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L'Usine de l'Energie

Les réacteurs EPR à Hinkley Point, stop ou encore ?

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Publié le , mis à jour le 28/07/2016 À 08H59

Analyse La construction de deux réacteurs EPR en Angleterre fait débat au sein même d’EDF. Toute dérive du chantier serait catastrophique pour les finances du groupe. Ce jeudi 28 juillet, le conseil d'administration doit rendre sa décision finale sur ce projet controversé.

Les réacteurs EPR à Hinkley Point, stop ou encore ? © Olivier Durand CC Flickr

Y aller ou pas ? Depuis plus de six mois, EDF affirme que la décision finale de construire deux réacteurs nucléaires EPR à Hinkley Point, en Angleterre, est « imminente »… Mais, depuis plus de six mois, les oppositions au projet se multiplient à l’intérieur de l’entreprise, les syndicats et une partie des ingénieurs et des dirigeants demandant son abandon, et à l’extérieur, avec la défiance exprimée par les marchés financiers ! Le projet a aussi ses soutiens et pas des moindres. Au premier rang desquels Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF, David Cameron, le Premier ministre britannique, et Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie. « Si nous croyons à la filière nucléaire française, si nous croyons à l’EPR, peut-on croire une seule seconde que, dans le premier marché du monde développé du nucléaire qui va s’ouvrir, nous pourrions faire l’impasse ? », rappelle régulièrement le ministre.

Une logique mise à mal par la démission fracassante de Thomas Piquemal, l’ex-directeur financier d’EDF, en mars. « Je ne peux pas cautionner une décision qui pourrait amener un jour EDF à se trouver dans la situation d’Areva », a-t-il expliqué lors d’une audition à l’Assemblée nationale. Les deux EPR d’Hinkley Point coûteraient près de 24?milliards d’euros. Leur construction doit se faire dans un pays qui n’a pas bâti de réacteur nucléaire depuis vingt ans. Une inexpérience qui a coûté très cher à Areva, à Olkiluoto, en Finlande, et à EDF, à Flamanville (Manche), où les deux EPR en construction accumulent des années de retard et un triplement de leur budget initial. EDF, qui affiche un endettement de 47?milliards d’euros, doit faire face à un mur d’investissements : la prolongation de la durée de vie des réacteurs français pour 51?milliards d’euros d’ici à 2025 et le rachat d’Areva Nuclear Power valorisé à 2,5?milliards d’euros.

Le comité central d’entreprise d’EDF a lancé un droit d’alerte sur la situation économique du groupe, craignant que Hinkley Point soit « le projet de trop ». EDF va devoir financer seul 66,5 % du projet. Ces 16?milliards d’euros – dont 3 ont déjà été dépensés – représentent 12 à 15 % de ses investissements au cours des dix ans à venir. EDF ­voulait limiter sa part à 50 %, laissant 40 % à des partenaires étrangers et 10 % à Areva. Mais ce dernier a jeté l’éponge. Et seuls les électriciens chinois CGN et CNNC ont répondu à l’appel pour financer 33,5 % du projet. « À l’exception des Chinois, personne n’acceptait de prendre le risque EPR », a déploré ­Thomas Piquemal. « Alors que certains sont tentés de précipiter des décisions qui engageraient l’avenir de la filière nucléaire sans débat, il nous semble primordial de prendre le recul nécessaire avant toute décision ­irréversible », ­demandent les fédérations CGT, CFE-CGC et FO de l’énergie.

Le Royaume-Uni a décidé de faire porter sa transition énergétique sur le nucléaire et les énergies renouvelables, encouragés par de très avantageux « contrats pour différence » qui garantissent un prix minimum de l’électricité. Dans le cas des EPR d’Hinkley Point, cela signifie un tarif de l’électricité de 92,50?livres par mégawattheure garanti pour une durée de trente-cinq ans. « Le projet Hinkley Point est rentable […], avec un taux de rentabilité de 9 % par an », assure ­Jean-Bernard Lévy. Un retard sur le chantier grignoterait ce taux. Et « ce qu’un gouvernement peut faire, un autre peut le défaire », juge un proche du dossier. À l’occasion d’un changement de dirigeant, la Grande-Bretagne pourrait repenser sa politique nucléaire. Déjà, le gouvernement de David Cameron a mis en place des garde-fous en conditionnant l’aide du Trésor britannique au démarrage de l’EPR de Flamanville au quatrième trimestre 2018.

