Les recettes miracles de Lambert

Partager

" Aïe ! Oh, Sylvain, il faudrait quand même que tu prennes l'habitude de ranger ! " En entrant dans le bureau de Sylvain Lambert, Jean-Claude Weber, le directeur du marketing, avait trébuché sur une pile de livres. Il se baissa pour les ramasser :
" Ben, dis donc, tu as de saines lectures... "
Et il énuméra : ""Coachez votre équipe"... "Etre un coach, pas un chef"... "Apprenez à négocier dans les nouvelles organisations"... Mais qu'est-ce que tu fais de tout ça ? "
Lambert haussa les épaules : " Je les lis, tiens !
C'est une nouvelle passion ?
- En fait, pendant mon entretien annuel avec Duchêne, il m'a dit qu'il fallait que je progresse sur l'animation d'équipe... Je suis parti deux jours en stage... Et maintenant, je complète avec ça...
- Et tu as appris des trucs ?
- Bien sûr... Par exemple, je me suis rendu compte que je ne disais pas assez aux gens que j'étais content d'eux... Du coup, je fais des efforts...
- Ça leur fait plaisir ? "
2817_balaton Lambert rougit un peu : " Je dois t'avouer qu'au début ils me regardaient un peu comme si j'étais malade... Et puis, petit à petit, ils se sont habitués... L'ambiance est meilleure.... "
Weber n'avait pas l'air convaincu : " C'est tout ? "
Lambert n'eut pas le temps de répondre que Bertier entrait dans le bureau, posait un dossier et ressortait : " Regarde Bertier par exemple, maintenant, je le comprends mieux : jusque-là, je pensais qu'il était paranoïaque... En fait, après avoir lu un de ces bouquins, j'ai compris qu'il faisait partie des "hypersensibles "... Depuis, je le gère autrement et tout se passe bien...

- Il n'a pas l'air plus épanoui qu'avant...
- Attends, on démarre. Tu comprends, il a été beaucoup bousculé par ses anciens chefs et puis il a une histoire familiale - liée à sa mère notamment - qui ne lui a jamais permis de s'imposer... il faut l'apprivoiser... "
Weber dissimulait mal un sourire ironique. Lambert prit la mouche :
" Moque-toi... Mais quand tu verras l'effet que ça a sur les résultats de mon équipe... Je te signale que l'humain, il n'y a rien de plus important aujourd'hui dans l'entreprise ! "

Prendre du recul
Pour Cécile Debray, directrice associée d'ACD Consulting, Lambert trouble son entourage : " Les gens qui n'ont pas à travailler directement avec lui vont s'amuser de son jargon. En revanche, les membres de son équipe vont avoir un sentiment d'exaspération, de méfiance et de blocage. Car ce qui a du sens pour Lambert après son stage n'en a pas pour les autres. "

Et il plaque des recettes sans tenir compte du contexte : " Il jargonne car il a dissocié l'outil du but recherché par la formation. Il reproduit donc à l'identique ce qu'on lui a appris. Or, l'objectif est d'avoir une grille d'écoute et d'analyse pour penser sa relation avec les autres et définir une cible commune. Et ce n'est qu'ensuite qu'on peut définir des outils et des manières de faire. "

Le prisme est trop réducteur : " Dès lors que l'on est dans le vivant, l'humain, on est dans des situations complexes. Du coup, lorsqu'on croit réduire l'individu à des choses simples, on se trompe. En outre, ses collaborateurs lui reprocheront de ne pas leur donner de visibilité et de lisibilité. "

Conclusion
" Les gens qui jargonnent à l'issue d'un stage de management sont souvent ceux qui y ont été envoyés parce qu'on leur a dit qu'ils avaient des manques à combler ou parce qu'ils se sentent eux-mêmes insécurisés, reprend Cécile Debray. Mais, du coup, l'effet est inverse de celui qui était recherché : le sentiment d'inadéquation entre Lambert et son équipe s'accroît. Au bout d'un moment, Lambert lui-même va renoncer à ce qu'il a appris et se dire que ces formations n'ont pas d'utilisation pratique. Or l'objectif d'un stage doit être défini en amont. Et il faut le vivre comme l'occasion de prendre du recul, d'analyser sa pratique pour, plus tard, la faire évoluer et non comme une source de recettes toutes prêtes. "

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS