Les produits Décathlon conçus avec le client

Les produits Décathlon conçus avec le client. Le bureau d'études n'a rien à envier à celui d'un industriel. Le distributeur d'articles de sport conçoit les articles vendus sous sa marque et suit de A à Z leur fabrication, même s'il ne possède aucune usine.

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Décathlon, leader de la distribution d'articles de sport en France, réalise 38% de son chiffre d'affaires avec des produits vendus sous sa propremarque. Depuis la création de Décathlon Production, en 1986, les produits griffés Décathlon n'ont cessé de prendre du poids. Si Décathlon ne possède pas d'usine, il s'implique de plus en plus dans la fabrication des articles vendus sous sa marque. Plus question de se contenter de coudre une étiquette sur des articles de sport achetés à l'autre bout de la planète. Aujourd'hui, dans son siège de Villeneuve-d'Ascq, près de Lille, Décathlon conçoit 95% de ses produits et choisit les matières premières et les composants livrés ensuite à ses sous-traitants. La conception des produits se fait en lien étroit avec les magasins, qui font en permanence remonter des informations.



La décision de créer un produit part de la demande

"Nous sommes très pragmatiques. Tout part de la demande des clients", insiste Marcel Bec, directeur de Décathlon Production Europe. Tous les sites Décathlon (magasins, entrepôts, bureaux d'études...) sont équipés d'un IBM AS400. Les cent trente ordinateurs sont reliés au siège par des liaisons Transpac et Numéris en France, par le réseau Infonet sur le plan mondial. Chaque jour, le siège sait ce qui a été vendu la veille et ce qui doit être livré. Un dispositif qui permet de maintenir un niveau de stock minimal dans les magasins et de préparer les collections futures. A chaque retour d'articles pour un problème de qualité, le vendeur le signale en temps réel aux services de conception via une messagerie interne. Les ingénieurs de développement produit sont ainsi informés de tous les défauts éventuels. Des renseignements qui leur seront précieux au moment de la mise au point d'une chaussure ou d'un sac à dos. Une fois par an, chaque "chef de marché" - une quarantaine au total, soit le nombre de sports couverts par la chaîne - réunit les chefs de rayon de son secteur. "Mon métier est de synthétiser les demandes des clients afin de construire des gammes", explique Patrick Rouer, chef de marché montagne-été. C'est en élaborant sa gamme que le chef de marché peut décider la création de produits Décathlon. Qu'il n'existe pas sur le marché d'articles de marques répondant à la demande des consommateurs ou que ces articles soient trop chers, et l'entreprise peut choisir de lancer son propre produit ! Décathlon Production prend alors le relais. Au lieu d'un traditionnel cloisonnement de l'entreprise en services, l'organisation s'articule autour de groupes - plein air, habillement, évasion, sports collectifs et individuels, cycles, fitness - intégrant les différentes fonctions indispensables à la naissance d'un produit. Objectif: associer au maximun marché et conception.



Soixante-dix personnes dans les bureaux d'études

Les nouveaux produits sont définis à partir d'une grille proche de l'analyse de la valeur. Le chef de marché rédige un "cahier des charges usage" qui définit les usages sportifs auxquels sera destiné le futur produit, son positionnement, sa couleur, son design, sa taille, la cible de prix de vente. Ainsi, une paire de chaussures de randonnée, conçue pour être portée quelques jours par an sur les sentiers auvergnats par une mère de famille, n'aura pas les mêmes caractéristiques que celle destinée à un sportif en partance pour un trekking au Népal. Une fois rédigé ce cahier des charges usage, le chef de marché transmet le dossier à un ingénieur de développement produit qui va piloter la partie conception proprement dite de l'article et rédiger le cahier des charges technique. Pour choisir les matières qui composeront le nouveau produit, l'ingénieur développement s'adresse à la "banque des composants". Une banque de données maison qui référence une vingtaine de milliers de composants (textiles, plastiques...). La conception, qui se fait en parallèle, est largement réalisée sur des stations de CAO utilisées par une trentaine de personnes. Dans le cas d'une chaussure, par exemple, le concepteur retient une forme, le chaussant, à partir du cahier des charges. Il passe à une étape de patronage, habillant la forme en fonction du dessin, avant de l'envoyer à un styliste pour la coloration. En l'absence de système pleinement opérationnel en 3D pour la chaussure, le patron est mis à plat pour être traité sur une CAO 2D. Les données CAO sont ensuite basculées sur un PC qui commande une table de découpe. A partir des pièces découpées commence la dernière étape du travail industriel de Décathlon, le prototypage. L'entreprise a en effet investi dans ses propres ateliers de prototypes pour le textile, les chaussures, la bagagerie, les appareils de musculation, les cycles... Ateliers qui valident le travail accompli en amont et permettent d'effectuer des tests en laboratoire comme sur le terrain. Il n'est pas rare de voir des ingénieurs développement tester les nouveaux modèles de chaussures de jogging le week-end. Entre l'ingénieur développement, le chef de marché et l'atelier de prototypes, les allers- retours peuvent être nombreux. Soixante-dix personnes au total sont attachées à la conception pure (CAO, DAO, banque des composants, ateliers prototypes). Là s'arrête la démarche industrielle de Décathlon, qui passe ensuite le flambeau à un réseau de sous-traitants.



La production sous-traitée en Europe et en Asie

73% des produits Décathlon sont fabriqués en Europe (Espagne, Italie, Allemagne, Portugal et France).Le solde se partageant en Asie entre la Thaïlande, Taiwan, la Corée, le Japon et Hongkong.Avec 60% de la production européenne, la France arrive largement en tête des pays producteurs pour Décathlon.Sur les trois cents sous-traitants français, la majorité est même localisée dans le Nord. Sur chacun de ses produits, Décathlon s'efforce d'allier sous-traitance lointaine et de proximité. L'Asie fournissant de plus en plus de composants aux usines européennes, qui font l'assemblage, et livrant des produits qui ne sont plus fabriqués en France, comme les raquettes de tennis. Les relations avec les sous-traitants de proximité sont, elles, marquées du sceau des flux tendus. Le système d'information intégré de Décathlon permet l'établissement de programmes prévisionnels de production. Ces programmes annuels peuvent être corrigés à un rythme hebdomadaire. Les délais de livraison aux magasins pour une commande de polos ne dépassent plus la semaine. Pour le moment, la taille et la diversité de ses sous-traitants ont freiné leur équipement en moyens d'information. A terme, ils seront intégrés au système Décathlon. L'échange de données informatisé (EDI) est déjà en place avec un fournisseur. Il sera étendu à dix autres d'ici à la fin de l'année.





Les pays producteurs pour Décathlon en 1993



Europe : 73% de la production

France : 60% de la production européenne.

Espagne, Italie, Allemagne, Portugal



Asie : 27% de la production

Thaïlande, Taiwan, Corée, Japon, Hongkong



La délocalisation en question



Exemple de la fabrication d'un tee-shirt

Temps passé en Asie: 12 minutes.

Temps passé en France: 2 minutes (les usines qui travaillent pour Décathlon en France sont très automatisées).

Indice salarial à Taiwan: 80.

Indice salarial en France: 100.

A qualité égale, et compte tenu des coûts logistiques, des frais financiers et des délais de livraison, la fabrication en France est plus souple et mieux adaptée. Décathlon fait alors appel à des fournisseurs plus proches, comme TMG à Montreuil (Nord), pour la coupe et le montage, et TSA Teeshirt, dans la région de Lyon, pour l'ensemble de la fabrication.









USINE NOUVELLE - N°2446 -



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