que fait l’Ademe ?

"Un nombre de menteurs impressionnant"

Mais le plus gros pavé dans la marre, c’est Olivier Baud, PDG d’Energypool, qui l’a lancé : "On est dans un monde compliqué avec un nombre de menteurs impressionnant, qui, suivant les lobbys qu’ils défendent, influence des décisions politiques idiotes."  Pour le spécialiste de l’effacement et de l’efficacité énergétique, le fait d’être indépendant lui permet, voir l’oblige, à "apporter des solutions économiques pour le bien collectif et à aller contre des mensonges très graves, comme de dire que l’on peut réduire la part du nucléaire à 50% de nucléaire en 2025 !"  La faute au manque de capacités de stockage massif d’électricité pour passer massivement aux ENR.

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