L'Usine Energie

Les réseaux de chaleur de Dalkia, du confort pour Veolia

Olivier Cognasse , ,

Publié le

Dalkia disparaîtra bientôt au sein de Veolia. Le leader mondial des réseaux collectifs apporte une manne non négligeable et un savoir-faire toujours recherché par les villes. La preuve à Lodz, au centre de la Pologne.

Les réseaux de chaleur de Dalkia, du confort pour Veolia © Dalkia

Dans une ville en pleine mutation, où se mêlent vastes chantiers et immeubles décrépis, la brique des usines reconverties devient très tendance. Lodz, ancienne cité industrielle du textile, conserve des vestiges de cette période dorée avec des usines devenues hôtel, musée, centre commercial et de loisirs... Elle est aujourd’hui chauffée à 60 % grâce aux réseaux de chaleur exploités par le français Dalkia. Celui-ci fournit également 50 % de l’électricité en hiver. "En été, explique Gérard Bourland, le patron de Dalkia Pologne, détenu à 60 % par Dalkia et à 40 % par IFM, un fonds de pension, on est à 15 % de notre production, juste pour fournir l’eau chaude et dans ce cas on ne produit pas d’électricité. La ville est uniquement alimentée par le réseau national".

La boucle est bouclée. La première centrale de production de chaleur, qui date du début de 20è siècle, finit sa métamorphose en centre culturel, musée interactif de la technique avec une zone dédiée aux arts et un centre accueillant les festivals. Le tout chauffé par Dalkia. Ce dernier a profité de la privatisation, en 2005, pour mettre la main sur trois centrales et plus de 780 kilomètres de canalisations.

Et cette part pourrait augmenter sensiblement. Hanna Zdanowska, la maire de la ville, espère "faire muter la moitié des chauffages individuels vers le réseau de chaleur après la réhabilitation de la ville. Lodz était réputée pour être une ville très polluée, chaque investissement est dirigé vers les énergies vertes". Il faut dire que le projet - qui doit être financé aux trois-quarts par Bruxelles - pourrait atteindre 9 milliards de zlotys (2,15 milliards d’euros) et que la municipalité veut lutter contre les chauffages individuels très polluants. Les centrales permettent de moins polluer, même si l’essentiel de l’énergie provient du charbon. Et pour les habitants, le chauffage est moins cher.

De la biomasse pour chauffer

La Russie concentre la moitié du marché mondial des réseaux de chaleur, estimé à 100 milliards d’euros. La Chine en représente 20 %. Le marché européen, hors Russie, est de 25 milliards d’euros. L’Allemagne détient 18 % de ce marché devant la Pologne (15 %) et la Suède (12 %). La France en représente 5 %, pour une valeur de 1,4 milliard d’euros. Dans certains pays, les réseaux de chaleur fournissent 70 % des besoins de chauffage (6% en France). Avec 770 réseaux collectifs, Dalkia est le leader mondial du secteur. Il gère l’équivalent de 8 000 km de réseaux et plus 30 000 MW de puissance thermique installée.
Un réseau de chaleur, c’est une production centralisée d’énergie thermique distribuée sur un quartier ou une ville. La centrale de production s’appelle une chaufferie (thermique) ou une centrale, quand elle produit également de l’électricité. Dans ce cas, l’installation comprend des chaudières et des turbines qui transforment l’énergie en électricité. Dans chaque immeuble se trouve une sous-station appelée échangeur thermique. L’eau chaude sort à 110 °C de la centrale.

Le PDG de Dalkia Pologne rappelle que "cette énergie est sûre et plus compétitive. Il n’y a pas de combustibles dans les immeubles et le mix énergétique est moins coûteux. En termes d’environnement, l’installation de filtres efficaces aux normes européennes garantit une pollution minimale." Mieux, une chaudière biomasse a été récemment installée dans une des centrales (EC4). "La biomasse est majoritairement d’origine polonaise (scieries, industrie de l’ameublement, industries des déchets de bois). Une partie provient de Biélorussie", précise Andrzej Szymanek, le président du directoire de Dalkia Lodz.

Cette centrale EC4, la plus récente, construite au milieu des années 1970, fonctionne avec 58 personnes réparties en cinq équipes. Elle représente 48 % des 1 984 MW de puissance thermique installée à Lodz. Elle fournit aussi 496 MW de puissance électrique. La biomasse est à 80 % d’origine forestière et à 20 % d’origine agricole (tournesol, paille), pour suivre la réglementation. "Nous sommes obligés d’ajouter du soufre pour éviter la corrosion. Chaque kilogramme de biomasse agricole est un risque. Le chlorure d’azote est très corrosif", se plaint-on chez Dalkia. La biomasse produit tout de même un quart de la chaleur de cette usine.

Le chauffage "smart"

En termes d’efficacité énergétique, les trois centrales de Lodz ont des performances parmi les meilleures au monde avec des résultats comparables à ce qui se fait en Scandinavie. Les pertes de chaleur ne dépassent pas 10 % et les pertes d’eau sont comparables à celles des meilleures centrales. Les chiffres devraient encore progresser l’an prochain avec la fermeture de la plus ancienne centrale de chaleur thermique. Une efficacité qui sera encore améliorée avec le Smart Heat, le réseau de chaleur intelligent développé avec le Front national de la protection de l’environnement.

Cela comprend une gestion télémétrique, des outils de simulation pour optimiser l’utilisation des réseaux et permettre une plus grande réactivité des équipes Dalkia lors d’incidents. Actuellement, le centre de recherche de Varsovie, Dalkia Heat Center, expérimente un robot d’inspection qui permettra de détecter les microfuites. A Lodz, le Smart Heat devrait être opérationnel d’ici à trois ans. Dalkia investit dans l’avenir, même si l’avenir de Veolia en Pologne s’écrit sans Dalkia.

Olivier Cognasse, à Lodz (Pologne)

Le nom Dalkia disparaîtra dans dix-huit mois, suite à l’accord signé entre Veolia Environnement et EDF et finalisé fin mars 2014. EDF conserve les activités françaises de Dalkia ; Veolia Environnement celles à l’international. Une mauvaise nouvelle en Pologne, où le nom est très présent. "Il sera difficile à remplacer dans ce pays, où nous sommes très présents avec une très bonne image", confie un dirgeant. Pourtant, les ambitions de Dalkia en Pologne sont intactes. Il y détient 25 % de parts de marché. Il gère une quarantaine de réseaux de chaleur, dont celui de Varsovie, le plus grand de l’Union européenne. Une part qui pourrait s’accroître dans les prochaines années. Une centaine de villes sont potentiellement susceptibles de privatiser leur réseau. Un autre gisement pourrait apparaître en Pologne : les déchets. "Jusqu’à janvier 2013, les individus étaient responsables de leurs déchets. La loi a transféré la responsabilité aux municipalités, précise Gérard Bourlang. Tout est à créer ! Le système de recyclage est embryonnaire. Il y aura des partenariats public-privé (PPP), des appels d’offres, pour créer des centres de tri, des incinérateurs. Nous regardons plutôt les incinérateurs pour nos réseaux de chaleur". De quoi réduire à terme la part du charbon !

 

 

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