L’autre difficulté est d’ordre technique. « Les règles anglaises sont très spécifiques. Ce travail de normalisation avait déjà été très difficile en Finlande », rappelle Nicolas Goldberg, analyste énergie chez Colombus Consulting. En 2009, l’Office for nuclear regulation (ONR) avait remis en cause, avec les autorités de sûreté française et finlandaise, le contrôle commande de l’EPR d’Olkiluoto, ce qui avait retardé son accréditation. « Un travail complet a été réalisé avec l’ONR, assure Xavier Ursat, le directeur ingénierie et projets nouveau nucléaire d’EDF. La relation entre EDF Energy [la filiale britannique d’EDF, ndlr] et l’autorité de sûreté britannique est de grande qualité. » EDF prévoit pour chacun des deux EPR anglais une durée de construction de soixante-douze mois, entre le premier béton prévu en 2019 et la mise en service du premier réacteur programmée en 2025.

Un projet complexe mais bien engagé

Selon des informations du « Financial Times », un groupe d’ingénieurs d’EDF appelle la direction à reporter d’au moins deux ans la mise en service des nouveaux réacteurs à Hinkley Point, soit en 2027 au lieu de 2025. Ils jugeraient le projet trop complexe pour tenir le calendrier. Un retard important sur le planning pourrait condamner la technologie EPR… À l’inverse, un respect du calendrier pourrait lui redonner ses lettres de noblesse. « Cette fois-ci, EDF ne pourra pas dire qu’il s’agit d’une tête de série et il devra réussir son chantier », assure Cyril Crocq, analyste chez Sia Partners. Chez EDF, on affirme s’être donné les moyens d’y parvenir. « Quand nous avons commencé le chantier de Flamanville, moins de 30 % des études de détails étaient prêtes. Pour Hinkley Point, plus de deux tiers de l’ingénierie de détails auront été accomplis lorsque le chantier démarrera », assure Xavier Ursat.

Les fournisseurs du chantier (Bouygues, Eiffage, Areva, GE…) sont associés au contrat depuis 2013. Ils ne l’avaient pas été en amont pour Flamanville. Et EDF mise sur la révolution numérique. « Nous disposerons d’outils inconnus en 2006. Pour Hinkley Point, nous avons une maquette en 4 D », s’enthousiasme le directeur d’EDF. Reste qu’au sein de l’entreprise, beaucoup souhaitent retarder ce chantier, voire attendre le développement de l’EPR Nouveau Modèle (EPR NM), censé être plus constructible et moins cher. « Le report n’est pas opportun […]. Ce n’est ni nécessaire, ni faisable », explique Jean-Bernard Lévy. La France peut-elle faire l’impasse sur le premier chantier nucléaire à s’ouvrir en Europe depuis l’accident de Fukushima ? « Si nous commençons à refuser des chantiers gagnés, d’autres les prendront… Et si les Français ne croient pas à leur technologie, personne ne le fera à leur place », assure Nicolas Goldberg.

La volonté du patron d’EDF de mener à bien le contrat britannique renvoie également à un problème de compétences. D’ici une dizaine d’années, EDF va devoir engager le renouvellement d’une partie du parc français composé de 19 centrales et de 58 réacteurs. L’électricien, comme l’ensemble de ses sous-traitants, doit préserver son savoir-faire. « Il est important que la filière française ne connaisse pas à nouveau un creux d’activité comme celui que l’on a connu dans les années 2000, explique Xavier Ursat. Hinkley Point est idéalement placé entre la fin du chantier de Flamanville et le début du renouvellement du parc français. » ??

Quand la presse britannique se déchaîne
Si la presse française voit d’un œil méfiant le projet d’EDF de construire deux EPR à Hinkley Point, la presse britannique se montre encore plus sévère. À la mi-mai, le « Financial Times », évoquant les défauts de la cuve de l’EPR en construction à Flamanville, n’hésite pas à affirmer que si cette pièce s’avérait inutilisable, elle conduirait « inévitablement à la perte de confiance dans les autres projets de l’EPR ». Il ajoute : « Le vrai problème d’EDF est sa perte de confiance dans sa capacité technique. » « The Economist » alerte sur les EPR de France et de Finlande qui ont « des années de retard et ont dépassé trois fois leur budget. Il est même possible que le réacteur français soit démantelé ». Selon un chroniqueur du « Times », « EDF n’a pas les moyens de construire Hinkley Point ni la Grande-Bretagne ceux de payer ces réacteurs »… ??

 

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